mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, Mme E A C, représentée par Me Ortego Sampedro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- cette lacune ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à l'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 542-1 et L. 611-1-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
-elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
-elle est entachée d'une erreur de droit en raison de l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, lesquelles sont contraires au principe de sécurité juridique tel que garanti par le préambule de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des article L. 612-7 et -10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Mme E A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
-le rapport de Mme Quéméner ;
-et les observations de Me Ortego Sampedro, représentant Mme A C, qui confirme ses écritures ; en insistant sur l'erreur de droit et l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation laquelle se déduit de l'erreur commise par le préfet sur sa nationalité ; qu'en effet contrairement à ce qui est soutenu en défense, il ne s'agit pas d'une simple erreur matérielle, cela révèle que le préfet n'a pas pris en compte le fait qu'elle est colombienne et non vénézuélienne ; que la jurisprudence citée en défense n'est pas transposable car rien ne permet d'affirmer que le préfet a réellement examiné les risques en cas de retour en Colombie ; que pour les mêmes motifs, le préfet ne peut être regardé comme ayant pris en compte l'intérêt de son enfant mineur ; que s'agissant de l'article 8, il convient de prendre en compte ses efforts d'intégration ; que l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée alors qu'elle a toujours été en situation régulière et qu'elle occupe un emploi, ; qu'en effet cela l'empêche de revenir ultérieurement sur le territoire avec un visa pour travailler, alors que son employeur souhaite présenter une demande d'autorisation de travail.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A C, ressortissante colombienne, née le 16 juin 1986 à La Cumbre (Colombie), est entrée sur le territoire français le 31 octobre 2022. Elle a déposé une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 16 août 2023, confirmée par une décision du 19 mars 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 26 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme A C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise, notamment, les dispositions des articles L. 611-1 4°, L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent et les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions respectivement prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile de Mme A C. Elle rappelle enfin les éléments tenant à la situation personnelle et familiale de Mme A C au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que cette décision qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques, se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur sa demande d'asile et n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale, de sorte que ce moyen sera également écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte tant des mentions des motifs de l'arrêté attaqué, que de l'article 1er de son dispositif, qui indiquent sans ambigüité que Mme A C est de nationalité colombienne, que le préfet ne s'est aucunement mépris sur sa nationalité, ni sur sa situation. Dans ces conditions, la circonstance que l'arrêté indique qu'elle ne démontre pas que son retour avec sa fille " au Vénézuela " ferait obstacle au maintien des liens familiaux, constitue en l'espèce une erreur purement matérielle, qui n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen de la situation personnelle et familiale de la requérante. Le moyen tiré de l'erreur de droit sera en conséquence écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".
5. Le relevé " Telemofpra " produit en défense par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, mentionne que le recours formé le 7 novembre 2023 par Mme A C à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 août 2023 a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision lue en audience publique le 19 mars 2024, d'ailleurs produite à l'instance. Il s'ensuit que le droit au maintien sur le territoire de l'intéressée a pris fin à cette date. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement estimer à la date de l'arrêté en litige, que Mme A C se trouvait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel il pouvait légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. Mme A C fait valoir que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a omis de prendre en compte l'intérêt supérieur de sa fille mineure B F A. Toutefois, d'une part, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise la convention internationale des droits de l'enfant, que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris en compte les conséquences d'une telle mesure sur la situation de sa fille mineure en précisant notamment qu'elle était également déboutée de sa demande d'asile. D'autre part, il n'est pas contesté que la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer cette dernière de sa mère qu'elle a vocation à suivre dans son pays d'origine. Enfin, si la requérante se prévaut de la scolarisation de sa fille en France depuis deux ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que celle-ci ne serait pas en mesure de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être qu'écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Mme A C se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis deux ans, de ce que sa tante et son mari vivent en France, de ce qu'elle a suivi des ateliers de français et de ce qu'elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui est entrée en France le 31 octobre 2022, à l'âge de 36 ans n'a été autorisée à y résider que dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, si Mme A C, produit des attestations certifiant qu'elle a suivi des cours d'apprentissage du français et a participé à des ateliers collectifs dans le cadre d'une action d'insertion sociale et professionnelle, elle ne justifie pas de l'existence de liens personnels qu'elle aurait tissés en France, en dehors des membres de sa famille, ni d'obstacles à ce que la cellule familiale qu'elle forme avec son enfant mineure de même nationalité se reconstitue ailleurs qu'en France, et notamment dans son pays d'origine, dans lequel elle n'établit pas qu'elle serait totalement dépourvue d'attaches. Dans ces conditions, et eu égard à ses effets, la mesure d'éloignement attaquée n'a pas porté au droit de Mme A C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et en dépit de la conclusion récente d'un contrat à durée indéterminée en février 2023, circonstance qui ne permet pas, à elle seule, d'attester d'une intégration professionnelle stable et durable sur le territoire, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle et familiale de la requérante.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de que la décision fixant le pays de destination serait, compte tenu de l'erreur commise sur sa nationalité, entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, et par suite d'une erreur de droit doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Mme A C soutient qu'elle court des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, les documents qu'elle produit, dans le cadre de la présente instance, soit le certificat de décès de son frère et un document non traduit qui serait une attestation d'ouverture d'une enquête concernant ce décès, ne permettent pas, à eux seuls, de tenir pour établis les risques allégués en cas de retour. Dans ces conditions et alors que la Cour nationale du droit d'asile a estimé que ses déclarations insuffisamment précises, n'étaient en outre ni constantes, ni personnalisées, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
17. Pour interdire à Mme A C le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Hautes-Pyrénées, qui a visé les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui fondent cette décision, a relevé que l'intéressée ne constitue pas une menace à l'ordre public, mais qu'elle ne justifie pas de liens personnels en France caractérisés par leur intensité et leur ancienneté compte tenu de la durée et des conditions de sa présence récente en France, et n'établit pas être totalement dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait justifiant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
18. Par ailleurs, compte tenu de la courte durée de sa présence en France et en dépit de la présence de sa tante sur le territoire, dont elle n'établit pas au demeurant être particulièrement proche, et alors même qu'elle n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et ne représente pas une menace à l'ordre public, Mme A C n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait entaché sa décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. En dernier lieu, Mme A C soutient que cette décision est intervenue en méconnaissance du principe de sécurité juridique, au motif que les dispositions de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne précisent pas les raisons pour lesquelles une interdiction de retour pourrait être édictée à l'encontre d'un étranger débouté d'asile. Toutefois, et d'une part, contrairement à ce soutient la requérante, les critères qui doivent être pris en compte par l'autorité compétente pour décider du prononcé d'une telle interdiction et en fixer la durée sont précisément définis par les dispositions précitées de l'article L.612-10 du même code, dont le dernier alinéa renvoie aux dispositions applicables aux interdictions de retour prévues par les dispositions de l'article L. 612-6 du même code. D'autre part, la circonstance invoquée que certaines catégories d'étranger sont exclues du champ d'application des dispositions citées au point 15 ne permet pas, à elle seule, de considérer que leur application aux étrangers définitivement déboutés de l'asile serait contraire au principe de sécurité juridique. Par suite ce moyen, doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
21. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme A C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme dont Mme A C demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
No 2400968
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026