mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400947 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. A D, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet du Gers a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a obligé à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision portant refus de titre de séjour, qui ne mentionne pas l'intérêt supérieur de l'enfant, est insuffisamment motivée et ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet était tenu de réunir la commission du titre de séjour ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet a irrégulièrement consulté le fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) ;
- en n'examinant pas sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur de droit et n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il vit avec son épouse depuis leur mariage au mois de décembre 2021 ;
- il a également commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est père d'un enfant français né le 30 avril 2022 à Auch ;
- il a, par ailleurs, commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit sur le territoire français depuis plus de dix ans et qu'il vit avec sa femme et son fils qui sont français ;
- il a enfin commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il vit sur le territoire français depuis plus de dix ans et qu'il vit avec sa femme et son fils qui sont français ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 412-5 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est fait état que d'une seule condamnation pour des faits commis en 2020 et 2021 et qu'il conteste avoir commis les faits qui ont donné lieu aux signalements contenus dans le fichier TAJ ;
- il a, par ailleurs, méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que la cellule familiale ne saurait se reconstituer dans son pays d'origine ;
- la décision portant refus de titre de séjour emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il a également méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché la décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à se présenter une fois par semaine au commissariat :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision attaquée ne précise nullement que la présentation une fois par semaine au commissariat se terminera à l'issue du délai de départ volontaire dont il bénéficie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il fait état de ce qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 10 juillet 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 avril 2024 à 15h30 :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Ortego Sampedro, représentant M. D, qui demande également l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet du Gers a assigné à résidence le requérant pour une durée de quarante-cinq jours. Elle fait valoir que cet arrêté est illégal du fait de l'illégalité de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français et, en outre, reprend les moyens soulevés dans sa requête introductive d'instance à l'encontre de l'arrêté du 13 mars 2024.
- et les observations de M. D qui précise qu'il a un diplôme en électricité du véhicule, ainsi que celles de son épouse, qui précise que son mari est intégré sur le territoire français et assume pleinement son rôle de mari et de père.
Le préfet du Gers n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant serbe, né le 6 novembre 1992 à Bujanovac (Serbie), est entré régulièrement en France le 2 octobre 2013, sous couvert d'un passeport biométrique valable jusqu'au 17 octobre 2022. Le 20 juillet 2021, il s'est marié avec une ressortissante française et de leur union est né, le 30 avril 2022 à Auch, Malik D. Le 6 mars 2023, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 13 mars 2024, le préfet du Gers a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a obligé à se présenter une fois par semaine au commissariat de Auch. Par un arrêté du 8 juillet 2024, il l'a assigné à résidence dans le département du Gers pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-7 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière en cours d'instance, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.
3. En l'espèce, par un arrêté du 8 juillet 2024, le préfet du Gers a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours M. D. Par application des dispositions citées au point précédent, la magistrate désignée n'est pas compétente pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale. Par suite, les conclusions de la présente requête, dirigées contre le refus de titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Pau.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 mars 2024 en ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et obligeant M. D à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch :
4. M. D soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Selon l'article L. 423-3 du même code : " () / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code, cité dans l'arrêté attaqué : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est marié à une ressortissante française depuis le 20 juillet 2021 avec laquelle la communauté de vie est établie depuis cette date, soit depuis près de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. Au demeurant, il ressort des attestations de témoignages des proches du requérant, versées au dossier par ce dernier, et non contredites en défense par le préfet du Gers, que le requérant est en couple avec son épouse actuelle depuis près de huit ans à la date de la décision attaquée et est intégré dans la famille de cette dernière. De leur union est né le 30 avril 2022, soit avant la décision attaquée, un enfant de nationalité française dont le requérant est le père. Il n'est pas contesté que le requérant a noué avec son fils une relation stable et intense, depuis la naissance de ce dernier. Par ailleurs, les faits, pour lesquels le requérant a été mis en cause, de détention non autorisée de stupéfiants, de vol à la roulotte et de vol par effraction, mentionnés au fichier TAJ, datent respectivement de 2014 et 2015 est sont, ainsi, antérieurs de près de dix ans à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, dans les circonstances particulières de l'espèce, alors même que le requérant a été condamné le 2 juin 2022 par le tribunal correctionnel d'Auch à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti de dix-huit mois de sursis probatoire pour des faits de transport, détention, offre ou cession et acquisition de stupéfiants, commis entre le 1er janvier 2020 et le 18 mai 2021, soit avant son mariage et la naissance de son fils, le refus de délivrance d'un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, M. D, dont il est constant qu'il réside sur le territoire français et a quitté son pays d'origine, la Serbie, depuis plus de 10 ans à la date de la décision attaquée, est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, celles fixant le pays de destination et obligeant M. D à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet du Gers a assigné M. D à résidence dans le département du Gers pour une durée de quarante-cinq jours :
9. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. D, prive de base légale l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet du Gers a décidé de l'assigner à résidence, dont M. D est, dès lors, fondé à demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard aux motifs qui fondent l'annulation, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet du Gers de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. D d'une somme de 1 200 euros à verser au conseil du requérant, sous réserve que Me Pather renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : L'examen des conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet du Gers en date du 13 mars 2024 refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. D est renvoyé devant une formation collégiale du présent tribunal.
Article 2 : Les décisions du préfet du Gers en date du 13 mars 2024 obligeant M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et l'obligeant à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ainsi que l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet du Gers a décidé d'assigner M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gers de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve que Me Pather renonce à percevoir la somme correspondant à la partie contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pather une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Gers.
Copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La magistrate désignée,
E. PORTESLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière :
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026