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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401187

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401187

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, M. B A, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, en l'absence notamment de toute mention relative à son état de santé ;

- cette lacune révèle ainsi un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant compte tenu de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 542-1 et L. 611-1-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article L. 612-8 qui fonde l'interdiction de retour est contraire au principe fondamental européen de sécurité juridique ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des article L. 612-7 et -10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est, enfin, dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 3 juillet 2024 à 9 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C

- et les observations de Me Pather, représentant M. A, qui confirme ses écritures ; en insistant sur son état de santé ; il fait valoir qu'il a tenté de déposer une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il a même reçu une convocation pour déposer un tel titre en préfecture, de sorte que la procédure est irrégulière car il n'y a pas eu de saisine du collège des médecins de l'OFII ; qu'à cet égard l'argumentation développée en défense par le préfet est inopérante, car la circonstance qu'il ne soit pas allé au bout de sa démarche est sans incidence en l'espèce dès lors que l'administration était parfaitement informée de son état de santé, la jurisprudence étant très claire en la matière.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais, né le 12 septembre 1983 à Lakshmipur (Bangladesh), est entré sur le territoire français le 19 mars 2022. Il a déposé une demande d'asile le 4 avril 2022, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 23 juin 2023 notifiée le 29 juin 2023, confirmée par une ordonnance du 20 février 2024 de la Cour nationale du droit d'asile notifiée le 26 février 2024. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier, que M. A a présenté auprès de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a reçu, par courrier du 29 avril 2024, une convocation au guichet pour le dépôt physique de son dossier de demande à la date du 7 mai suivant. S'il n'est pas contesté qu'il ne s'est pas rendu à cette convocation et n'a pas finalisé sa demande, le préfet des Pyrénées-Atlantiques ne prétend toutefois pas ne pas avoir eu connaissance de cette démarche avant de prendre la mesure d'éloignement en litige, ni qu'elle n'aurait pas été accompagnée d'éléments médicaux, alors que les deux certificats produits dans le cadre de la présente instance ont été établis antérieurement à celle-ci. Dans ces conditions, en s'abstenant de toute mention sur l'état de santé de l'intéressé et l'existence d'une telle demande dans l'arrêté attaqué, le préfet ne peut être regardé comme ayant procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant. Par suite, M. A est fondé à soutenir que cette décision est en conséquence entachée d'une illégalité.

3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 5 avril 2024 du préfet des Pyrénées-Atlantiques portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours doit être annulée. De même par voie de conséquence que les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui en constituent l'accessoire.

Sur les frais liés au litige :

4. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Pather sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Pather, avocate de M. A, la somme de 1 000 (mille) euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pather renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A , au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Pather.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

No 2401187

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