lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400584 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AHMADI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 mars 2024 et le 10 mars 2024, M. B C, représenté par Me Ahmadi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prolongé la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne d'examiner sa situation au regard de l'article 6- 4° de l'accord franco-algérien et de lui délivrer un récépissé en attente de l'examen de sa demande de certificat de résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'erreur de fait quant à la menace à l'ordre public que présente le comportement de M. C ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit au regard de l'article 6 -4° de l'accord franco-algérien ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors le préfet n'apporte pas la preuve quant à la saisine de la commission de titre de séjour, alors que la situation de M. C entre dans le champ d'application de l'article 6 - 4°de l'accord franco-algérien ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant fixation de renvoi :
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que, dans le délai de recours, elle ne comportait l'exposé d'aucun moyen ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dumez-Fauchille en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mars 2024 :
- le rapport de Mme Dumez-Fauchille, magistrate désignée ;
- les observations de M. C et de son conseil, Me Ahmadi, représentant M. C, qui reprennent les conclusions et moyens développés dans la requête.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 10 mars 1995, de nationalité algérienne, est entré irrégulièrement en France en décembre 2018, selon ses déclarations. Par arrêté du 6 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne a fait obligation à M. C de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prolongé pour une durée de deux ans la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 14 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Vienne le préfet de ce département a donné délégation à M. Laurent Monbrun secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente manque en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision attaquée vise notamment l'article L. 611-1 1° et 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle se fonde sur ce que M. C, qui ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans titre de séjour en cours de validité et sur ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, notamment du fait de sa condamnation par jugement du 6 décembre 2023 du tribunal correctionnel de Limoges à une peine d'emprisonnement de 12 mois pour des faits de menace de mort à l'égard de son conjoint, de détention non autorisée de matériel de guerre ou arme de catégorie A et B et d'acquisition et de détention de stupéfiants et, en outre, de son interpellation le 4 mars 2023 pour des faits de violence intra-familiale, le préfet relevant que la présence sur le territoire national de M. C présente un péril imminent pour sa conjointe et leurs deux enfants. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En deuxième lieu, le préfet, qui n'était pas saisi par M. C d'une demande de titre de séjour, n'a pas, par l'arrêté attaqué, refusé de délivrer à M. C un tel titre. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission de titre de séjour ne peut être utilement soulevé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; (). ". Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an ou d'un premier certificat de résidence de dix ans lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, père de deux enfants dont la nationalité française n'est pas contestée, a été déchu de son autorité parentale sur l'aîné, pour lequel il dispose d'un droit de visite et d'hébergement, et soutient, sans être contesté sur ce point, détenir l'autorité parentale concernant le second enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Limoges du 6 décembre 2021 à une peine de douze mois d'emprisonnement pour des fait d'acquisition, de détention et d'usage illicite de stupéfiants commis en 2021, de violence avec usage ou menace d'une arme et en état d'ivresse du 7 au 8 juillet 2021, de détention non autorisée d'armes de catégorie A et B le 31 octobre 2021, de fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire commis le 8 juillet 2021, et de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, sur conjoint ou concubin, commis le 31 octobre 2021. Compte tenu de la gravité et du caractère récent et réitéré des faits commis par l'intéressé, lequel a , au surplus, été interpelé pour des faits de violence intra-conjugale le 5 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. C était constitutif d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions prévues au 4°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence, de sorte que le préfet pouvait, sans méconnaître ces stipulations, lui faire obligation de quitter le territoire français.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. C soutient être père de deux enfants français, nés respectivement en juin 2021 et octobre 2023, pour lesquels il indique souhaiter rester en France. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une interdiction d'entrer en contact avec la mère des enfants, ressortissante française, pour une durée de trois ans par jugement du tribunal correctionnel de Limoges du 6 décembre 2021, et se borne à faire état de démarches en cours pour lever l'interdiction, sans le démontrer, de sorte que la communauté de vie ne peut être tenue pour établie. M. C dispose, certes, d'un droit de visite et d'hébergement pour l'aîné de ses enfants et de l'autorité parentale pour le second. Toutefois le requérant n'établit pas par cette seule circonstance, sans justifier, en particulier, de la manière dont le droit de visite et d'hébergement est effectivement exercé, qu'il contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien des enfants. En outre, le requérant, qui fait état de la présence en France d'oncles, de tantes et de son frère, ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretient avec ces membres de sa famille, et n'établit pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, soit la majeure partie de sa vie, et où vivent ses parents et ses deux soeurs. Ainsi, en l'état des pièces du dossier, et eu égard par ailleurs à la menace à l'ordre public que présente le comportement de M. C, ainsi qu'il a été dit au point 7, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision n'a pas été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, il n'est pas démontré que le requérant participe à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté pour le même motif que celui énoncé au point 2.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
14. La décision attaquée, qui vise notamment les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se fonde sur ce que M. C a fait explicitement état, lors de son audition du 5 mars 2024, de son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, sur ce qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, et sur ce qu'il ne présente aucune garantie de représentation suffisantes, dès lors, en particulier qu'il est démuni de document d'identité ou de voyage. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision attaquée, eu égard à son objet et à son fondement, rappelé au point précédent, la méconnaissance de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni l'erreur de fait et d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que présente son comportement.
16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11, la décision attaquée ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de renvoi :
17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. Le requérant n'établit pas, par des références générales à des rapports du comité des nations unies contre la torture et d'Amnesty Internationale faisant état de la situation critique des droits de l'homme en Algérie, datant au demeurant de 2015-2016, encourir le risque d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi en Algérie. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté pour le même motif que celui énoncé au point 2.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
21. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
22. La décision attaquée se fonde sur ce que M. C, qui s'est maintenu sur le territoire français depuis l'édiction d'une précédente mesure d'obligation de quitter le territoire français le 18 novembre 2021, n'établit être arrivé en France, comme il l'allègue, à l'âge de 18 ans, et sur ce qu'il est père de deux enfants dont il ne justifie pas participer effectivement à l'éducation et à l'entretien. La décision mentionne en outre que le comportement de M. C représente une menace pour sa compagne, ressortissante française, qui bénéficie d'une ordonnance de protection, et son enfant, et sur ce que l'intéressé n'est pas dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et ses deux sœurs. Par suite cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
23. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté, en tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.
24. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 9 concernant la situation familiale de M. C, et la menace à l'ordre public que présente son comportement, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prolongeant de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. C fait l'objet.
25. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
26. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".
28. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
V. DUMEZ-FAUCHILLE
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026