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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2400726

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2400726

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2400726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMISSONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire en réplique enregistrés les 18 et 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Missonnier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la transmission de la décision du juge aux affaires familiales à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la présente décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation ;

- il justifie de circonstances nouvelles depuis l'édiction de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français rendant ce dernier inexécutable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 22 mars 2024 à 16 heures, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Missonnier, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant sur l'apparition d'éléments nouveaux qui ont été portés à la connaissance du préfet des Pyrénées-Atlantiques postérieurement à l'édiction de son arrêté du 15 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité marocaine, né le 7 mars 1996 à Guelmim au Maroc, est entré irrégulièrement en France le 13 novembre 2020 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile rejetée par décision de l'Office français des réfugiés et des apatrides du 25 janvier 2021, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 octobre 2021. Par deux arrêtés du 15 décembre 2021 et du 11 février 2022, respectivement pris par le préfet des Pyrénées-Atlantiques et par la préfète des Landes, restés inexécutés, M. A avait été obligé à quitter le territoire français. Par un dernier arrêté du 15 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A a fait l'objet d'un placement en rétention administrative par décision du 15 mars 2024. Par une ordonnance du 16 mars 2024, le juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire de Bayonne a mis fin à ce placement. Par un arrêté du 16 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter tous les mardis à 10 heures 30 aux services de la police aux frontières situés à Billère. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans pareille hypothèse, l'étranger peut demander, sur le fondement des articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les quarante-huit heures suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.

4. A la date de l'arrêté attaqué, M. A faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, prise moins d'un an auparavant. Le préfet pouvait, dès lors, légalement l'assigner à résidence sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, M. B A fait valoir qu'il est père d'un enfant français âgé de dix mois qu'il a reconnu et qu'il contribue à son entretien et à son éducation proportionnellement aux moyens dont il dispose, ne pouvant plus travailler en raison de l'irrégularité de son séjour sur le territoire français. Ces informations ont été portées à la connaissance du préfet des Pyrénées-Atlantiques par un courrier adressé par le conseil du requérant en date du 24 octobre 2023, reçu le 30 octobre 2023 par la préfecture, soit postérieurement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire pour l'exécution de laquelle a été prise l'assignation à résidence de M. A. En outre, ce dernier fait également valoir que le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Pau a été saisi en vue de fixer les modalités de l'exercice de l'autorité parentale concernant son fils et que l'audience est prévue au mois d'avril 2024. Ces éléments, non connus du préfet lorsqu'il a pris la mesure d'éloignement en septembre 2023, constituent de nouvelles circonstances de fait de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire. L'assignation à résidence ayant pour objet de mettre à exécution une mesure d'éloignement, l'impossibilité d'exécuter cette dernière mesure entraîne nécessairement l'illégalité de la décision d'assignation à résidence.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que, M. B A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 16 mars 2024 prononçant à son encontre une mesure d'assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'exécution de la présente décision implique nécessairement que la situation de M. A soit réexaminée et qu'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler lui soit délivrée sous réserve de modification dans les circonstances de droit ou de fait, dans l'attente de la décision du juge aux affaires familiales.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Missonnier, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat relative à l'aide juridique, la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2024 portant assignation à résidence est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer la situation de M. A et de délivrer à l'intéressé, sous réserve de modifications des circonstances de droit ou de fait, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente de la décision du juge aux affaires familiales.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Missonnier, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Missonnier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée au requérant.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Missonnier.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. CLa greffière,

Signé

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

N°2400726

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