lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BORDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2024, M. A C, représenté par Me Bordes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024, par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024, par lequel la préfète des Landes l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 à verser à Me Bordes sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'une erreur de droit sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire
- la décision attaquée méconnaît le droit à un procès équitable et les droits de la défense garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a reçu une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité pour le 3 juillet 2024 pour laquelle sa présence est obligatoire sans possibilité de représentation ;
- elle méconnaît le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit de se rendre à la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Bordeaux (SPADA) le 7 juin 2024 et à la préfecture pour effectuer les démarches relatives à une demande d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour du territoire français sur une durée d'un an
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle et d'erreur d'appréciation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale par rapport aux objectifs poursuivis sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que compte tenu des heures de notification des arrêtés portant respectivement obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence, cette dernière décision, notifiée en premier, n'est pas fondée sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;
- à titre subsidiaire, elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est entaché d'un vice de procédure sur le fondement de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut de remise du formulaire d'information sur ses droits et obligations ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant assignation à résidence et l'astreignant à se présenter tous les jours au commissariat entre 8h et 9h sont entachées d'erreur de droit sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le moyen tiré du défaut de remise du formulaire prévu par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et que les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme F en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F ;
- les observations de Me Bordes, représentant M. C, présent, qui produit de nouvelles pièces, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et qui confirme présenter une demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
- et les observations de M. C, assisté de M. G, interprète, qui indique souhaiter rester en France, y travailler et se marier et précise que les enfants de sa compagne le considèrent comme leur père.
La préfète des Landes n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, né le 18 mars 1995 à Oujda au Maroc, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français selon ses déclarations en octobre 2028. La préfète des Landes a, par arrêté du 17 mai 2024, fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et l'a, par arrêté du même jour, assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. C tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun de l'incompétence de l'auteur de l'acte
4. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 3 mai 2024, publié le 6 mai suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture des Landes, la préfète de ce département a donné délégation à Mme Stéphanie Monteuil, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dernières ont été prises par une autorité incompétente manque en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. C soutient qu'il est arrivé en France il y a huit mois environ, depuis l'Espagne, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française rencontrée il y a cinq mois avec laquelle il envisage de se marier ainsi que le prouvent les démarches entamées en ce sens auprès de la mairie, qu'il a entrepris des démarches pour régulariser sa situation et a un rendez-vous pour présenter une demande d'asile auprès d'une association, qu'il est employé en intérim chez la société Lafitte à Montaut et a ainsi des ressources, qu'il est titulaire d'un permis de conduire marocain, que ses deux sœurs de nationalité française résident en France, qu'il a des problèmes de santé, souffrant de diabète, de tension artérielle, de crises de nerf et d'évanouissement et enfin que son grand-père a combattu pour la France durant la seconde guerre mondiale, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C n'établit pas son identité, ne produisant pas de pièces d'identité, ni ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français. Il reconnaît séjourner en France irrégulièrement depuis moins d'un an, ce qui constitue une durée très courte de résidence. En outre, si M. C justifie, par un courriel du 13 mai 2024, d'une prise de rendez-vous le 7 juin 2024 auprès de l'association France terre d'asile, structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Bordeaux, cette première étape d'une démarche de demande d'asile a été engagée huit mois après son arrivée et ne peut être regardée comme constituant une demande d'asile. Par ailleurs, M. C produit un bulletin de paye de l'agence d'interim Samsic Emploi de Mont-de-Marsan en tant qu'opérateur de découpe du 22 avril au 30 avril 2024 et deux contrats de travail temporaire conclus avec cette agence pour des missions auprès de la société Lafite en remplacement d'employés en congés du 11 au 16 mai 2024 puis du 20 au 24 mai 2024, il n'est pas contesté que M. C, sans titre de séjour, ne disposait pas non plus d'une autorisation de travail, les contrats de travail produits indiquant au demeurant qu'il s'est déclaré de nationalité espagnole. Enfin, les documents produits pour justifier de sa vie en concubinage avec une ressortissante française, à savoir deux attestations respectivement de projet de mariage et d'hébergement, signées par cette dernière le 18 mai 2024 pour les besoins de la cause et un formulaire vierge de constitution du dossier de mariage, ne sont pas suffisants pour établir la réalité et l'ancienneté de la vie commune du couple. S'il produit la carte d'identité française de Mme B C, résidant dans le département du Val d'Oise, qu'il déclare comme étant sa sœur, il n'établit pas la réalité et l'intensité des liens qu'il aurait avec elle. De même, M. C ne justifie pas être le petit-fils de M. E D, ancien combattant dont il produit certains documents issus de son dossier militaire. M. C n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales avec le Maroc, pays dans lequel il a vécu la majorité de sa vie. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. C, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En second lieu, il résulte du point 8 et il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de M. C.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire
10. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". Aux termes de l'article 410 du code de procédure pénale : " Le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, à moins qu'il ne fournisse une excuse reconnue valable par la juridiction devant laquelle il est appelé () ". Aux termes de l'article 495-7 du code de procédure pénale : " Pour tous les délits, à l'exception de ceux mentionnés à l'article 495-16 et des délits d'atteintes volontaires et involontaires à l'intégrité des personnes et d'agressions sexuelles prévus aux articles 222-9 à 222-31-2 du code pénal lorsqu'ils sont punis d'une peine d'emprisonnement d'une durée supérieure à cinq ans, le procureur de la République peut, d'office ou à la demande de l'intéressé ou de son avocat, recourir à la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité conformément aux dispositions de la présente section à l'égard de toute personne convoquée à cette fin ou déférée devant lui en application de l'article 393 du présent code, lorsque cette personne reconnaît les faits qui lui sont reprochés. ". Selon les dispositions de l'article 495-8 du code de procédure pénale : " () Les déclarations par lesquelles la personne reconnaît les faits qui lui sont reprochés sont recueillies, et la proposition de peine est faite par le procureur de la République, en présence de l'avocat de l'intéressé choisi par lui ou, à sa demande, désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats, l'intéressé étant informé que les frais seront à sa charge sauf s'il remplit les conditions d'accès à l'aide juridictionnelle. La personne ne peut renoncer à son droit d'être assistée par un avocat. L'avocat doit pouvoir consulter sur-le-champ le dossier. () Le procureur de la République peut, avant de proposer une peine conformément aux dispositions du cinquième alinéa du présent article, informer par tout moyen la personne ou son avocat des propositions qu'il envisage de formuler () ".
11. Si M. C a été convoqué devant le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan le 3 juillet 2024 en vue d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, cette convocation ne revêt pas pour lui un caractère contraignant, dès lors qu'il lui est loisible de se faire représenter à cette audience et de se prévaloir des dispositions de l'article 410 du code de procédure pénale pour faire valoir qu'il est dans l'impossibilité de comparaître pour une cause indépendante de sa volonté. Ainsi, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas atteinte au principe des droits de la défense. Il s'ensuit que ce moyen doit être également écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes e l'article L. 612-2 du même code : "
Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :
1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".
13. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. C ne peut justifier ni de son identité, ne présentant pas de documents d'identité ou de voyage, ni de ses conditions d'entrée sur le territoire français. Il n'est pas contesté qu'il n'a pas présenté de demande de délivrance d'un titre de séjour, ses démarches de demande d'asile étant au stade de la prise de rendez-vous avec la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Bordeaux. En outre, lors de son audition du 17 mai 2024 par un agent de police judiciaire du commissariat de Mont-de-Marsan, M. C a répondu qu'en cas de mesure d'éloignement, il s'opposerait à cette décision. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de tout risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
14. En dernier lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir d'une atteinte à son droit de se rendre à son rendez-vous à la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Bordeaux le 7 juin 2024 pour effectuer les démarches relatives à une demande d'asile dès lors que si l'obligation de quitter le territoire français contestée a été prononcée sans délai à son encontre, elle n'est pas pour autant exécutable dans l'immédiat, à défaut de présentation de papiers d'identité par M. C, ce que la préfète des Landes a pris en compte en assignant M. C à résidence avec obligation de se présenter quotidiennement au commissariat tout en l'autorisant à se rendre de façon exceptionnelle à son rendez-vous dans le département de la Gironde le 7 juin. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi
15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".
16. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour du territoire français sur une durée d'un an
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
18. En premier lieu, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'inexactitude matérielle en considérant qu'il n'a jamais chercher à régulariser sa situation à son arrivée en France dès lors qu'il est constant qu'à son arrivée en France il y a huit mois selon ses déclarations, il n'a pas entrepris de démarches en ce sens. La circonstance qu'il ait pris rendez-vous auprès de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Bordeaux est sans incidence dès lors que ce rendez-vous, pris le 13 mai 2024, ne peut permettre de le regarder comme ayant entamé une procédure de régularisation à son arrivée sur le territoire français.
19. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté
20. En troisième lieu d'une part, il ressort du procès-verbal de l'audition du 17 mai 2024 de M. C qu'il a été interpellé le 16 mai 2024 par des agents de la police nationale alors qu'il était au volant d'un véhicule terrestre à moteur en train de téléphoner. Il a été constaté que M. C, qui n'était pas en mesure de présenter ni les papiers du véhicule, ni des documents d'identité, conduisait un véhicule sans assurance et avec un faux permis de conduire espagnol. Si ces faits, qui n'ont pas été commis en récidive, et qui sont les seuls faits reprochés à M. C, ne sont pas constitutifs d'une menace grave et sérieuse pour l'ordre public, ils sont néanmoins de nature à constituer une menace pour l'ordre public. En outre, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète des Landes, qui a pris en compte dans son arrêté la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, aurait pris la même décision, à savoir une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui est la durée la plus courte, sans cette appréciation de la menace à l'ordre public que représente le requérant. Par suite, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la préfète des Landes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. D'autre part, eu égard aux éléments exposés au point 8 sur la situation familiale et personnelle du requérant, la décision de la préfète des Landes ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
22. Enfin, il résulte du point 8 et il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de M. C.
En ce qui concerne l'assignation à résidence
23. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
24. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée. ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
25. Il ressort des pièces du dossier que les deux arrêtés attaqués portant respectivement obligation de quitter le territoire français sans délai et portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ont été pris et signés par délégation de la préfète des Landes le 17 mai 2024. Dans ces conditions, ces arrêtés ont commencé à produire des effets juridiques à compter de leur signature. La circonstance selon laquelle l'arrêté portant assignation à résidence a été notifié à M. C le 17 mai 2024 à 18h30 et l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français à 18h35, et non l'inverse alors que le premier acte a pour base légale le second, est sans incidence sur la légalité de ces deux actes dès lors que la notification d'un acte individuel a pour effet de rendre la décision opposable à son destinataire et ainsi de déclencher le délai de recours contentieux. Dès lors, ce moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". L'article R. 732-5 de ce code dispose que " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Ce formulaire, dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre de l'intérieur, rappelle les droits et obligations des étrangers assignés à résidence pour la préparation de leur départ. Il mentionne notamment les coordonnées des services territorialement compétents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le droit de l'étranger de communiquer avec son consulat et les coordonnées de ce dernier, ainsi que le droit de l'étranger d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative. Il rappelle les obligations résultant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'assignation à résidence ainsi que les sanctions encourues par l'étranger en cas de manquement aux obligations de cette dernière. / Ce formulaire est traduit dans les langues les plus couramment utilisées désignées par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa ".
27. Il résulte de ces dispositions que la remise d'un formulaire relatif aux droits et obligations des étrangers assignés à résidence a pour objet d'informer le ressortissant étranger des conséquences de la mesure d'assignation à résidence. La remise de ce formulaire doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Elle constitue donc une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence dont le défaut de remise est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de remise du formulaire prévu par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté comme inopérant.
28. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté
29. En quatrième lieu, il résulte du point 8 et il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses effets sur la situation personnelle de M. C.
30. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par la décision portant assignation à résidence doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8.
31. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".
32. D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation.
33. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Par suite, une illégalité entachant les seules modalités de contrôle n'est pas de nature à justifier l'annulation de la décision d'assignation à résidence dans sa totalité.
34. En l'espèce, compte tenu de la situation administrative du requérant, dont l'identité n'est pas confirmée, mais aussi de sa situation personnelle et familiale telle qu'elle ressort du point 8, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée l'astreignant à se présenter tous les jours au commissariat entre 8h et 9h aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
Sur les frais liés à l'instance :
35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A C, à Me Bordes et à la préfète des Landes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
La rapporteure,
Z. F
La greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
N°2401266
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026