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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401331

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401331

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, Mme A C, représenté par Me Kirimov, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 31 mai 2023, du silence gardé par la préfète des Landes sur sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 jours par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

-elle est présumée s'agissant d'un refus de renouveler son titre de séjour ;

En ce qui concerne le doute sérieux :

-la décision attaquée est entachée d'une inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la préfète des Landes conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension de la décision implicite née le 31 mai 2023 et demande au juge des référés de confirmer la légalité de la décision du 6 juin 2024, rejetant explicitement la demande de titre de séjour de Mme C.

Elle soutient que :

-la décision expresse du 6 juin 2024 a implicitement mais nécessairement retiré la décision implicite objet de la demande de suspension ;

-la décision du 6 juin n'est entachée d'aucune illégalité externe ou interne ;

-il conviendra de faire droit à sa demande de substitution de base légale, dès lors qu'elle aurait pris la même décision sur le fondement des stipulations de l'accord franco-marocain qui régissent la délivrance des titres de séjour salariés des ressortissants marocains.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le numéro 2401320 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision implicite née le 31 mai 2023.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 11 juin 2024 à 11 heures 30 en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentées, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 2 février 1995 à Ain Tigza (Maroc), est entrée régulièrement en France le 2 février 2015, munie d'un visa de long séjour en qualité de conjointe de français. Elle a obtenu la délivrance, en cette qualité, d'une carte de séjour temporaire, puis d'une carte pluriannuelle, régulièrement renouvelée jusqu'au 18 novembre 2022. Le divorce des époux ayant été prononcé le 1er décembre 2020, Mme C a sollicité le 31 janvier 2023 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus née le 31 mai 2023 du silence gardé sur cette demande par la préfète des Landes, et dont elle a sollicité l'annulation par une requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le numéro 2401320.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense et l'étendue du litige :

2. La préfète des Landes a explicitement, par une décision en date du 6 juin 2024 intervenue en cours d'instance, rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme C.

3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions aux fins de suspension de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde décision. Par suite l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par la préfète des Landes sera écartée et les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme C doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite de rejet du 6 juin 2024.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5. En l'état de l'instruction, alors qu'il n'est pas contesté que Mme C a demandé le renouvellement de son titre de séjour, en sollicitant un changement de statut, en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", les deux moyens qu'elle invoque, respectivement tirés de l'inexacte application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L.432-13 du même code, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 6 juin 2024.

6. Il résulte de ce qui précède que sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence en l'espèce d'une situation d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour du 6 juin 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. La présente ordonnance qui rejette les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme C n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. L'Etat n'ayant pas, dans la présente instance de référé, la qualité de partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information à la préfète des Landes.

Fait à Pau, le 11 juin 2024.

Le juge des référés,

V. QUEMENER

La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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