vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LEPLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2024, M. D C B, représenté par Me Leplat, demande au tribunal d'annuler la décision du 4 mars 2024 par laquelle le préfet des Landes a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le préfet des Landes conclut au rejet de la requête et a informé le tribunal de ce que M. C B était susceptible d'être libéré le 8 mai 2024 avant qu'il ne soit statué sur sa requête.
Il soutient que la requête ne comporte pas l'exposé des faits et des moyens et qu'en tout état de cause, aucun des moyens qui pourraient être soulevés par M. C B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 12 avril 2024 à 11 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience,
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Leplat, représentant M. C B, et de l'intéressé qui :
* complète les conclusions de sa requête en précisant qu'il demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Landes du 4 mars 2024 également en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français, et qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
* développe les moyens tirés de ce que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux dès lors que les éléments relatifs à sa situation privée et familiale n'ont pas été vérifiés par le préfet ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, d'une part, au regard de sa situation privée et familiale et dès lors que, d'autre part, il ne représente pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société du fait d'infractions commises essentiellement pour se procurer des biens de première nécessité en raison de la précarité de sa situation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pendant trois ans :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme dès lors notamment que sa fille réside sur le territoire français.
Le préfet des Landes n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant portugais, est entré en France en 1982 selon ses dires. Par arrêté du 4 mars 2024, le préfet des Landes a fait obligation à M. C B de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à l'encontre de l'intéressé une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. C B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et d'y circuler pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".
3. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
4. En premier lieu, la décision attaquée se fonde, d'abord, sur la gravité et la répétition incessante des infractions commises par M. C B sur une longue période pour considérer que son comportement entre dans le champ d'application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle détaille ainsi le parcours pénal de M. C B, condamné en dernier lieu le 26 août 2022 par le tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine de 30 mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, récidive et vol et récidive, après avoir été condamné à 45 reprises à des peines d'emprisonnement au cours de la période de 1987 à 2019, notamment pour des faits de vol par effraction, avec ou sans destruction, de recel d'objets provenant de vol, d'escroquerie par usage de faux nom ou de fausse identité, de contrefaçon ou falsification de documents administratifs, de conduite sous l'empire d'état alcoolique, d'usage illicite de stupéfiants, de transport sans motif légitime d'arme de catégorie 6, de pénétrations non autorisées sur le territoire national malgré une interdiction, ainsi que des faits de violences volontaires suivies d'une incapacité de plus de huit jours. Elle se fonde, ensuite sur ce que la volonté ainsi démontrée de M. C B de s'affranchir des lois de la République prouve le refus de ce dernier de s'intégrer dans la société française, sur ce qu'il n'établit pas sa volonté de s'établir en France en ne s'étant pas enregistré auprès du maire de sa commune de résidence, et qu'il ne présente pas de liens sur le territoire et d'ancienneté de présence, hormis ses périodes d'emprisonnement. Elle se fonde, enfin, sur ce que l'intéressé a déclaré lors de son audition le 20 février 2024 par les services de police être divorcé, avoir une fille de 38 ans qui vit en France, résider à Bordeaux, travailler en intérim dans le domaine du jardinage, avoir servi dans la légion étrangère, gagner environ 750 euros par mois et disposer d'une carte vitale. Dans ces conditions, quand bien même le requérant allègue que les services de la préfecture n'ont pas vérifié les éléments d'information délivrés lors de son audition, cette seule circonstance à même la supposer établie, ne permet pas de considérer qu'ils n'ont pas été pris en compte dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Landes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. C B.
5. En deuxième lieu, d'une part, M. C B ne conteste pas la matérialité des infractions et de l'ensemble de ses condamnations énumérées par l'arrêté attaqué. S'il se prévaut de ce qu'il s'agit principalement d'atteintes aux biens et non aux personnes, et allègue sans l'établir que les vols n'avaient pour autre objet que de pourvoir à des besoins de première nécessité en raison de la précarité de sa situation, en tout état de cause, au regard de la répétition incessante des infractions pénales, dont la nature et la gravité ont justifié de peines d'emprisonnement, et de la durée de la période pendant le requérant a récidivé jusqu'à une date encore très récente, le comportement personnel de M. C B constitue du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. D'autre part, M. C B, dont il résulte au demeurant de l'arrêté attaqué qu'il a fait l'objet de plusieurs interdictions judiciaires du territoire français, ne justifie ni de la durée de son séjour en France, les périodes d'incarcération étant exclues du calcul du temps de résidence régulière en France, ni d'aucune insertion socio-professionnelle particulière sur le territoire français. Si le requérant se borne, en outre, à faire valoir que sa fille, âgée de 38 ans, réside en France, ainsi que certains de ses oncles et tantes, cette seule circonstance, à même la supposer établie, ne permet pas d'établir l'existence ni l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ces membres de la famille qui ne ressortent aucunement des pièces du dossier. Au surplus, il ne ressort pas davantage du dossier que les membres majeurs de sa famille résidant en France ne pourraient lui rendre visite au Portugal. Par suite, le préfet des Landes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans :
6. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il résulte des mêmes motifs que ceux développés au point 5 que, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. C B, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C B doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er: La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C B et au préfet des Landes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
Le magistrat désigné
Signé
F. A
La greffière
Signé
M. CALOONE La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026