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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401438

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401438

lundi 26 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 5 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le juge a estimé que la décision n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, M. B ne justifiant d'aucune attache familiale ou personnelle stable en France et se maintenant en situation irrégulière depuis le rejet de sa demande d'asile. Les moyens soulevés contre les décisions fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour ont également été écartés. La solution s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, M. A B, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation qui n'a pas été appréciée par le préfet.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 3 juillet 2024 à 9 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né le 15 septembre 2001 en Guinée est entré sur le territoire français en 2020. Il a déposé le 2 février 2021 une demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par une décision du 30 août 2021 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 5 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président " Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Si l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire au bénéfice d'une partie est une faculté propre du président de la juridiction compétente pour statuer sur le litige soulevé, conformément aux dispositions précitées au point précédent, elle implique que l'intéressé ait au préalable saisi le président du bureau d'aide juridictionnelle d'une demande tendant au bénéfice de l'aide juridique et l'établisse. Or en l'espèce, M. B ne justifie pas avoir déposé des demandes d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle compétent et n'a pas davantage joint à sa requête une telle demande. Par suite, sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peut être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2020, et n'a été autorisé à y résider que dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée le 30 août 2021. Sa présence sur le territoire depuis cette date résulte de son maintien irrégulier sur le territoire français, sans procéder à aucune démarche en vue de régulariser sa situation. Par ailleurs l'intéressé qui est célibataire et sans enfant, ne justifie ni d'attaches familiales en France, ni de liens personnels particulièrement stables et intenses. Et il n'établit pas davantage ne pas être en mesure de poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, et notamment dans son pays d'origine, la Guinée, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie et où il ne démontre pas être dépourvu de tout lien personnel et familial alors que selon ses déclarations, des membres de sa famille y résident. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a entaché la mesure d'éloignement en litige d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

5. Par ailleurs, à supposer que M. B ait entendu invoquer le défaut d'examen de sa situation, il ressort au contraire de la motivation de la décision attaquée, qui rappelle les éléments mentionnés au point précédent, que le préfet a apprécié de manière complète et personnelle sa situation avant d'édicter à son encontre la mesure d'éloignement attaquée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

7. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les dispositions précitées. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques indique avoir examiné la situation de l'intéressé notamment au regard des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code précité, et notamment, ceux afférents à la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et de ce que sa présence sur le territoire ne constitue pas une menace pour l'ordre public, en relevant notamment qu'il est entré sur le territoire en 2020. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article L. 612-12 de ce même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Aux termes de l'article L. 721-3 de ce même code : " L'autorité administrative, fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / () "

9. M. B soutient que la seule mention des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ne permet pas de considérer que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé à un examen réel et sérieux des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, la décision attaquée, qui mentionne la nationalité de l'intéressé, les décisions prises sur sa demande d'asile et relève qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée alors que M. B n'apporte quant à lui aucun élément probant quant aux risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Guinée. Il s'ensuit que cette motivation ne révèle pas en l'espèce un défaut d'examen de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant refus de délai de départ volontaire, doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. B demande le versement sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La demande de M. B d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est rejetée.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 août 2024.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

No 2401438

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