mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 février 2024 et le 12 mars 2024, M. B A, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet des Pyrénées-Atlantiques de produire son audition en retenue administrative ;
3°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne vise pas l'accord conclu entre la France et la Côte d'Ivoire ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 13 mars 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 4 décembre 2003 à Bouaké (Côte d'Ivoire), est entré irrégulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2019. Il a été interpellé et placé en retenue le 7 février 2024 démuni de tout document d'identité ou de voyage original en cours de validité. Par un arrêté du 8 février 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas justifié par M. A qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il s'ensuit que sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peut être accueillie.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. La décision attaquée vise, notamment les dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que M. A a été interpellé en situation irrégulière et placé en retenue aux fins de vérification de son droit au séjour et de circulation. Enfin, elle mentionne les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour. Il s'ensuit que cette décision qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. La circonstance qu'elle ne mentionne pas, dans ses visas, l'accord conclu entre la France et la Côte d'Ivoire n'est pas par elle-même de nature à entacher cette décision d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'il n'est pas contesté que la mesure d'éloignement en litige n'est pas fondée sur les stipulations de cet accord. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait été informé de la conclusion par M. A, le 25 janvier 2024 d'un contrat de travail à durée indéterminée, alors au surplus que l'intéressé ne l'a pas évoqué au cours de son audition. Dans ces conditions, la circonstance invoquée que le préfet n'en a pas davantage fait mention dans son arrêté, ne saurait en tout état de cause révéler une insuffisance de motivation de la décision querellée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
6. Pour interdire à M. A le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui a visé les dispositions citées au point 4 qui fondent cette décision, a relevé que l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public, mais qu'entré en France en 2019, il ne justifie pas y avoir noué des liens personnels caractérisés par leur ancienneté et leur intensité, alors que sa famille réside dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait justifiant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, l'absence de mention de ce que l'intéressé a conclu un contrat de travail à durée indéterminée, ne saurait révéler une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
7. En mentionnant la nationalité de M. A et en relevant qu'il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a suffisamment motivé en fait la décision fixant le pays de renvoi.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de faire droit à la mesure d'instruction sollicitée, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 février 2024 du préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. A demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle de M. A est rejetée.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLa greffière,
Signé
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Signé
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026