lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2303209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MOURA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en production de pièces, enregistrés le 13 décembre 2023, le 19 mars 2024 et le 29 avril 2024, M. D C, représenté par Me Moura, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu, garanti par l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.
Par un acte, enregistré le 12 juin 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a communiqué au tribunal l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel cette même autorité a assigné M. C à résidence dans le département des Hautes-Pyrénées, pendant une durée de quarante-cinq jours, et l'a astreint à se présenter du lundi au vendredi à 8 h 30, à l'exception des jours fériés, au commissariat de Lourdes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juin 2024 à 11 h 00 :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Moura, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité géorgienne, est entré régulièrement sur le territoire français le 26 septembre 2017, selon ses déclarations. M. C a présenté le 3 mars 2023 une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 3 octobre 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. Par un arrêté du 11 juin 2024, cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département des Hautes-Pyrénées, pendant une durée de quarante-cinq jours, et l'a astreint à se présenter du lundi au vendredi à 8 h 30, à l'exception des jours fériés, au commissariat de Lourdes. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2023.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () ". Aux termes de l'article L. 614-3 du même code : " Si en cours d'instance l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 (), il est fait application des articles L. 614-7 à L. 614-13. ". Aux termes de l'article L. 614-7 du même code : " Les dispositions de la présente section sont applicables lorsque l'étranger fait l'objet d'une d'assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 (), y compris lorsque ces décisions interviennent en cours d'instance. ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " () / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence () intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ". Aux termes de l'article R. 776-14 du code de justice administrative : " La présente section est applicable aux recours dirigés contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1, lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence. / () ". Aux termes de l'article R. 776-17 du même code : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. / () ". Aux termes de l'article R. 776-10 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement () des 3° () de l'article L. 611-1 du même code et les autres décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence. ".
3. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. En revanche, et dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour relèvent de la seule formation collégiale du présent tribunal, formation devant laquelle il y a lieu, par suite, de renvoyer lesdites conclusions. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais du litige, présentées dans cette même requête.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. M. C, célibataire et sans charge de famille, est entré régulièrement sur le territoire français le 26 septembre 2017, selon ses déclarations, avec ses parents et ses deux sœurs. Si l'arrêté attaqué indique que les parents du requérant sont en situation irrégulière et ont fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2019, il ressort néanmoins des pièces du dossier que ces derniers se sont vus délivrer, le 12 octobre 2023, soit quelques jours après la date de l'arrêté attaqué, des titres de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an, de même que l'une de ses deux sœurs qui s'est également vue délivrer un titre de séjour, le 4 avril 2024, après sa majorité. En outre, M. C, âgé de dix-neuf ans à la date de l'arrêté attaqué, a justifié à l'appui de sa demande de titre de séjour être hébergé chez ses parents, avec ses deux sœurs et son frère, ces derniers étant à cette date âgés respectivement de dix-sept ans, sept ans et sept mois, et justifie ainsi de liens familiaux intenses en France. Par ailleurs, si M. C a rencontré, au début de sa scolarisation en France en 2018, des difficultés en raison de sa maîtrise insuffisante de la langue française, les résultats et les appréciations portées sur ses bulletins de notes indiquent son attitude exemplaire, son investissement et sa progression, des félicitations lui étant d'ailleurs adressées à l'issue du second semestre de l'année scolaire 2021-2022. De plus, M. C a suivi entre 2020 et 2023 plusieurs périodes de stages en entreprise dans le cadre de sa scolarité, a obtenu, le 2 octobre 2023, un certificat d'aptitude professionnelle spécialité " équipier polyvalent du commerce " avec une moyenne générale de 13,95 sur 20, et poursuit son insertion professionnelle dans le cadre d'un contrat d'engagement jeune conclu le 12 juillet 2023 avec la mission locale des Hautes-Pyrénées. Enfin, il n'est pas établi que M. C conserverait des attaches dans son pays d'origine, dans lequel il n'a vécu que jusqu'à l'âge de treize ans. Dans ces conditions, compte tenu des liens familiaux en France de M. C et des efforts d'intégration accomplis de manière continue depuis son entrée en France, le préfet des Hautes-Pyrénées, en prenant la décision portant refus de titre de séjour, a fait une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement d'une décision portant refus de titre de séjour entachée d'illégalité.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 3 octobre 2023 doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination contenues dans ce même arrêté.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 3 octobre 2023 en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, présentées dans cette même requête, ainsi que la demande relative aux frais liés au litige, sont renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 3 octobre 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, qu'il fixe le délai de départ volontaire et qu'il fixe le pays de destination.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le magistrat désigné,
F. ALa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026