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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2400674

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2400674

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2400674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL ADOUR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars et 30 août 2024, M. G E, représenté par Me Sall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024, par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé son renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à M. E le titre de séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions de l'arrêté :

- la requête est recevable ;

- l'auteur de la décision attaquée ne justifie pas détenir une délégation de signature ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de la durée de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant exigée par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de l'article L. 423-8, contraire à la jurisprudence du Conseil d'Etat dans sa décision du 27 octobre 2022 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le requérant ne présente aucune menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun sur la circulation et le séjour des personnes signée à Yaoundé le 24 janvier 1994, et publiée par le décret n° 96-1033 du 25 novembre 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. G E, né le 31 décembre 1994 à Douala au Cameroun, de nationalité camerounaise, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 17 septembre 2018 muni d'un passeport camerounais dépourvu de tout document transfrontalier valide. Il a obtenu un titre de séjour temporaire avec mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 1er septembre 2023. Il a sollicité, le 18 septembre 2023 auprès de la préfecture des Hautes-Pyrénées le renouvellement de son titre de séjour. Le préfet des Hautes-Pyrénées a, par arrêté du 12 février 2024, rejeté la demande d'admission au séjour effectuée par le requérant, fait obligation à M. E de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions de l'arrêté :

2. En premier lieu, par un arrêté n°65-2023-10-02-00003 du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme D F, signataire de la décision attaquée disposait, en sa qualité de secrétaire générale de préfecture des Hautes-Pyrénées, d'une délégation, à l'effet de signer tous les actes et décisions relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont notamment l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ()".

4. La décision attaquée vise les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, les décisions contestées précisent les éléments déterminants qui ont conduit le préfet des Hautes-Pyrénées à refuser de lui délivrer un titre de séjour et se fonde sur ce que M. E n'apporte pas la preuve de contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils né le 10 mars 2020 dont il a conjointement la charge avec la mère de ce dernier, et indique à cet égard qu'il ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable sur le territoire national. Par suite, les décisions en litige comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement qui ont ainsi permis au requérant d'en discuter utilement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait pourra être écarté. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Les dispositions précitées exigent, pour l'obtention d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, de l'étranger qui se prévaut de cette qualité, qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux années.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E est le père d'un enfant de nationalité française, né le 10 mars 2020. Le requérant soutient qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Toutefois, en se bornant à produire un relevé de comptes indiquant un achat de vêtements ainsi que deux attestations établissant qu'il a rencontré son enfant à deux reprises en 2023, le requérant n'établit pas qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Le requérant soutient que le préfet aurait commis une erreur de droit en alléguant qu'il ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis près de quatre années, alors que le texte précité exige une durée minimale de deux ans. Toutefois, en relevant cette durée de près de quatre années, le préfet s'est borné à un simple constat factuel sans rajouter une condition au texte précité, et a pu en déduire que la durée minimale de deux ans exigée par le texte précité n'était pas respectée. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. E ne justifie pas s'occuper activement de son enfant de nationalité française, comme il a été dit au point 6, et il ressort des pièces du dossier qu'il est séparé de son ancienne compagne et ne justifie pas d'une insertion personnelle et professionnelle sur le territoire français. En outre, M. E ne démontre pas être dépourvu de liens personnels et familiaux au Cameroun où sa mère, son frère et ses trois sœurs résident et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie, jusqu'à l'âge de 24 ans.

10. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () /5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ;() ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. E est le père d'un enfant de nationalité française, né le 10 mars 2020. Le requérant soutient qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Toutefois, le requérant ne justifie pas s'occuper de son enfant de nationalité française, comme il a été dit au point 6. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En deuxième lieu, comme il a été dit aux points 9 et 10 pour la décision portant refus de titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

15. M. E soutient que le préfet des Hautes-Pyrénées a fondé la décision édictée à son encontre sur la menace à l'ordre public que représenterait sa présence sur le territoire. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision en litige, que le préfet des Hautes-Pyrénées ne s'est pas fondé sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur celles du 3° du même article, de sorte que le moyen tiré de l'absence de menace à l'ordre public doit être écarté comme inopérant.

16. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. E ne pourrait être pris en charge dans son pays d'origine, et en l'absence d'argumentation spécifique, c'est sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé que le préfet des Hautes-Pyrénées a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour et l'obliger à quitter le territoire français.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 février 2024 du préfet des Hautes-Pyrénées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. E demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. G E et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

E. RIVIERE

La présidente,

M. A

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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