vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401377 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MISSONNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juin et 6 juin 2024, M. B D, alors retenu au centre de rétention administrative, représenté par Me Missonnier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 22 mars 2024, notifiée le 1er juin 2024, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Missonnier sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il n'a pas été informé de la possibilité de déposer un recours auprès du chef du centre de rétention ;
- il y a toujours lieu de statuer dès lors que, bien qu'exécutée, la décision fixant le pays de renvoi, qui n'a été ni abrogée, ni retirée, n'a pas disparu de l'ordonnancement juridique ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu car s'il avait été entendu, il aurait pu indiquer qu'il a la nationalité espagnole et qu'il souhaitait par conséquence être éloigné vers l'Espagne ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation sur le fondement des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen de la situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été transmise au préfet des Pyrénées-Atlantiques qui n'a pas produit d'observations.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par courrier du 6 juin 2024, que la solution du litige était susceptible d'être fondée sur ce qu'il n'y avait pas lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 1er juin 2024 fixant le pays de destination dès lors que le 5 juin 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, M. D a été reconduit en Espagne par voie terrestre.
Par un mémoire enregistré le 6 juin 2024, M. D, représenté par Me Missonnier, a produit des observations en réponse à la communication de ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Missonnier, représentant M. D, non présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et souligne que la circonstance que M. D ait été éloigné à destination de l'Espagne est sans incidence sur l'appréciation de la légalité de la décision attaquée qui était entachée d'illégalité quand elle a été adoptée et qui l'est toujours après exécution de sorte que le juge de l'excès peut toujours statuer, que la requête est recevable, M. D ayant fait preuve en outre de diligence dans le dépôt de son recours, que son droit à être entendu a été méconnu car la lettre de recueil d'observations et la décision attaquée ont été notifiées à cinq minutes d'intervalle et datent toutes les deux du 22 mars 2024 si bien que la décision du préfet était déjà prise lors de leur notification alors qu'il a bien la nationalité espagnole, ainsi que le précise le jugement du tribunal correctionnel, que ce vice de procédure l'a privé d'une garantie et a eu une influence sur le sens de la décision car si la décision attaquée est rédigée de façon large, l'intention du préfet était bien de le reconduire au Sénégal, et enfin que la décision attaquée est, en outre, entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur d'appréciation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, né le 20 février 1977 à Pikine au Sénégal, a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Pau du 8 juin 2023, à une peine d'emprisonnement de trois mois ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire français d'une durée d'un an. A sa levée d'écrou le 1er juin 2024, M. D a été placé, par décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 31 mai 2024, en rétention au sein du centre de rétention administrative d'Hendaye pour une durée de 48 heures en vue d'exécuter la peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire français. Par courrier du 22 mars 2024, notifié le 1er juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a informé M. D d'une part, qu'il envisageait de mettre à exécution cette mesure judiciaire et de l'éloigner à destination du Sénégal, pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et d'autre part, qu'il souhaitait recueillir ses observations écrites sur le fondement de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a, par arrêté du 22 mars 2024, notifié le 1er juin 2024, fixé le pays à destination duquel M. D sera renvoyé. Par une ordonnance statuant sur une première demande de prolongation d'une mesure de rétention administrative du 4 juin 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne a validé la prolongation de son placement en rétention administrative pour une durée de vingt-huit jours. Le 5 juin 2024, M. D a été reconduit à destination de l'Espagne. Par la présente requête, M. B D demande au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2024, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. D tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur le non-lieu à statuer :
4. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article L. 721-5 du même code : " () Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables à la contestation et au jugement de la décision fixant le pays de renvoi qui vise à exécuter () une peine d'interdiction du territoire français, lorsque l'étranger qui en fait l'objet est () placé ou maintenu en rétention en application du titre IV du présent livre. () ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ".
5. En application de ces dispositions, il revient à l'autorité administrative d'apprécier le pays de destination à retenir, compte tenu de la situation de l'étranger. L'administration ne peut dès lors être regardée comme en situation de compétence liée pour fixer le pays de destination au seul motif que le juge judiciaire a prononcé une interdiction du territoire français alors que cette dernière décision ne pose que le principe de l'éloignement et ne lie pas l'administration dans le choix du pays de renvoi.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des écritures du requérant et de l'ordonnance statuant sur une première demande de prolongation d'une mesure de rétention administrative prise par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne le 4 juin 2024, que M. D expose souhaiter rejoindre l'Espagne où il a un droit au séjour, étant de nationalité espagnole et en possession d'un passeport et d'une carte nationale d'identité délivrés par l'Etat espagnol. En outre, M. D précise contester la décision du 22 mars 2024 en tant qu'elle fixe le Sénégal comme pays à destination duquel il sera renvoyé en application de la peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire français. Dans ces conditions, M. D doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2024, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en tant que cette décision ne désigne pas l'Espagne.
7. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé, en exécution de la peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire français, que M. D sera éloigné à destination du pays dont il possède la nationalité ou dont il établit être légalement admissible. Par l'ordonnance du 4 juin 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne a fait droit à la requête de prolongation de la mesure de rétention présentée par la préfecture tout en invitant cette dernière à vérifier auprès des autorités consulaires espagnoles si M. D possède un droit au séjour sur le territoire de l'Espagne comme il le prétend. Il ressort des pièces du dossier que par procès-verbal du 5 juin 2024, un agent de police judicaire de la police aux frontières a confirmé l'éloignement à destination de l'Espagne de M. D le même jour. Ce procès-verbal précise que M. D dispose de la nationalité sénégalaise et de la nationale espagnole. Il suit de là que M. D a été reconduit le 5 juin 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, en Espagne, pays dont il a la nationalité et où il n'est pas contesté qu'il est légalement admissible. Au demeurant, M. D ne soutient pas qu'en cas de reconduite en Espagne, sa vie ou sa liberté y seraient menacées ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2024, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en tant que cette décision ne désigne pas l'Espagne.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B D, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Missonnier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
La magistrate désignée,
Z. C
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
N°2401377
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026