jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 21 mai 2024 M. A D représenté par Me Pather, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des apatrides et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, et ce sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; par ailleurs il n'est pas possible de contester utilement la décision dès lors que le préfet ne précise pas le fondement juridique sur lequel il a entendu se placer pour estimer qu'il n'avait plus droit au maintien sur le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, s'agissant de l'absence d'examen d'un droit au séjour au regard des stipulations de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; le préfet n'ayant pas saisi les services du parquet et n'étant pas habilité à consulter le fichier des antécédents judiciaires.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- en raison de cette lacune il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L.612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; le préfet n'ayant pas saisi les services du parquet et n'étant pas habilité à consulter le fichier des antécédents judiciaires.
En ce qui concerne la décision portant astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 et 22 mai 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A D ne sont pas fondés.
M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
-la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de la sécurité intérieure ;
-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme G,
- et les observations de Me Dumaz-Zamora, substituant Me Pather, dans l'intérêt de M.A D, de ses parents et de sa sœur, qui confirment les conclusions et moyens développés dans les quatre requêtes, en insistant sur le défaut de motivation en faisant valoir que les décisions ne comportent pas de précision sur leur fondement légal exact ; qu'il n'y a aucun passage sur l'intérêt supérieur de l'enfant mineur du couple ; de même que rien n'est mentionné en ce qui concerne leurs efforts d'intégration ; et enfin que la convention franco-algérienne n'est pas visée ; que s'agissant des demandes de titre de séjour présentées par les parents les dispositions invoquées par le préfet pour soutenir que ces demandes sont tardives, ne sont pas applicables aux demandes d'admission exceptionnelles au séjour, mais seulement pour la délivrance de titres de séjour de plein droit ; que par ailleurs ils établissent que Mme E, mère de M. A D, avait bien sollicité un entretien avec le préfet avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire ; que cela doit être regardé comme une demande de faire valoir des observations orales, de sorte que l'article 41 a bien été méconnu en l'espèce ; qu'il entendent par ailleurs se prévaloir d'un moyen plus moyen spécifique s'agissant du fils aîné du couple, J A ; en effet le préfet s'est fondé sur une menace à l'ordre public, mais le fichier TAJ ne peut être saisi que dans le cadre d'une demande de titre de séjour, de sorte qu'il a été consulté de manière irrégulière ce qui fait grief à l'intéressé.
Le préfet du Gers n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant algérien, né le 7 janvier 1998 à Constantine (Algérie) est entré en France le 1er octobre 2022 accompagné de ses parents, de même nationalité M. H D et Mme F E, ainsi que de sa sœur I D, née le 7 septembre 2002 et de son frère mineur, B D né en 2008. Il a déposé une demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 12 février 2024. Par un arrêté du 25 mars 2024, pris en même temps que ceux édictés à l'encontre de ses parents et de sa sœur, le préfet le préfet du Gers a obligé M A D à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch. M. D demande au tribunal, par la présente requête d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise, notamment les dispositions des articles L.542-3 et L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Elle mentionne les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile de M. D et rappelle également les conditions d'entrée de l'intéressé, ainsi que les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que cette décision qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Gers n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D, de sorte que ce moyen sera également écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
4. D'une part, le relevé " Telemofpra " produit en défense par le préfet du Gers et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, mentionne que le recours formé le 11 avril 2023 par les requérants à l'encontre des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision lue en audience publique le 12 février 2024 et notifiée à l'intéressé le 11 mars 2024. Il s'ensuit que le droit au maintien sur le territoire de M. D avait pris fin à la date de l'arrêté en litige, à laquelle le préfet du Gers a pu légalement estimer qu'il se trouvait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. D'autre part, M. D soutient que le préfet du Gers a fondé la décision édictée à son encontre sur la menace à l'ordre public que représenterait sa présence sur le territoire, et aurait ainsi entaché cette décision d'un vice de procédure dès lors qu'il aurait consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires alors qu'il n'était saisi d'aucune demande de titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision en litige, que le préfet du Gers ne s'est pas fondé sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur celles du 4° du même article, de sorte que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français
7. En l'espèce, M. D fait valoir qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sans en préciser le fondement, auprès des services de la préfecture du Gers par un courrier en date du 19 mars 2024. Toutefois, et d'une part, alors qu'il ne démontre pas remplir les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, il ressort au demeurant des pièces du dossier que cette demande n'a été reçue en préfecture que le 26 mars suivant, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige. D'autre part, à la date de la décision contestée, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetées par l'OFPRA et la CNDA, entrait dans le champ d'application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il est constant que M. D, qui n'était présent sur le territoire que depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée, n'a été autorisé à résider sur le territoire que dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile, et n'a pas vocation à s'y maintenir. Par ailleurs, l'intéressé, qui est célibataire, sans enfant, ne justifie en France d'aucune attache personnelle en dehors de la cellule familiale qu'il forme avec ses parents et ses frères et sœur de même nationalité, lesquelles font également l'objet de mesures d'éloignement. Dans ces conditions, en édictant à son encontre la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et quand bien même M. D sera suivi par la mission locale, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
10. En dernier lieu, M. D ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision en litige des stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point précédent, l'intéressé, qui est majeur, n'a pas d'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
14. En l'espèce, d'une part, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les dispositions précitées. Le préfet du Gers indique avoir examiné la situation de l'intéressé au regard des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code précité, et notamment, ceux afférents à la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et de ce que son comportement trouble l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Gers n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D de sorte que ce moyen sera également écarté.
15. D'autre part, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. D, telle qu'exposée au point 9, quand bien même il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et à supposer que le motif d'ordre public aurait été irrégulièrement retenu, le préfet du Gers n'a, en tout état de cause, pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an qui n'apparait pas disproportionnée. Il résulte s'ensuit que ces moyens, et notamment celui tiré du vice entachant la procédure de consultation du fichier TAJ seront écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch :
16. En premier lieu, la décision faisant obligation à M.D de se présenter hebdomadairement au commissariat d'Auch constitue une mesures de police visant à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français qui doit être motivée en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation peut toutefois se confondre avec celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français assorties d'un délai de départ volontaire, laquelle est, ainsi qu'il a été dit au point 2, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant astreinte à se présenter au commissariat d'Auch une fois par semaine doit être écarté.
18. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
19. La circonstance que l'arrêté en litige ne mentionne pas que la décision portant astreinte à se présenter au commissariat d'Auch est prise pour une durée limitée au délai de départ volontaire de trente jours, n'est pas de nature à entacher cette décision d'illégalité dès lors qu'il ressort des termes de l'arrêtés que la décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait produit des effets après l'expiration du délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mars 2024 du préfet du Gers, de sorte que les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
21. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. H D, Mme F E, M. A D et Mme I D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme dont M. D demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Gers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
M. CALOONE La greffière,
M. CALOONELa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026