mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BORDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. C B, représenté par Me Bordes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel la préfète des Landes l'a assigné à résidence rue de l'Ile de France à Saint-Pierre-du-Mont (40280) pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de tout risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ses liens en France et de son insertion professionnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle méconnait les dispositions de l'article R.732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de remise du formulaire prévu par ces dispositions ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'un domicile chez son père ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée pour ce motif d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de procédure pénale ;
-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 25 mars 2024 à 14 heures 30, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme E ;
- et les observations de Me Bordes, représentant M. B, présent, qui produit deux nouvelles pièces, confirme les conclusions et moyens développés dans la requête en y ajoutant un nouveau moyen tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui garantissent le droit à un procès équitable, ainsi que les droits de la défense, au motif qu'il ne pourra pas se présenter devant le tribunal alors qu'il est convoqué à une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité ; et en maintenant, pour le surplus, que s'il n'est pas contesté qu'il est en situation irrégulière, il est inséré professionnellement et déclare ses impôts ; qu'à cet égard la jurisprudence citée en défense n'est pas pertinente, car il travaille depuis plus d'un an , de sorte que la mesure d'éloignement est bien entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; que s'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire, le risque de soustraction à la mesure d'éloignement n'existe pas ; que s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, il ne représente pas une menace à l'ordre public, cette mesure qui est entachée d'erreur manifeste d'appréciation n'est d'ailleurs pas justifiée par la préfète des Landes ; et enfin que s'agissant de l'assignation à résidence, en dépit des observations en défense, il maintient son moyen tirée de l'irrégularité de la procédure, de même que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 ;
-et les observations de M. B, présent, assisté de Mme A interprète en langue tunisienne, qui indique, en réponse aux questions qui lui sont posées, qu'il attendait de pouvoir justifier de trois années de présence sur le territoire pour solliciter sa régularisation ; qu'il est venu en France pour aider son père dont l'état de santé se dégrade ; que ce dernier réside régulièrement en France depuis de nombreuses années ; qu'il est d'ailleurs domicilié chez lui ; qu'il projette de demeurer en France ; et qu'avant son arrivée, c'était son père qui faisaient les allers-retours pour rendre visite à sa famille en Tunisie.
La préfète des Landes n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 19 novembre 1998 à Mahdia (Tunisie) est entré irrégulièrement en France en 2021 selon ses déclarations. Interpellé le 20 mars 2024 à l'occasion d'un contrôle réalisé sur un chantier sur lequel il travaillait, il a été placé en garde à vue pour " faux et usage de faux documents d'identité ". Par deux arrêtés du même jour, la préfète des Landes, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Saint-Pierre-du-Mont (40280). M. B demande au tribunal, par la présente requête, d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 janvier 2024 a été signé par Mme F D, sous-préfète, secrétaire générale de la préfète des Landes, qui bénéficie d'une délégation de signature de la préfète des Landes en date du 24 juillet 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 2023-246-DC2PAT, librement accessible sur Internet, à l'effet notamment de signer " les arrêtés () en application des articles L. 722-2, L. 733-7, L. 733-8 et des articles L. 742-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (). ".
4. Il n'est pas contesté par M. B, qui n'a pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour lors de son interpellation, qu'il est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations en 2021 et qu'il s'y est maintenu depuis cette date sans régulariser sa situation administrative. Il s'ensuit que la préfète des Landes a pu légalement estimer, à la date de la décision attaquée, le 20 mars 2024, que celui-ci entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L611-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2021 et fait valoir qu'il y a tissé des liens et que, de plus, il justifie d'une insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé au point 4 que sa présence sur le territoire depuis 2021 résulte de son maintien en situation irrégulière. Si son père, au domicile duquel il est hébergé, réside régulièrement en France, il n'est toutefois pas contesté qu'il a vécu séparé de ce dernier pendant de nombreuses années et il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou de liens personnels dans son pays d'origine dans lequel il a toujours vécu. Enfin, en dépit de l'activité professionnelle qu'il exerce, au demeurant en toute illégalité, il ne peut être regardé comme justifiant d'une insertion sociale ou professionnelle stable à laquelle la mesure en litige serait susceptible de porter atteinte. Dans ces conditions, M. B, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Pour les mêmes motifs, et alors, en outre, qu'il exerce irrégulièrement son activité professionnelle, en qualité d'intérimaire, la préfète des Landes n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
8.En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ().".
9. Il résulte des termes de la décision litigieuse, prise au visa des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci est notamment motivée par la circonstance que
M. B, entré clandestinement en France, s'y maintient irrégulièrement sans avoir effectué de démarches en vue de régulariser sa situation administrative et qu'il a présenté lors du son interpellation de faux documents d'identité. Compte tenu de ces éléments, la préfète des Landes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.
10. En second lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". Aux termes de l'article 410 du code de procédure pénale : " Le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, à moins qu'il ne fournisse une excuse reconnue valable par la juridiction devant laquelle il est appelé () ". Aux termes de l'article 495-7 du code de procédure pénale : " Pour tous les délits, à l'exception de ceux mentionnés à l'article 495-16 et des délits d'atteintes volontaires et involontaires à l'intégrité des personnes et d'agressions sexuelles prévus aux articles 222-9 à 222-31-2 du code pénal lorsqu'ils sont punis d'une peine d'emprisonnement d'une durée supérieure à cinq ans, le procureur de la République peut, d'office ou à la demande de l'intéressé ou de son avocat, recourir à la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité conformément aux dispositions de la présente section à l'égard de toute personne convoquée à cette fin ou déférée devant lui en application de l'article 393 du présent code, lorsque cette personne reconnaît les faits qui lui sont reprochés. ". Selon les dispositions de l'article 495-8 du code de procédure pénale : " () Les déclarations par lesquelles la personne reconnaît les faits qui lui sont reprochés sont recueillies, et la proposition de peine est faite par le procureur de la République, en présence de l'avocat de l'intéressé choisi par lui ou, à sa demande, désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats, l'intéressé étant informé que les frais seront à sa charge sauf s'il remplit les conditions d'accès à l'aide juridictionnelle. La personne ne peut renoncer à son droit d'être assistée par un avocat. L'avocat doit pouvoir consulter sur-le-champ le dossier. () Le procureur de la République peut, avant de proposer une peine conformément aux dispositions du cinquième alinéa du présent article, informer par tout moyen la personne ou son avocat des propositions qu'il envisage de formuler () ".
11. Si M. B a été convoqué devant le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan le 22 mai 2024 en vue d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, cette convocation ne revêt pas pour lui un caractère contraignant, dès lors qu'il lui est loisible de se faire représenter à cette audience et de se prévaloir des dispositions de l'article 410 du code de procédure pénale pour faire valoir qu'il est dans l'impossibilité de comparaître pour une cause indépendante de sa volonté. Au demeurant, il résulte de cette convocation que, dans le cas où le requérant ne se présenterait pas, il serait poursuivi devant le tribunal correctionnel, devant lequel il a été cité à comparaître le 12 septembre 2024. Ainsi, la décision attaquée, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas atteinte au principe des droits de la défense. Il s'ensuit que ce moyen, invoqué à l'audience, doit être également écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
14. Il ressort des pièces du dossier que pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour qu'elle a prononcée à l'encontre de M. B, la préfète des Landes s'est fondée sur son entrée récente sur le territoire, sur l'absence d'ancienneté et d'intensité de liens familiaux et sur la menace à l'ordre public. Toutefois, et d'une part, il n'est pas contesté que M. B est hébergé chez son père, qui réside régulièrement sur le territoire, et il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment des explications apportées à l'audience, que les liens qui les unissent, alors même qu'ils ont vécu séparés pendant de nombreuses années, ne seraient pas intenses et stables. D'autre part, la circonstance que M. B a fait usage de faux documents d'identité italiens pour exercer une activité professionnelle en France ne saurait permettre de considérer que, pour l'application des dispositions précitées de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa présence sur le territoire représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors que le requérant résidait sur le territoire depuis presque trois ans à la date de la décision en litige, la préfète des Landes a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et prononcé une mesure disproportionnée en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour édictée à l'encontre de M. B. Il s'ensuit que sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés à l'encontre de cette décision, M. B est fondé à en demander l'annulation.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () Il mentionne notamment les coordonnées des services territorialement compétents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le droit de l'étranger de communiquer avec son consulat et les coordonnées de ce dernier, ainsi que le droit de l'étranger d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative ".
16. Les dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision d'assignation à résidence notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assigné à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Si M. B soutient qu'il n'a pas reçu l'information prévue par ces articles, cette circonstance est, toutefois sans incidence sur la légalité de l'assignation à résidence, qui s'apprécie à la date de son édiction. Au demeurant, les énonciations de l'arrêté, qui identifient les services responsables de l'exécution de cet acte, ne font pas obstacle à son droit d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative. Il suit de là que le moyen tiré de ce que M. B n'a pas reçu l'information prévue par les articles, L. 732-7 et R. 732-5 ne peut qu'être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Aux termes de l'article R. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
18. D'une part, si M. B fait valoir qu'il vit chez son père, et peut ainsi être regardé comme se prévalant de ce qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes, cette circonstance est sans incidence sur la légalité d'une assignation à résidence prononcée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la préfète des Landes aurait, au regard de ces garanties, commis une erreur manifeste d'appréciation doit, en conséquence, être écarté.
19. D'autre part, M. B soutient que la décision portant assignation à résidence qui l'oblige à se présenter tous les jours au commissariat de police de Mont-de-Marsan entre 8 heures 30 et 9 heures 30, revêt un caractère disproportionné en ce qu'elle entrave ses déplacements et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, alors qu'il est assigné à résidence au domicile de son père et qu'il occupe un emploi sans autorisation de travail, il n'apporte aucune précision, ni aucun élément permettant de considérer que les conditions et modalités de contrôle de la mesure d'assignation seraient de nature à porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation sera également écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 20 mars 2024 par laquelle la préfète des Landes a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il y a lieu en conséquence de rejeter le surplus des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B.
Sur les frais liés au litige :
21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante au principal, la somme dont M. B demande le versement à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 mars 2024 par lequel la préfète des Landes a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans est annulée.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète des Landes.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La présidente,
Signé
V. QUEMENERLe greffier,
Signé
M. CALOONE
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière
Signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026