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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401183

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401183

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFEBBRARO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 mai 2024, le 15 mai 2024 et le 2 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Febbraro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace réelle, actuelle et grave pour l'ordre public ;

- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et portent une atteinte à son droit à une vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise dès lors qu'il n'a plus ni liens familiaux ou connaissances, ni logement, ni moyens de subsistance en Italie, et qu'il est marié avec une ressortissante espagnole chez laquelle il peut résider.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Beneteau, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 5 septembre 2024 à 14 heures, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de M. B qui confirme les conclusions et moyens développés dans sa requête, et insiste en outre sur sa volonté de sortir libre de prison pour rejoindre sa femme en Espagne et sur son souhait de disposer de quelques heures pour régler des problèmes financiers avec ses avocats.

La préfète des Landes n'était ni présente, ni représentée à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant italien né le 4 octobre 1954 à Cerro Maggiore (Italie), a été condamné par la Cour d'assises de Paris, par un arrêt du 8 novembre 2019, à une peine de dix ans de réclusion criminelle, et incarcéré au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan à compter du 8 mai 2021. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 ; () ". Aux termes de l'article L. 200-2 du même code : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. / Les citoyens de l'Union européenne exercent le droit de circuler et de séjourner librement en France qui leur est reconnu par les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dans les conditions et limites définies par ce traité et les dispositions prises pour son application. ". L'article L. 252-1 de ce code dispose : " L'étranger dont la situation est régie par le présent livre peut faire l'objet d'une décision d'expulsion, prévue à l'article L. 631-1, sous réserve que son comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. / () ". Aux termes, enfin, de l'article L. 253-1 du même code : " Outre les dispositions du présent titre, sont également applicables aux étrangers dont la situation est régie par le présent livre les dispositions de l'article L. 611-3, du second alinéa de l'article L. 613-3, de la première phrase de l'article L. 613-6, du chapitre IV du titre I du livre VI à l'exception de celles de l'article L. 614-5, et des articles L. 631-1 à L. 631-4, L. 632-1 à L. 632-7 et L. 641-1 à L. 641-3. "

3. Il ressort des termes-mêmes de l'arrêté en litige que la préfète des Landes a pris à l'encontre de M. B une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assortie d'une décision fixant le pays de destination. Les dispositions des articles L. 632-1 et suivants du même code, portant sur les décisions d'expulsion, ne sont pas applicables aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et aux mesures qui les assortissent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure prévue à l'article L. 632-1 de ce code est inopérant à l'encontre de l'arrêté litigieux et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

5. L'arrêté litigieux vise les textes applicables à la situation de M. B et comporte de manière suffisante et non stéréotypée l'indication des considérations de fait sur lesquelles la préfète des Landes s'est fondée et, notamment, fait mention de sa situation personnelle et familiale ainsi que des éléments déclarés par l'intéressé quant à sa situation maritale et à sa vie professionnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. () ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Le requérant soutient qu'il ne représente pas une menace réelle, actuelle et grave pour l'ordre public et doit être regardé, en invoquant la méconnaissance de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme entendant invoquer la méconnaissance de l'article L. 251-1 du même code, sur le fondement duquel la préfète des Landes a pris l'arrêté litigieux. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, la préfète des Landes s'est fondée sur la circonstance que ce dernier été condamné par la Cour d'assises de Paris, le 8 novembre 2019, à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour des faits de vol avec arme et arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour assurer la fuite ou l'impunité d'auteur de crime ou délit, peine assortie d'une période de sûreté de cinq ans. Si le requérant soutient que les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens et qu'il a purgé une lourde et longue peine à ce titre, il ressort des pièces du dossier, et notamment des écritures-mêmes du requérant, qu'il a été précédemment condamné, en Espagne à plusieurs peines, totalisant vingt-cinq ans d'emprisonnement, notamment pour des faits de vol avec arme suivi d'un homicide volontaire. Par suite, eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné en France, nonobstant le fait qu'ils aient été commis en 1986, la préfète des Landes a pu à bon droit, et sans commettre d'erreur d'appréciation, ainsi que le requérant doit être regardé comme le soutenant, estimer que la présence en France de M. B était constitutive d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que ce dernier puisse utilement se prévaloir par ailleurs des dispositions de l'article L. 631-1 du même code concernant les mesures d'expulsion. Au surplus, s'il ressort des énonciations de l'arrêté attaqué que la préfète des Landes a examiné son droit au séjour en France, il résulte des déclarations faites par M. B lors de son audition administrative et de l'audience publique qu'il revendique sa résidence en Espagne et ne conteste pas ne justifier d'aucun droit au séjour en France tel que prévu par les dispositions des articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que la préfète pouvait également, sans erreur de droit, fonder sa décision sur le 1° de l'article L. 251-1 de ce code.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier et il est constant que M. B est marié avec une ressortissante espagnole, résidant en Espagne, et qu'il ne se prévaut d'aucune intégration sociale et professionnelle ou de liens personnels et familiaux entretenus en France. Eu égard à la durée et à ses conditions de séjour en France, où il n'est revenu que pour purger la peine d'emprisonnement à laquelle il a été condamné par un arrêt de la Cour d'assises de Paris du 8 novembre 2019, la mesure d'éloignement n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. S'il doit par ailleurs être regardé comme invoquant, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'invoque aucune circonstance particulière s'opposant à ce que son épouse espagnole l'accompagne dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Febbraro.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée,

A. BENETEAULa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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