jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, sous le n°2401113 et des pièces complémentaires enregistrées les 21 et 22 mai 2024 sous le n° 2401113, M. G C, représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, et ce sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; par ailleurs il n'est pas possible de contester utilement la décision dès lors que le préfet ne précise pas le fondement juridique sur lequel il a entendu se placer pour estimer qu'il n'avait plus droit au maintien sur le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, s'agissant de l'absence de mention de sa demande d'admission au séjour déposée le 19 mars 2024 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine au commissariat :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. G C ne sont pas fondés.
M. G C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
II - Par une requête enregistrée le 29 avril 2024 sous le n° 2401114, et des pièces complémentaires enregistrées les 21 et 22 mai 2024, Mme B D, représentée par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, et ce sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; par ailleurs il n'est pas possible de contester utilement la décision dès lors que le préfet ne précise pas le fondement juridique sur lequel il a entendu se placer pour estimer qu'il n'avait plus droit au maintien sur le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, s'agissant de l'absence de mention de sa demande d'admission au séjour déposée le 19 mars 2024 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière qui a méconnu son droit d'être entendue.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine au commissariat :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme B D ne sont pas fondés.
Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
III. Par une requête enregistrée le 29 avril 2024 sous le n° 2401116, et des pièces complémentaires enregistrées le 21 mai 2024 Mme H C, représentée par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, et ce sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; par ailleurs il n'est pas possible de contester utilement la décision dès lors que le préfet ne précise pas le fondement juridique sur lequel il a entendu se placer pour estimer qu'il n'avait plus droit au maintien sur le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, s'agissant de l'absence d'examen de son droit au séjour au regard des stipulations de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme H C ne sont pas fondés.
Mme H C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
-le convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York ;
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Dumaz-Zamora, substituant Me Pather, représentant les requérants qui confirment leurs écritures, en insistant sur le défaut de motivation en faisant valoir que les décisions ne comportent pas de précision sur leur fondement légal exact ; qu'il n'y a aucun passage sur l'intérêt supérieur de l'enfant mineur du couple ; de même que rien n'est mentionné en ce qui concerne leurs efforts d'intégration ; et enfin que la convention franco-algérienne n'est pas visée ; que s'agissant des demandes de titre de séjour présentées par les parents les dispositions invoquées par le préfet pour soutenir que ces demandes sont tardives, ne sont pas applicables aux demandes d'admission exceptionnelles au séjour , mais seulement pour la délivrance de titres de séjour de plein droit ; que par ailleurs ils établissent que Mme D avait bien sollicité un entretien avec le préfet avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire ; que cela doit être regardé comme une demande de faire valoir des observations orales, de sorte que l'article 41 a bien été méconnu en l'espèce ; qu'ils entendent par ailleurs se prévaloir d'un moyen plus moyen spécifique s'agissant du fils aîné du couple, Mohamed A ; en effet le préfet s'est fondé sur une menace à l'ordre public, mais le fichier TAJ ne peut être saisi que dans le cadre d'une demande de titre de séjour, de sorte qu'il a été consulté de manière irrégulière ce qui fait grief à l'intéressé ; et s'en remettent pour le surplus aux moyens développés dans les quatre affaires.
Le préfet du Gers n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, ressortissant algérien, né le 21 septembre 1967 à Constantine (Algérie), est entré en France le 1er octobre 2022, sous couvert d'un passeport, accompagnée de son épouse Mme B D, née le 2 avril 1969 à Mila (Algérie), de leur fille, Mme H C, née le 7 septembre 2002 à Biskra (Algérie) et de leurs deux fils dont M. A C, né le 7 janvier 1998 à Constantine (Algérie), tous de même nationalité. Les intéressés ont déposé des demandes d'asiles, lesquelles ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile par quatre décisions du 12 février 2024. Par quatre arrêtés du 25 mars 2024, le préfet du Gers les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de ces mesures d'éloignement, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a astreints à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch. Par les présentes requêtes, M. G C, Mme B D et Mme H C demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes, enregistrées sous les n° 2401113, n° 2401114 et n° 2401116, présentées par M. G C, Mme B D et Mme H C, membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions attaquées visent, notamment les dispositions des articles L. 542-3 et L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui les fondent, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Elles mentionnent les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur les demandes d'asile des intéressés et rappellent également leurs conditions d'entrée, ainsi que les éléments tenant à leur situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que ces décisions qui n'avaient pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation des requérants, comportent un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet du Gers n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants, de sorte que ces moyens seront également écartés.
4. En deuxième lieu, et d'une part, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. D'autre part, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative avait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
5. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile.
6. En l'espèce, lors de la présentation de leurs demandes d'asile, les requérants ont été mis à même de présenter toutes les observations pertinentes sur leur situation personnelle. Ils n'avaient donc pas à être spécifiquement invité à formuler de nouvelles observations avant l'édiction des mesures d'éloignement. Par ailleurs, si Mme D soutient qu'en dépit de sa demande elle n'a pas été reçue par les services de la préfecture, il ressort des pièces du dossier qu'elle a fait valoir dans son courrier du 26 février 2024 adressé au préfet du Gers de nombreux éléments sur sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, et alors qu'elle n'établit pas que l'impossibilité alléguée d'avoir pu présenter des observations orales est susceptible d'avoir eu une incidence sur le sens des décisions en litige, elle n'est pas fondée à soutenir que son droit d'être entendue a été méconnu.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
8. D'une part, les relevés " Telemofpra " produits en défense par le préfet du Gers et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, mentionnent que les recours formés le 11 avril 2023 par les requérants à l'encontre des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions lues en audience publique le 12 février 2024 et notifiées aux intéressés le 11 mars 2024. Il s'ensuit que le droit au maintien sur le territoire des requérants avait pris fin à la date des arrêtés en litige, à laquelle le préfet du Gers a pu légalement estimer qu'ils se trouvaient dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français
10. En l'espèce, les requérants font valoir qu'ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sans en préciser le fondement, auprès des services de la préfecture du Gers par des courriers en date du 19 mars 2024. Toutefois, et d'une part, ils ne démontrent pas remplir les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, au demeurant, il ressort des pièces du dossier que ces demandes n'ont été reçues en préfecture que le 26 mars suivant, soit postérieurement à l'édiction des arrêtés en litige. D'autre part, à la date de la décision contestée, les requérants, dont les demande d'asile ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA, entraient dans le champ d'application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. Il est constant que M. G C, Mme B D, et leurs enfants, qui n'étaient présents sur le territoire que depuis un peu plus d'un an à la date des décisions attaquées, n'ont été autorisés à résider sur le territoire que dans le cadre de l'instruction de leurs demandes d'asile, et n'ont pas vocation à s'y maintenir. Par ailleurs, les requérants, qui sont hébergés et sans emploi, ne justifient ni de liens personnels qu'ils auraient tissés en France, ni d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue, avec leurs enfants, de même nationalité, dans leur pays d'origine, où ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales. Dans ces conditions, ces mesures, n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis, et par suite ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
14. Il n'est pas contesté que les mesures d'éloignement en litige n'ont ni pour objet, ni pour effet, de séparer l'enfant mineur du couple Mouad C, né en 2008 de l'un de ses deux parents, qu'il a vocation à suivre dans son pays d'origine. Par ailleurs, et alors que la scolarisation de l'enfant en France est récente, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'il ne serait pas en mesure de la poursuivre dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions soulevé à l'encontre de celles fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de celles portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
18. En l'espèce, d'une part, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français visent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les dispositions précitées. Le préfet du Gers indique avoir examiné la situation des intéressés notamment au regard des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code précité, et notamment, ceux afférents à la nature et l'ancienneté de leurs liens avec la France, de la circonstance qu'ils n'ont pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et de ce leur présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet du Gers n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants de sorte que ce moyen sera également écarté.
19. D'autre part, eu égard à la situation personnelle et familiale des requérants, et compte tenu notamment, du caractère très récent de leur arrivée sur le territoire et de la possibilité de continuer leur vie privée et familiale dans leur pays d'origine dans lequel ils ont toujours vécu, et quand bien même ils n'ont pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en prenant les décisions en litige, le préfet du Gers n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, qui n'apparait pas disproportionnée. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ces décisions entraîneraient des conséquences manifestement disproportionnées sur leur situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions portant astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch :
20. En premier lieu, les décisions faisant obligation aux requérants de se présenter hebdomadairement au commissariat d'Auch constituent des mesures de police visant à l'exécution des obligations de quitter le territoire français qui doivent être motivées en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation peut toutefois se confondre avec celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties d'un délai de départ volontaire, lesquelles sont, ainsi qu'il a été dit au point 3, suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevé à l'encontre de celles les astreignant à se présenter au commissariat d'Auch une fois par semaine doit être écarté.
22. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
23. La circonstance que les arrêtés en litige ne mentionnent pas que les décisions portant astreinte à se présenter au commissariat d'Auch sont prises pour une durée limitée au délai de départ volontaire de trente jours, n'est pas de nature à entacher ces décisions d'illégalité dès lors qu'il ressort des termes de ces arrêtés que les décisions attaquées ont été prises sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions auraient produit des effets après l'expiration du délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C, Mme D, et Mme H C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 25 mars 2024 du préfet du Gers, de sorte que les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
25. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. G C, Mme B D, M. A C et Mme H C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme dont M. G C, Mme B D, M. A C et Mme H C demandent le versement à leur conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°240113, n°240114 et n°2401116 sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. G C, Mme B D, Mme H C et au préfet du Gers.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendue publique par mise à disposition du greffe le 25 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
2,2401114,2401116
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026