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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2303274

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2303274

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2303274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL INTERBARREAUX RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, Mme A D, représentée par Me Petriat, demande au juge des référés :

1°) de prononcer la liquidation de l'astreinte décidée par l'ordonnance n°2202288 du 14 novembre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif Pau à hauteur de 23 100 euros à son bénéfice ;

2°) de mettre à la charge du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle n'a pas été réintégrée dans ses fonctions dans le délai de deux semaines à compter du prononcé de l'ordonnance du juge des référés alors que, de surcroît, le jugement au fond a enjoint au centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon de procéder sans délai à sa réintégration juridique et à la reconstitution de sa carrière à compter du 5 juillet 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon, représenté par Me Hounieu, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, à la suppression de l'astreinte litigieuse

3°) à défaut, à la modération du montant de l'astreinte à hauteur de dix euros par jour de retard et à ce que 90% du montant de l'astreinte soient versés à l'Etat contre 10% à Mme D.

Il soutient que la requérante aurait dû entreprendre les démarches nécessaires auprès de l'établissement dans le but de se voir réintégrée et n'a jamais justifié son absence à son poste de travail depuis juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°2202288 du 14 novembre 2022, par laquelle la juge des référés du tribunal administratif de Pau a enjoint au directeur du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon de réintégrer Mme D dans ses fonctions dans un délai de deux semaines, sous astreinte de cent euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond par le tribunal sur le litige ;

- le jugement n°2202096 du 18 juillet 2023, par lequel le tribunal administratif de Pau a annulé la décision du 11 juillet 2022 du directeur du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon et lui a enjoint de procéder sans délai à la réintégration juridique et la reconstitution de carrière de Mme D à compter du 5 juillet 2022.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 14 novembre 2022, fondée sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la juge des référés du tribunal de céans a suspendu l'exécution de la décision du 11 juillet 2022 par laquelle le directeur du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon a placé Mme D en situation d'abandon de poste, et a enjoint audit directeur de la réintégrer dans ses fonctions dans un délai de deux semaines, sous astreinte de cent euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse. Par la présente requête, Mme D sollicite la liquidation de l'astreinte précitée.

Sur les conclusions aux fins de liquidation de l'astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de l'article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ". Aux termes de son article R. 921-7 : " À compter de la date d'effet de l'astreinte prononcée, même à l'encontre d'une personne privée, par le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel, le président de la juridiction ou le magistrat qu'il désigne, après avoir accompli le cas échéant de nouvelles diligences, fait part à la formation de jugement concernée de l'état d'avancement de l'exécution de la décision. La formation de jugement statue sur la liquidation de l'astreinte / () ".

3. Aux termes de l'article R. 611-8-6 du même code : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai. () "

4. La liquidation de l'astreinte à laquelle procède le juge des référés se rattache à la même instance contentieuse que celle qui a été ouverte par la demande d'astreinte dont elle est le prolongement procédural. Dès lors, il appartient au juge des référés qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Si l'intervention du jugement au principal, qui met fin à l'obligation d'exécuter la mesure provisoire ordonnée en référé, prive, pour l'avenir, l'astreinte prononcée de base légale, elle n'a, en revanche, pas pour effet de priver d'objet la demande de liquidation de cette astreinte pour la période comprise entre la fin du délai imparti pour exécuter la mesure ordonnée en référé et la notification à la personne soumise à l'astreinte du jugement rendu dans l'instance engagée au principal, dès lors que la mesure en cause n'a pas été exécutée dans cet intervalle, ou a été exécutée tardivement.

5. L'ordonnance du 14 novembre 2022 enjoignait au directeur du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon de réintégrer Mme D dans ses fonctions dans un délai de deux semaines à compter de sa date de notification, sous astreinte de cent euros par jour de retard. Cette ordonnance a été mise à disposition le 14 novembre 2022 dans l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative dite " Télérecours ". N'ayant pas consulté cette transmission, le défendeur est réputé en avoir eu connaissance deux jours ouvrés après sa mise à disposition, en application des dispositions de l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative citées au point 3, soit le 16 novembre 2022 au plus tard sans que la circonstance que le centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon n'ait pas consulté la transmission est une incidence quelconque sur l'obligation d'exécution de l'ordonnance du 14 novembre 2022.

6. Le jugement du 18 juillet 2023 susvisé, rendu dans l'instance engagée au principal, réputé avoir été notifié au défendeur le 21 juillet 2023 au plus tard, en application des dispositions de l'article R. 611-8-6 précitées, a privé de base légale l'injonction qu'avait ordonnée la juge des référés et l'astreinte dont elle était assortie. Cette astreinte a cessé de produire ses effets à compter du 21 juillet 2023.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon ne justifiait pas, à cette date, avoir exécuté l'ordonnance de la juge des référés, réputée notifiée le 16 novembre 2022, en réintégrant Mme D au sein des effectifs dans un délai de deux semaines. Il y a lieu, par suite, de procéder à la liquidation de l'astreinte pour la période courant du 30 novembre 2022, date d'expiration du délai imparti pour exécuter la mesure ordonnée en référé, au 21 juillet 2023, date de la notification au centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon du jugement rendu dans l'instance engagée au principal.

8. En application des dispositions citées au point 2, il y a lieu de modérer l'astreinte initialement prononcée et de fixer le montant de la somme due par le centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon à hauteur de 5 000 (cinq mille) euros.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon la somme de 1 500 euros en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Le centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon est condamné à verser la somme de 5 000 (cinq mille) euros à Mme D au titre de la liquidation de l'astreinte prononcée par la juge des référés aux termes de son ordonnance du 14 novembre 2022.

Article 2 : Le centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon versera à Mme D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au directeur du centre gérontologique de Pontacq-Nay-Jurançon.

Copie en sera adressée au ministère public près la cour de discipline budgétaire et financière.

Fait à Pau, le 14 mars 2024.

La juge des référés,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

Signé

N°2303274

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