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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401039

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401039

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Il soutient que :

-l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-il n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de sa situation en ce qu'il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu des risques auxquels il se trouverait exposé en cas de retour en Turquie.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C été entendu au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue à l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc, né le 10 juillet 1990 à Karayazi (Turquie), est entré sur le territoire français le 20 septembre 2022 de manière irrégulière. Il a déposé une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 7 juin 2023, confirmée par une décision du 18 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 10 avril 2024, le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il est constant que la présence en France de M. B, qui est

entré sur le territoire en 2022, était récente à la date des décisions en litige et que l'intéressé n'a été autorisé à y résider que dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile. Par ailleurs, le requérant, qui ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, n'est en revanche pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où résident son épouse ainsi que ses enfants. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé sur le territoire français les décisions attaquées n'ont pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la situation personnelle de M. B.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

4. M. B soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Turquie. Toutefois, il n'apporte dans le cadre de la présente instance, aucun élément permettant de tenir pour établi qu'il serait personnellement exposé à de tels risques alors que la Cour nationale du droit d'asile, qui a rejeté sa demande d'asile par une décision du 18 décembre 2023, a estimé que ses déclarations ne permettent pas de tenir pour établis les faits allégués et de fonder les craintes énoncées. Dans ces conditions, et faute pour M. B d'apporter des éléments permettant de tenir pour établi qu'il encourt des risques actuels et personnels de traitements inhumains et dégradants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B, qui n'invoque pas de moyens spécifiques à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 avril 2024 du préfet des Hautes-Pyrénées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

No 2401039

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