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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401049

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401049

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantAHMADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, M. B A représenté par Me Ahmadi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et subsidiairement à son seul profit sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024 le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ressortissant bangladais, né le 15 avril 1976 à Sylhet (Bangladesh), est entré en France le 30 décembre 2022. Il a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, par une décision du 31 mai 2023, confirmée par une décision du 29 janvier 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2.M. A, déjà représenté par un avocat, ne justifie pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle et n'a pas joint à sa requête une telle demande. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 2 octobre 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. Martin Lesage, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français vise, notamment, les dispositions des articles L. 542-1, L. 542-2 et du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile de M. A et rappelle les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, ainsi que les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que cette décision qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

6. Si M. A soutient que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de la décision attaquée, ainsi qu'il a été mentionné au point 4, que le préfet des Pyrénées-Atlantiques ne s'est pas fondé sur le comportement de ce dernier pour fonder la mesure d'éloignement en litige, mais sur la circonstance que sa demande d'asile a été définitivement rejetée et qu'il ne peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur un autre fondement. Il s'ensuit que M. A qui ne conteste pas que l'ordonnance de la cour nationale du droit d'asile lui ait été régulièrement notifiée n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur de fait au motif que sa présence sur le territoire ne représente pas une menace pour l'ordre public.

7. En dernier lieu, M. A soutient qu'il est susceptible d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi dans son pays d'origine dans la mesure où il a été persécuté par un haut membre d'un parti politique influent, que sa sécurité et sa vie seraient donc menacées. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile au motif que ses déclarations et les documents produits ne permettaient pas de tenir les faits allégués pour établis, ni de considérer comme fondées les craintes de persécution exprimées, il ne produit pas, dans le cadre de la présente instance, d'éléments suffisamment probants permettant d'établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et à supposer même que ce moyen, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puisse être regardé comme invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, il y a lieu de l'écarter.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A, qui n'invoque aucun moyen à l'encontre des autres décisions contenue dans l'arrêté en litige n'est pas fondé à en demander l'annulation.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme dont M. A demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La demande de M. A d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle est rejetée.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

No 2401049

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