vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401494 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2024, M. B A, représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au conseil départemental des Pyrénées Atlantiques de procéder aux démarches en vue de son inscription dans un établissement scolaire ou à une formation scolaire ou professionnelle adaptée à son niveau en relation avec les services de l'éducation nationale dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;
3°) de mettre à la charge du département une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se retrouve sans solution de scolarisation malgré son âge et l'obligation scolaire à laquelle il est soumis, ce qui nuit à son bon développement ;
- l'absence d'inscription dans un établissement scolaire porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation garanti par l'article 2 du protocole additionnel n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préambule de la Constitution de 1946 et les articles L. 111-1, L. 111-2 et L. 131-1 du code de l'éducation dès lors qu'il est mineur âgé de moins de seize ans et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son préambule ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une
demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures
nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit
public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans
l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du code de justice administrative : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". En outre, l'égal accès à l'instruction, garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958, est confirmé par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'isolement sur le territoire français, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire ou professionnelle adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de cet article, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. A cet égard, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
3. Il résulte de l'instruction que M. A, se disant de nationalité guinéenne et né le 1er novembre 2008, déclare être arrivé en France au mois de décembre 2023. Il fait valoir qu'il n'a pas été affecté à ce jour dans un établissement scolaire et que cette situation porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation compte tenu de son âge et de l'obligation scolaire à laquelle il est soumis en sa qualité de mineur de moins de seize ans, ce qui nuit à son bon développement. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'après s'être vu opposé une fin de prise en charge le 14 février 2024, par le département Pyrénées-Atlantiques au motif qu'il ne relevait pas d'une prise en charge par les services de protection de l'enfance au titre de sa minorité ou de son isolement compte tenu des doutes sur sa minorité, il est actuellement placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance des Pyrénées-Atlantiques, à la suite d'une ordonnance de placement par le juge des enfants du tribunal judiciaire de Bayonne le 2 avril 2024, jusqu'au 31 mars 2025. A la suite de ce placement, et pour regrettable que soit le retard de prise en charge de la structure accueillante, cette prise en charge est effective depuis le 17 avril après l'intervention du département auprès de cette structure. S'agissant de la scolarisation, il ressort du mail du 30 mai 2024 produit au dossier, que l'administration s'est également rapprochée de la structure accueillante qui lui a indiqué que le bilan au CIO pour M. A a été réalisé le 29 avril afin de lui donner toutes les chances d'intégrer un dispositif scolaire, et que deux pistes dont il est attendu confirmation étaient envisagées, soit sur le dispositif Baiona, soit au Lycée Cantau sur une classe allophone. Compte tenu de ces éléments, en se bornant à énoncer qu'il n'est toujours pas scolarisé malgré le bilan du 29 avril 2024 et sur la nécessité d'être scolarisé, alors qu'il est, selon ses déclarations, entré récemment en France à l'âge de 15 ans, et que sa demande d'injonction intervient à l'approche immédiate de la période de vacances scolaires d'été, et qu'au demeurant, il suit des cours de français trois fois par semaine prodigués par des associations, M. A ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'extrême urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit donc être rejetée selon la modalité prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en ce compris sa demande tendant à être admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'action ne présentant pas de caractère d'urgence au sens de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, en ce comprises également ses conclusions formées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au département des Pyrénées-Atlantiques.
Fait à Pau, le 14 juin 2024.
La juge des référés,
F. MADELAIGUE
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026