mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 avril et 21 mai 2024 sous le n° 2401059, Mme C A, représentée par Me Dumaz-Zamora, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête est recevable dès lors que la notification de l'arrêté est irrégulière ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
-elle ne comporte pas la mention en caractères lisibles de l'identité et de la qualité de son auteur ;
- elle est illégale par voie de conséquence car la décision du 16 juin 2023 portant rejet de la demande de titre de séjour est illégale dès lors que :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des articles R. 425-12 et R.425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions de l'article 6 de l'arrêté relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, du 27 décembre 2016 ;
* elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences disproportionnées qu'elle emporte sur sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences manifestement disproportionnées qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 et 22 mai 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et subsidiairement à son rejet.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
II - Par une requête, enregistrée le 24 avril 2024 sous le n°2401060, M. E B, représenté par Me Dumaz-Zamora, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ; la notification de l'arrêté est irrégulière.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences manifestement disproportionnées qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et subsidiairement à son rejet au fond.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Quéméner,
- et les observations de Me Dumaz-Zamora, représentant M. B et Mme A, qui confirment les écritures, et notamment que les requêtes sont recevables car la mention des voies et délais de recours n'est pas claire et que les requêtes ont bien été enregistrées dans le délai de deux mois ; que par ailleurs, compte tenu de la notification d'une décision de sortie du CADA dans lequel il étaient hébergés, le préfet était nécessairement informé que ce n'était plus leur adresse ; que par ailleurs, sur le fond, l'arrêté édicté à l'encontre de Mme A ne permet pas, d'identifier le signataire et la jurisprudence invoquée en défense n'est pas transposable, car il s'agit en l'espèce de deux mesures individuelles ; que s'agissant de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, Mme A abandonne les moyens tirés des différents vices de procédure ; qu' en revanche sur le fond elle a accepté de lever le secret médical, et elle maintient que le traitement dont elle a besoin n'est pas disponible dans son pays d'origine ; qu'à cet égard, la liste produite date de 2012, et ce médicament ne figure par ailleurs pas davantage sur la liste de 2008 du préfet, lequel ne détient aucune compétence pour proposer une substitution ; qu'au surplus la spécialité invoquée par le préfet, n'est pas compatible avec une grossesse selon le vidal ; qu'ils sollicitent donc l'intervention éventuelle de l'OFII à la cause au regard des pièces produites ; et ils maintiennent enfin que compte tenu de leur situation personnelle et familiale, les décisions en litige sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant mauritanien, né le 4 septembre 1984 à Barabe (Mauritanie), est entré en France le 21 octobre 2019, rejoint le 9 octobre 2021 par son épouse, Mme A, de même nationalité, née le 31 décembre 1992 à El Mina (Mauritanie). Les intéressés ont déposé des demandes d'asiles, lesquelles ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par des décisions du 24 septembre 2021 et du 23 mars 2022, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile par deux décisions du 31 décembre 2021 et du 4 janvier 2023. Par deux arrêtés du 7 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques les a respectivement obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de ces mesures d'éloignement. Par les présentes requêtes, M. B et Mme A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées, enregistrées sous les nos 2401059 et 2401060 présentées par Mme A et son époux M. B à l'encontre des mesures d'éloignement respectivement édictées à leur encontre présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 16 juin 2023 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A:
3. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la teneur de l'avis émis le 16 mai 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et relève qu'au regard des éléments portés à la connaissance du préfet, Mme A ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait senti lié, à tort, par l'avis émis et n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, de sorte que ce moyen doit être également écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () La décision de délivrer cette carte est prise par l'autorité administrative après avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
5. D'une part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. D'autre part, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
7. L'avis émis le 16 mai 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration mentionne que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle ne démontre pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourrait pas y bénéficier d'un traitement approprié, ni que son état de santé ne pourrait pas lui permettre de voyager sans risque. Il est constant que Mme A souffre d'une polyarthrite rhumatoïde, pour laquelle elle fait l'objet en France d'un suivi médical et d'un traitement à base de Plaquenil. Les certificats médicaux qu'elle produit, respectivement établis le 19 janvier 2023 et le 3 juillet 2023, par deux médecins rhumatologues, se bornent à faire état de sa pathologie et de son suivi, sans apporter aucune précision sur la disponibilité dans son pays d'origine d'un traitement adapté à sa pathologie. S'il est exact que le Plaquenil, dont le principe actif est l'hydroxychloroquine, ne figure pas en tant que tel sur la liste des médicaments disponibles en Mauritanie, il ressort des mentions du dictionnaire Vidal que si ce médicament est notamment préconisé dans le traitement des affectations débutantes, de nombreuses autres spécialités pharmaceutiques sont utilisées dans le traitement de fond de cette maladie, spécialités dont il n'est pas contesté qu'elles sont disponibles en Mauritanie. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardée comme apportant suffisamment d'éléments permettant de remettre en cause l'avis du collège de médecins et de l'OFII et l'appréciation portée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques sur la disponibilité d'un traitement adapté à sa pathologie dans son pays d'origine. Il en résulte que sans qu'il soit besoin de faire intervenir l'OFII à l'instance, le moyen tiré d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. Pour les mêmes motifs, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 du présent jugement que la décision du 16 juin 2023 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué édicté à l'encontre de Mme A des dispositions de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration :
10. Les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes duquel : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ", créent une exigence formelle visant à permettre d'identifier l'auteur de l'acte en cause. En l'espèce si les mentions de la qualité et de l'identité de l'auteur de l'arrêté édicté à l'encontre de Mme A sont effectivement peu lisibles, il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part que la requérante a été antérieurement destinataire d'une décision de refus de séjour, comportant cette fois la mention de son auteur en caractères lisibles et une signature manifestement identique à celle apposée sur l'arrêté en litige, d'autre part, que l'arrêté édicté le même jour à l'encontre de son époux et attaqué dans le cadre de la présente instance, comporte également la mention de son auteur en caractères lisibles et une signature manifestement identiques à celles figurant tant sur l'arrêté concernant Mme A que sur la décision de refus de séjour du 16 juin 2023. Dans ces conditions, l'obligation imposée par les dispositions précitées de permettre au destinataire d'une décision d'identifier son auteur, en vue notamment de vérifier sa compétence, doit être regardée comme satisfaite. Ce moyen doit par suite être écarté.
S'agissant des moyens communs aux décisions en litige :
11. En premier lieu, les décisions attaquées visent, notamment les dispositions des articles L. 542-1 à L. 542-3 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles mentionnent les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur les demandes d'asile des requérants. Elles rappellent également les conditions d'entrée des intéressés, ainsi que les éléments tenant à leur situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que ces décisions qui n'avaient pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation des requérants, comportent un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet des Pyrénées-Atlantiques se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur les demandes d'asile des requérants, et n'aurait pas procédé à sa propre appréciation, de sorte que ces moyens seront également écartés.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
13. Les relevés " Telemofpra " produits en défense par le préfet des Pyrénées-Atlantiques et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, mentionnent que les recours formés les 13 novembre 2021 et 2 juillet 2022 par les requérants à l'encontre des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions lues en audience publique les 13 janvier 2021 et 4 décembre 2023. Il s'ensuit que le droit au maintien sur le territoire des requérants a pris fin à ces dates. Les requérants qui s'abstiennent de produire ces décisions, qui leur ont été respectivement notifiées les 17 janvier 2022 et 10 janvier 2023 n'apportent aucun élément permettant de remettre en cause ces mentions. Il s'ensuit qu'à la date des arrêtés en litige, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pu légalement estimer qu'ils se trouvaient dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
15. Il est constant que Mme A et M. B, qui étaient présents sur le territoire depuis environ quatre ans à la date des décisions attaquées, n'ont été autorisés à y résider que dans le cadre de l'instruction de leurs demandes d'asile ainsi que, pour Mme A, de sa demande de titre de séjour, et n'ont pas vocation à s'y maintenir. Par ailleurs, les requérants, qui ont vécu dans leur pays d'origine jusqu'aux âges respectifs de 29 et 35 ans, ne justifient ni de liens personnels qu'ils auraient tissés en France, ni d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, avec leur enfant de même nationalité. Dans ces conditions, ces mesures, n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Pour les mêmes motifs, et alors que les requérants ne se prévalent pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur leur situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de celles fixant le pays de renvoi doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions de Mme A et M. B aux fins d'annulation des arrêtés du 7 décembre 2023 du préfet des Pyrénées-Atlantiques, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation des requêtes de Mme A et M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de ces mêmes requêtes ne peuvent également qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, les sommes dont M. A et Mme B demandent le versement sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A et M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, M. E B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 18 juin 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Nos 2401059, 2401060
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026