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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2400318

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2400318

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2400318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 février 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Pau, le président du tribunal administratif de Limoges a transmis au tribunal administratif de Pau, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Limoges le 23 janvier 2024, et un mémoire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Pau le 9 février 2024, M. E C, actuellement retenu au centre de rétention administrative d'Hendaye et représenté par Me Bazin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de la Corrèze lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier et le 8 février 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beneteau, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 12 février 2024 à 14 heures, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Bazin, représentant M. C, qui confirme les conclusions et moyens développés dans sa requête ; elle souligne en particulier le souhait de la compagne de M. C, ressortissante française, de poursuivre la vie commune ; elle affirme qu'un pacte civil de solidarité a bien été conclu entre M. C et Mme A, quand bien même cette pièce n'a pas pu être produite à l'audience ; enfin, elle met en avant qu'au cours de sa détention, M. C a eu un bon comportement, en suivant notamment une formation, ce qui montre qu'il a su créer des liens.

Le préfet de la Corrèze n'était ni présent, ni représenté à l'audience.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant algérien né le 14 mai 1994 à Alger (Algérie), également connu sous les identités de Charef El Bouachiri et de B D, déclare être entré en France en 2021. Le préfet du Nord a pris à son encontre, le 23 novembre 2021, une mesure d'éloignement, avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 25 février 2023, préfet de la Gironde a pris une nouvelle décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans. L'intéressé a été incarcéré au centre de détention d'Uzerche, du 6 juillet 2023 au 3 février 2024. À sa levée d'écrous, il a fait l'objet d'une décision de placement au centre de rétention administrative d'Hendaye. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application, précise, notamment, que M. E C est incarcéré au centre de détention d'Uzerche, qu'il a été condamné à deux reprises par le tribunal correctionnel de Bordeaux, le 19 mai 2022, sous l'identité de Charef El Bouachiri alias B D, à six mois d'emprisonnement pour les chefs, notamment, de vol, vol en réunion et vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, et le 6 juillet 2023, sous l'identité de E C alias B D, à quatorze mois d'emprisonnement pour, notamment, vol aggravé par deux circonstances, et qu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre pour d'autres faits. L'arrêté mentionne que la présence en France du requérant constitue ainsi une menace à l'ordre public et qu'il y a lieu d'organiser son éloignement du territoire français dès sa sortie de détention, en raison de la nature, de la répétitivité et de la gravité des faits qui ne permettent pas d'écarter un risque de récidive. Il est également précisé que l'intéressé, entré irrégulièrement en France, n'a pas sollicité de titre de séjour, se maintient illégalement sur le territoire, ne peut justifier de documents d'identité et de voyage en cours de validité, utilise divers alias, ne justifie ni d'un domicile pérenne ni de ressources licites en France, et s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement comme à celles d'assignation à résidence. Si la décision litigieuse mentionne par ailleurs que M. C se déclare célibataire sans enfants, ne faisant pas état, comme le relève l'intéressé, de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française avec laquelle il déclare être pacsé, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa situation de couple aurait été portée à la connaissance du préfet qui n'était pas tenu, en tout état de cause, de citer l'ensemble des éléments relatifs à sa situation. Cette décision d'obligation de quitter le territoire français contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Corrèze pour la prendre. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France, ne justifie ni de documents d'identité et de voyage en cours de validité, ni de sa réelle identité, n'a jamais sollicité la délivrance d'un certificat de résidence et s'est soustrait aux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre. Par les pièces qu'il produit, M. C ne justifie pas entretenir une relation intense, ancienne et stable avec Mme A, ressortissante française, quand bien même cette dernière atteste avoir noué une relation avec lui depuis 2022, l'avoir hébergé depuis mars 2023 et vouloir poursuivre la vie commune. S'il déclare s'être pacsé avec elle, il ne produit pas de document à l'appui. En dépit des propos tenus par le requérant à l'audience quant à la prise de conscience des erreurs qu'il a commises, il ne justifie d'aucune perspective concrète de réinsertion, même s'il a, pendant sa détention, été admis dans une formation de préqualification des métiers du bâtiment et suivi un stage de formation à la prévention du risque électrique pour obtenir une habilitation électrique B0 - H0. Enfin, il ne ressort des pièces du dossier que M. C serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour de M. C en France, et compte tenu, en outre, de la menace pour l'ordre public qu'il représente, le préfet de la Corrèze n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a ni méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français :

5. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour solliciter l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. C demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Corrèze et à Me Bazin.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Jugement rendu en audience publique le 12 février 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. BENETEAULa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA La République mande et ordonne au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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