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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401121

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401121

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024 sous le numéro 2401121, Mme A E, représentée par Me Ducoin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé, prévu à l'article R. 742-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette lacune révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, le préfet s'est estimé lié, à tort par les décisions prises sur sa demande d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6, L.612-7 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

II- Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024 sous le numéro 2401122, M. B C, représenté par Me Ducoin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé, prévu à l'article R. 742-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette lacune révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, le préfet s'est senti lié, à tort, par les décisions prises sur sa demande d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 22 mai 2024 à 14 heures, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Quéméner ;

- et les observations de Me Ducoin, représentant les requérants qui confirment leurs écritures en insistant sur la méconnaissance des stipulations de l'article 8 et l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de Mme E, admise récemment au service des urgences de l'hôpital en raison d'un état de stress posttraumatique ; et en soutenant que les mesures d'interdiction de retour sur le territoire méconnaissent les dispositions de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elles n'ont pas été conditionnées au non-respect du délai de départ volontaire de trente jours qui leur a été accordé, et enfin que de nombreux éléments tendent à indiquer que ces mesures sont disproportionnées.

Le préfet des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissante géorgienne née le 21 novembre 1987 à Tbilissi (Géorgie), est entrée régulièrement en France, le 19 septembre 2023, accompagnée de son époux, M. B C, né le 26 mai 1979 à Tbilissi (Géorgie). Ils ont déposé des demandes d'asile rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par des décisions du 18 décembre 2023. Le 9 février 2024, Mme E et son mari ont déposé un recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile. Par des arrêtés du 27 mars 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de ces mesures d'éloignement et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par les présentes requêtes, Mme E et M. C demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées numéros 2401121 et 2401122, introduites respectivement par Mme E et M. C, présentent à juger des questions semblables, relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Par deux décisions du 7 mai 2024, Mme E et M. C ont été respectivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il s'ensuit que leurs demandes tendant à être admis, provisoirement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ont perdu leur objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les décisions attaquées visent notamment les dispositions de l'article L. 542-2 et L. 542-3 et celles du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui les fondent, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que la convention relative aux droits de l'enfant. Elles mentionnent les décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur les demandes d'asile des requérants et les éléments tenant à leur situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet des Hautes-Pyrénées se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur les demandes d'asile des requérants et n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme E et M. C, de sorte que ce moyen sera également écarté.

5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général de droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaitre, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause.

6. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, Mme E et M. C n'établissent pas qu'ils auraient été empêchés de porter à la connaissance des services préfectoraux des informations utiles avant l'édiction des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que ceux-ci aurait été édictés en méconnaissance de leur droit d'être entendus doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Mme E et M. C se prévalent de leurs effort et notamment de ce qu'ils sont bénévoles au Resto du Cœur depuis novembre 2023, de ce que Mme E participe à des projets culturels et de ce que M. C bénéficie d'une promesse d'embauche dans le secteur de l'hôtellerie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ces derniers n'étaient présents sur le territoire français que depuis environ six mois à la date des décisions en litige et n'ont été autorisés à y résider que dans le cadre de l'instruction de leurs demandes d'asile. Par ailleurs, les intéressés, qui ont vécu dans leur pays d'origine jusqu'aux âges respectifs de 36 ans et 44 ans, ne justifient pas avoir développé en France des attaches personnelles ou des liens d'une intensité particulière, ni d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, où ils ne démontrent pas être dépourvus d'attaches personnelles. Enfin, s'ils font valoir qu'ils se maintiennent sur le territoire français pour échapper aux persécutions qu'ils auraient subies en Géorgie, cette circonstance est en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'étranger sera reconduit. Dans ces conditions, ces mesures n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Par ailleurs, si Mme E invoque son état de santé, elle n'apporte aucune précision sur le suivi médical dont elle bénéficierait en France, ni n'allègue qu'elle ne pourrait en bénéficier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors qu'elle n'établit pas, ni même d'ailleurs n'allègue avoir sollicité son admission au séjour en France à ce titre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la mesure d'éloignement édictée à son encontre serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des obligations de quitter le territoire à l'encontre de celles fixant le pays de renvoi doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Mme E et M. C font valoir qu'ils encourent des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie en raison des menaces de mort, de faits de harcèlement et d'intimidations dont ils étaient victimes de la part des anciens clients de Mme E. Toutefois, alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, ils n'apportent dans le cadre de la présente instance aucun élément nouveau de nature à tenir pour établie la réalité et l'actualité des risques allégués. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des mesures d'interdiction de retour prononcées à l'encontre de Mme E et de M. C doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-7 du même code dispose : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

15. D'une part, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions précitées de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français au non-respect par l'étranger du délai de départ volontaire qui lui a été accordé, mais permettent au contraire au préfet de prendre une telle mesure lorsque celui-ci ne se trouve pas dans une telle situation. D'autre part, en l'espèce eu égard à la situation personnelle et familiale de Mme E et M. C qui ne justifient pas de liens personnels et familiaux intenses, suffisamment anciens et stables en France, et compte tenu notamment, du caractère très récent de leur arrivée sur le territoire et de la possibilité de continuer leur vie privée et familiale dans leur pays d'origine dans lequel ils ont toujours vécu, en prenant la décision en litige, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui a examiné la situation des intéressés notamment au regard des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du même code, n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L.612-8 de ce code en interdisant leur retour sur le territoire pour une durée d'un an.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 27 mars 2024 par lesquels le préfet des Hautes-Pyrénées les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E et M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de ces mêmes requêtes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont Mme E et M. C demandent le versement à leur conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle de Mme E et M. C.

Article 2 : Les requêtes de Mme E et M. C sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, M. B C, et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 18 juin 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

Nos 2401121, 2401122

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