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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401217

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401217

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSP AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 mai 2024 et le 2 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 542-1 et L. 611-1-4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°1991-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 3 juillet 2024 à 9 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Pather, représentant M. C, qui confirme les conclusions et moyens développés dans ses écritures, et insiste sur l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi en raison des risques encourus compte tenu de sa nationalité afghane, en faisant valoir que les décisions les plus récentes de la Cour nationale du droit d'asile sont favorables aux ressortissants afghan ; que par ailleurs le préfet n'a pas recueilli son accord sur les autres pays de renvoi ; qu'il se trouve dans une situation particulière en raison du climat généralisé de violence dans son pays d'origine ; qu'en outre les afghans qui ont quitté le pays n'ont plus de contact, et il existe un caractère accentué de l'isolement en cas de retour ; que ces éléments n'ont pas été pris en compte par le préfet, alors que la charge de la preuve sur les risques encourus est renversée à l'égard des afghans.

Le préfet du Gers n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant afghan, né le 5 février 1998 à Nangharar (Afghanistan), est entré sur le territoire français le 11 mars 2023. Il a déposé une demande d'asile rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 15 juin 2023, confirmée par une décision définitive de la cour nationale du droit d'asile du 2 avril 2024. Par un arrêté du 22 avril 2024, le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination ainsi qu'une astreinte à se présenter une fois par semaine au commissariat d'Auch. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions attaquées visent les dispositions de l'article L. 542-3 et celles du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui les fondent et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les décisions respectivement prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile de M. C. Elle rappelle enfin les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour sur le territoire. Cette décision, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gers, se serait senti lié, à tort, par les décisions prises sur sa demande d'asile et n'aurait pas procéder à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article R. 531-19 du même code dispose que " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". Aux termes de l'article R. 532-54 de ce code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ".

4. Le relevé " TelemOfpra " produit en défense par le préfet du Gers, et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, indique que le recours formé le 4 septembre 2023 par M. C à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision lue en audience publique le 2 avril 2024. S'agissant d'une décision de nature juridictionnelle, la date mentionnée sur ce relevé comme étant celle de la décision de la Cour, doit nécessairement être regardée comme correspondant à la date de sa lecture en audience publique au sens des dispositions précitées. Alors que ces mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, la requérante n'établit ni que la date du 8 mars 2024 mentionnée sur ce relevé n'est pas celle de la décision rendue par la Cour, ni que sa lecture à cette date en audience publique aurait été impossible en l'absence de toute audience ou séance tenue à cette date par cette juridiction. Il s'ensuit que le droit au maintien sur le territoire de M. C a pris fin à cette date, de sorte que la circonstance invoquée que la décision de la Cour n'aurait pas été notifiée au requérant dans une langue qu'il comprend est en tout état de cause sans incidence. Dans ces conditions, le préfet du Gers a pu légalement estimer à la date de l'arrêté en litige, que le requérant se trouvait dans le cas visé au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel il pouvait légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

5. En dernier lieu, M. C, est entré récemment en France en mars 2022 et n'a été autorisé à y résider sur le territoire que dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile. Alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, il ne justifie ni de liens personnels en France, ni d'une intégration particulière. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant à son encontre la mesure d'éloignement en litige, le préfet du Gers se serait livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur la situation de M. C.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. M. C invoque les risques de traitements inhumains qu'il encourt en cas de retour en Afghanistan compte tenu notamment de ce qu'il a quitté son pays d'origine depuis plus de deux ans et se trouverait isolé en cas de retour, et du climat de violence généralisée qui y règne. Toutefois, et alors au demeurant que la demande d'asile de M. C a été rejetée par la CNDA, le requérant ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations permettant d'établir les craintes de persécution. Par ailleurs, ce dernier ne fait état d'aucun élément nouveau permettant d'établir la réalité des risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour en Afghanistan, lesquels ne sauraient résulter de la seule évolution de la situation géopolitique et sécuritaire intervenue, au mois d'août 2021 alors qu'à l'occasion de plusieurs décisions récentes, dont celle rejetant la définitivement la demande d'asile du requérant, librement consultables sur son site internet, la Cour nationale du droit d'asile, s'appuyant sur le rapport de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile sur l'Afghanistan du 16 août 2022 intitulé " Afghanistan - Ciblage d'individus ", a estimé qu'aucune source d'information publique pertinente ne montre que le seul séjour en Europe d'un ressortissant afghan, afin notamment d'y demander l'asile, l'exposerait de manière systématique, en cas de retour dans son pays d'origine, à des persécutions au sens et pour l'application des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Contrairement à ce que soutient M. C, il lui incombe en conséquence de fournir l'ensemble des éléments propres à sa situation personnelle permettant d'établir qu'il a acquis un profil " occidentalisé " ou de démontrer la crédibilité du risque d'une telle imputation, notamment en raison de la durée de son séjour en Europe et, en particulier, en France. Dans ces conditions, et alors que l'existence d'un climat de violence généralisée, ne suffit pas davantage à démontrer qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire que M. C courrait, du seul fait de sa présence sur le territoire, un risque réel de subir ces menaces, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision astreignant l'intéressé à se présenter une fois par semaine au commissariat :

9. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".

10. En premier lieu, si l'obligation de présentation à laquelle un étranger est susceptible d'être astreint sur le fondement de l'article L. 721-7 a le caractère d'une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, cette décision, qui tend à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, concourt à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration imposent que cette décision soit motivée au titre des mesures de police, cette motivation peut, outre la référence à l'article L. 721-7, se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire. Ainsi qu'il a déjà été dit, la décision portant obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée et le moyen tiré par la requérante de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

11. En deuxième lieu au regard de la rédaction de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité disposant explicitement que la durée de cette mesure ne peut se poursuivre au-delà du délai de trente jours de départ volontaire et des objectifs de cette mesure précédemment rappelés, l'absence de précision de la durée de cette mesure par la décision attaquée ne peut être regardée comme méconnaissant les dispositions de cet article. Par suite, ce moyen sera écarté.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination ainsi qu'une astreinte à signer une fois par semaine au commissariat.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme dont M. C demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au préfet du Gers.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

No 2401217

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