mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401463 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, la société civile immobilière (SCI) société immobilière de gestion, représentée par Me Gallardo, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le président de la communauté de communes du Haut-Béarn l'a mise en demeure d'interdire sans délai l'accès à l'immeuble dont elle est propriétaire sis 43 rue Camou à Oloron-Sainte-Marie, tant que les travaux de mise en sécurité qui s'imposent n'ont pas été réalisés, sous peine qu'il y soit d'office procédé à ses frais, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Haut-Béarn une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
- l'arrêté attaqué prive son droit de propriété de toute substance puisque son bien ne peut plus être occupé ni loué, alors même que l'atteinte aux intérêts d'un propriétaire est une atteinte grave à une liberté fondamentale essentielle ;
- de la même manière, cette décision prive le bien, qui ne peut plus être vendu, de toute valeur vénale ;
- enfin elle expose le propriétaire à un risque financier sans limite si l'autorité administrative décide de faire les travaux à ses frais ;
- or il n'existe aucun intérêt public à ne pas suspendre cette décision ; en effet il n'y a pas de risque pour la sécurité des habitants puisque l'immeuble n'est pas habitable en l'état ; ni d'ailleurs pour les riverains puisqu'aucun élément n'a jamais chuté sur la voie publique ;
- enfin, il était en tout état de cause possible pour l'autorité compétente d'édicter une mesure moins contraignante.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité :
- l'arrêté est intervenu au terme d'une procédure irrégulière qui a méconnu le principe du contradictoire, contrairement aux exigences des article L.511-10 et R.511-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- il est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
- cette décision méconnait également les dispositions de l'article L.511-1 du même code en ce qu'un délai pour la réalisation des travaux constitue une garantie fondamentale ;
- cette décision révèle un détournement de procédure.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juin 2024 sous le numéro 2401457 par laquelle la société immobilière de gestion demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La société immobilière de gestion est propriétaire d'un immeuble situé 43 rue Camou sur le territoire de la commune d'Oloron-Sainte-Marie. Estimant que ce bâtiment présentait, compte tenu de son état, des dangers pour la sécurité des tiers et des occupants, le président de la communauté de communes du haut-Béarn a engagé une procédure de péril imminent sur le fondement de l'article L.511-9 du code de la construction et de l'habitation. Par une ordonnance du 4 avril 2024 la présidente du tribunal administratif de Pau a désigné un expert judiciaire lequel a remis son rapport le 17 avril suivant. Par un arrêté du 6 mai 2024, cette autorité a mis en demeure la société immobilière de gestion d'interdire sans délai tous les accès à l'immeuble, jusqu'à la complète réalisation des travaux de mise en sécurité qui s'imposent (étaiements, butonnages, fiches et contre fiches, renforcements, purges, bâchages des couvertures), sous peine qu'il y soit procédé d'office à ses frais. Par la présente requête, la société immobilière de gestion demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, dont elle a sollicité l'annulation par la requête susvisée enregistrée le 10 juin 2024 sous le n°2401057.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce, pour soutenir que la condition d'urgence est satisfaite, la société requérante soutient d'abord que l'arrêté attaqué porte une atteinte grave à son droit de propriété en ce qu'elle fait obstacle à sa libre disposition, dès lors que l'immeuble ne peut plus être occupé, loué ou vendu et que cette situation entraine en outre une diminution de la valeur vénale de celui-ci. Toutefois et d'une part, la requérante, qui ne se prévaut d'aucun projet de vente de son bien, reconnaît elle-même dans ses écritures que " le bâtiment est inhabitable en l'état " de sorte que l'impossibilité invoquée de l'occuper ou de le louer résulte en premier lieu de l'état de l'immeuble et non de la décision en litige. Elle fait ensuite valoir que la mesure en litige l'expose à un risque financier sans limite, toutefois elle n'assortit cette argumentation d'aucune précision permettant d'apprécier l'impact du coût des travaux de mise en sécurité préconisés par l'expert judiciaire, auxquels se réfère l'arrêté, sur sa situation financière actuelle. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, la SCI société immobilière de gestion n'apporte pas d'éléments suffisants permettant de regarder la condition d'urgence comme satisfaite.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de la société immobilière de gestion, y compris ses conclusions présentées au titre des frais de procès, sans instruction, ni audience, en application des dispositions de l'article L.522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société immobilière de gestion est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile immobilière (SCI) société immobilière de gestion et à la communauté de communes du Haut-Béarn.
Fait à Pau, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
V. QUEMENER
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière
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