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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401299

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401299

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, M. C A B, représenté par Me Moura, demande à la magistrate désignée :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire sans délai et lui a interdit un retour en France pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gers, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans en qualité de conjoint d'une ressortissante européenne, et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

- elle est entachée d'un vice de procédure au motif que le préfet ne pouvait décider de l'éloigner sans lui avoir, par la même décision, expressément refusé un titre de séjour ;

- la décision est insuffisamment motivée notamment au regard des dispositions relatives aux droits des ressortissants européens dans la mesure où il est l'époux d'une ressortissante roumaine ;

- à titre liminaire, son comportement en France depuis huit ans ne peut être considéré comme portant atteinte à l'ordre public ; il a fait l'objet d'une seule condamnation prononcée le 21 avril 2021 par le tribunal correctionnel de Tarbes à une peine d'amende de 600 euros pour conduite d'un véhicule sans permis et en ayant fait usage de stupéfiants ;

- il remplit, avec son épouse, les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des articles L. 234-1, L. 232-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Mme A B devait obtenir un droit au séjour permanent dès lors qu'elle a séjourné de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes ; il devait, par voie de conséquence, bénéficier d'une carte de séjour ; il pouvait également bénéficier d'un titre de séjour en vertu de l'article L. 233-1 de ce code dans la mesure où son épouse exerce une activité professionnelle depuis le 10 avril 2017 en qualité de travailleur indépendant ;

- subsidiairement, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :

- il est irrégulier par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France durant deux ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1967 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Réaut en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mai 2024 à 10 heures 30 :

- le rapport de Mme Réaut, magistrate désignée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 14 juillet 1987 à Sbata (Maroc), de nationalité marocaine, est entré irrégulièrement en France, selon ses dires, le 30 décembre 2014. Il s'est marié au Maroc avec une ressortissante roumaine le 7 août 2014. Il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante européenne valable du 14 septembre 2017 au 13 septembre 2018 dont le renouvellement a été rejeté par une décision du 6 mai 2019. Une seconde demande de renouvellement de titre de séjour a été également rejetée par arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 17 octobre 2022 assorti d'une mesure d'éloignement. Il a fait l'objet d'un contrôle routier le 21 mai 2024 par les services de la police d'Auch au cours duquel il n'a pu justifier d'un droit au séjour régulier. Par un arrêté du 21 mai 2024, le préfet du Gers a décidé de l'éloigner du territoire français, sans lui accorder un délai de départ volontaire et lui a interdit un retour pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hautes-Pyrénées l'a assigné à résidence. Par la présente requête, M. A B demande à la magistrate désignée d'annuler l'arrêté du préfet du Gers du 21 mai 2014.

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;() ".

3. En premier lieu, l'arrêté du préfet du Gers du 21 mai 2014 comporte le visa de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des règlements européens, de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le prefet a fait application. L'arrêté litigieux porte également mention des considérations de vie privée et familiale de M. A B. Il s'ensuit que le préfet du Gers a satisfait à l'obligation de motivation qui lui incombe en vertu des articles L. 121-1 et L. 121-5 du code des relations en le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A B, la circonstance que le préfet du Gers n'aurait pas examiné son droit au séjour avant de prononcer son éloignement du territoire national ne constitue pas un vice de procédure. Au demeurant, en dernier lieu, M. et Mme A B ont fait respectivement l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement, par arrêtés du 17 octobre 2022 dont le tribunal administratif de Pau a été saisi et qui ont donné lieu à des jugements de rejet du 10 juin 2024.

5. En troisième lieu, M. A B ne conteste pas par voie d'exception le refus de séjour dont il a fait l'objet. Il s'ensuit que les moyens consistant à soutenir qu'il aurait droit à un titre de séjour en vertu des articles L. 234-1, L. 232-1, L. 233-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A B fait valoir qu'il est présent en France depuis 2015, qu'il est marié avec une ressortissante européenne et qu'il est père de deux enfants issus de cette relation, nés en France, aucune des pièces du dossier n'établit sa présence régulière sur le territoire national hormis les douze mois courant du 14 septembre 2017 au 13 septembre 2018. Il a fait l'objet de deux refus de titre de séjour en 2019 et en 2022 dont les contestations ont donné lieu à des jugements de rejet et il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il était l'objet avec son épouse en 2022. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas disposer de liens personnels et sociaux stables en France. Dans ces conditions, alors que l'ensemble des membres de la famille est en situation irrégulière en France et est susceptible de s'installer dans l'un ou l'autre des pays dont ils ont chacun la nationalité, le préfet du Gers n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

8. La mesure d'éloignement n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen, tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision portant refus d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire, n'est pas fondé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France durant deux ans :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

10. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. Pour justifier le prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet du Gers a notamment retenu que M. A B a été privé de délai de départ volontaire, qu'il a irrégulièrement gagné le territoire français, qu'il s'y est maintenu de façon irrégulière, que son comportement constitue un trouble à l'ordre public et qu'il ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France. Le préfet du Gers a ainsi suffisamment motivé cette décision au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

12. La mesure d'éloignement n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen, tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision portant interdiction de retour en France durant deux ans, n'est pas fondé.

13. Enfin, si M. A B soulève des moyens dirigés contre la mesure d'assignation à résidence, sa requête ne comporte aucune demande concluant à l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle aux conclusions de M. A B, qui ne justifie d'ailleurs pas avoir demandé à bénéficier de l'aide juridictionnelle, présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens dès lors que le préfet du Gers qui n'a pas la qualité de partie perdante, dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet du Gers est au préfet des Hautes-Pyrénées.

Décision rendu publique par mise à disposition du greffe le 28 juin 2024.

La magistrate désignée,

V. REAUT

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière :

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