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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2400319

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2400319

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2400319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantBLANCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 février et 11 mars 2024, M. C D représenté par Me Blanche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivé ;

- elle a été prise au terme d'une procédure entachée de nullité en l'absence de signature du procès-verbal de son audition en garde à vue ;

- elle est entachée d'une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi du délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait le principe d'impartialité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont dépourvues de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 27 et 28 février et 12 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques demande au tribunal de substituer aux dispositions du 1° de l'article L.6111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles du 2° du même article et conclut en conséquence au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire peut être légalement fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il conviendra de substituer à celles du 1° du même article ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 mars 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 13 mars 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme E ;

- et les observations de Me Blanche, représentant M. D, qui confirme les conclusions et moyens développés dans ses écritures en y ajoutant un moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de garde à vue ; et en faisant valoir que le fondement légal tiré de son entrée irrégulière est erroné ; que son orientation sexuelle fait obstacle au maintien de ses liens avec son pays d'origine ; qu'à supposer qu'il ait commis une infraction c'est un primo délinquant, et il a seulement indiqué qu'il voulait rester en France et non qu'il s'opposerait au renvoi, de sorte que les conditions du refus de délai de départ volontaire ne sont pas remplies ; et enfin qu'il a rendez-vous pour présenter une demande d'asile.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, né le 18 juillet 1988 à Baghlia (Algérie), est entré en France, selon ses déclarations, en 2019, et s'est maintenu sur le territoire sans solliciter sa régularisation. Interpellé le 2 février 2024 démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité, il a été placé en garde à vue. Par un arrêté du même jour, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 2 octobre 2023, publié le 3 octobre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Joëlle Gras, secrétaire générale adjointe de la préfecture, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Martin Lesage, secrétaire général, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions en toutes matières relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées, dont Mme A est la signataire. Par suite, et alors que M. D n'établit pas, ni même d'ailleurs n'allègue que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de ce que les décisions en litige ont été prises par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et d'une part, l'arrêté attaqué vise, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent l'obligation de quitter le territoire français, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que M. D, qui a été interpellé en situation irrégulière et placé en retenue aux fins de vérification de son droit de circulation, n'a pu justifier d'une entrée régulière sur le territoire. Elle mentionne enfin les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour. L'arrêté attaqué vise d'autre part les dispositions des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, qui fondent le refus d'accorder à M. D un délai de départ volontaire. Elle précise que l'intéressé est démuni de tout document d'identité ou de voyage, qu'il ne justifie pas de garanties de représentations, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement lors de son audition du 2 février 2024. Enfin, le préfet a mentionné la nationalité de M. D et a relevé qu'il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que l'arrêté en litige, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui fondent les décisions qu'il contient et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. De même, en tout état de cause, que celui tiré de la méconnaissance des dispositions abrogées de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, la mesure de garde à vue, que prévoient les dispositions des articles 62-2, 62-3 et 63 du code de procédure pénale, est uniquement destinée à atteindre un des six objectifs fixés à l'article 62-2 de ce code et s'exerce sous le contrôle du procureur de la République, sous réserve des prérogatives du juge des libertés et de la détention. Cette mesure est donc distincte de celle par laquelle l'autorité préfectorale fait obligation à l'étranger de quitter le territoire français. Dans ces conditions, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions de la garde à vue qui a, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière, de sorte que les circonstances dans lesquelles la garde à vue de M. D s'est déroulée sont sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire en litige. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté en toutes ses branches.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

6. Pour fonder l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. D, le préfet des Pyrénées-Atlantiques s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que le requérant ne pouvait justifier d'une entrée régulière en France. Toutefois, il ressort des pièces versées à l'instance que lors de son entrée sur le territoire national, M. D disposait d'un visa C séjour Schengen, valide du 28 octobre 2019 au 26 novembre 2019, sur lequel sont apposés plusieurs tampons d'entrée, notamment en dernier lieu le 7 novembre 2019, de telle sorte que ce dernier est fondé à soutenir qu'il justifie d'une entrée régulière en France et l'obligation de quitter le territoire français ne pouvait être légalement fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques sollicite que soient substituées aux dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles du 2° du même article. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et n'est au demeurant pas contesté que M. D s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de son visa, et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi la décision portant obligation de quitter le territoire français trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celle du 1° du même article du même code dès lors qu'en l'espèce, cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que le préfet disposait du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. M. D n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

9. En troisième lieu, si M. D, qui déclare être entré en France en 2019, se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire, il n'est pas contesté, ainsi qu'il a été exposé au point 8, que cette présence résulte de son maintien en situation irrégulière sur le territoire, sans effectuer aucune démarche en vue d'obtenir sa régularisation. S'il soutient par ailleurs vivre en en concubinage, il ressort toutefois des mentions du procès-verbal de son audition qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine, dans lequel il a toujours vécu. Enfin, si le requérant produit un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 3 avril 2023 pour un poste d'ouvrier ainsi que des bulletins de paie, cette circonstance ne suffit pas à établir une insertion professionnelle stable et durable sur le territoire. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement édictée à son encontre par le préfet des Pyrénées-Atlantiques serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ().".

11. D'une part, et ainsi qu'il a été exposé au point 3, cette décision est suffisamment motivée. D'autre part, il n'est pas contesté que M. D, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ne justifie d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et d'aucune adresse stable, dès lors qu'il a déclaré lors de son audition être " logé par des amis ". Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, et en dépit de la circonstance selon laquelle il justifie d'un emploi, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. En second lieu, M. D soutient que le procès-verbal d'audition dressé le 2 février 2024 par les services de police d'Artix est entaché d'impartialité dès lors que l'enquêteur lui a fait comprendre qu'aucune suite défavorable ne saurait donnée à son encontre. Toutefois, il ressort des termes de ce procès-verbal, lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a été informé de ce qu'il est interdit de séjourner en France sans titre ou document de séjour et a été interrogé sur sa projection dans l'avenir que ce soit en France ou à l'extérieur. Dans ces conditions, et en l'absence d'ambiguïté sur les questions posées par l'enquête, le moyen tiré du défaut d'impartialité et de loyauté, à supposer même qu'il puisse être regardé comme opérant, doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français:

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celles fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2024 de le préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement au conseil de M. D, de la somme qu'il demande sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La présidente,

Signé

V. QUEMENERLa greffière,

Signé

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

Signé

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