mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401540 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, la confédération française démocratique du travail (CFDT) des services de santé et des services sociaux du Béarn, représentée par Me Petriat, doit être regardée comme demandant à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a réquisitionné des membres du personnel de la polyclinique de Pau-Pyrénées désignés dans une liste annexée pour assurer la continuité des soins dans le cadre d'un mouvement de grève ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence, faute pour le préfet de justifier de la régularité de la délégation donnée à la signataire de l'acte ;
- l'arrêté litigieux n'a pas fait l'objet d'une notification régulière, l'entachant ainsi d'illégalité : lorsqu'il a été remis par la gendarmerie aux salariés réquisitionnés, il n'était pas accompagné de l'annexe comportant la liste nominative du personnel concerné, certains des salariés réquisitionnés ont été informés qu'ils faisaient l'objet d'une réquisition par un mail leur ayant été adressé par la polyclinique de Pau-Pyrénées et d'autres ont reçu l'arrêté litigieux accompagné de son annexe par mail de la polyclinique ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté litigieux a pour conséquence de priver les personnels réquisitionnés de l'exercice de leur droit de grève ;
- le droit de grève est un droit constitutionnel protégé par le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;
- en édictant l'arrêté attaqué, le préfet des Pyrénées-Atlantiques porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de grève et commet une erreur de droit dès lors que la réquisition en cause est disproportionnée au but poursuivi : le préfet a requis autant de membres de personnels qu'il y en a habituellement au sein de l'établissement et il n'a pas envisagé le redéploiement de l'activité vers l'hôpital public qui n'est pourtant pas concerné par le mouvement de grève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958, notamment son préambule ;
- le code de la santé publique :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'un mouvement de grève nationale initié par plusieurs syndicats ayant déposé un préavis le 31 mai 2024, appelant l'ensemble des personnels de la branche de l'hospitalisation privée et médico-sociale à cesser le travail à compter du 17 juin 2024 à 20 heures, la confédération française démocratique du travail (CFDT) des services de santé et des services sociaux du Béarn a déposé, le 10 juin 2024, un préavis de grève, à l'échelle locale, pour l'ensemble des personnels de la branche d'hospitalisation privée et médico-sociale du Béarn à compter du 17 juin 2024 à 19 heures. Par arrêté du 14 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a réquisitionné des membres du personnel de la polyclinique de Pau-Pyrénées pour les journées des 17 et 18 juin 2024. Par la présente requête, le syndicat CFDT des services de santé et des services sociaux du Béarn doit être regardé comme demandant à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 14 juin 2024 du préfet des Pyrénées-Atlantiques porte réquisition de personnels pour assurer la continuité de la prise en charge des patients accueillis à la polyclinique de Pau-Pyrénées, du lundi 17 juin 2024 à 19 heures au mardi 18 juin 2024 à 20 heures. Comme le soutient le syndicat requérant, cet arrêté a pour effet de faire obstacle à l'exercice du droit de grève des salariés réquisitionnés en les contraignant à reprendre immédiatement leur activité professionnelle. Toutefois, au moment de la notification de la présente ordonnance, il aura été entièrement exécuté. Par suite, et au regard en outre de la date à laquelle la juge des référés a été saisie, à savoir le jour même de la fin de la réquisition prévue, la condition d'urgence ne peut être considérée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, les conclusions présentées par la CFDT des services de santé et des services sociaux du Béarn sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la CFDT des services de santé et des services sociaux du Béarn demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du syndicat CFDT des services de santé et des services sociaux du Béarn est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat CFDT des services de santé et des services sociaux du Béarn.
Copie au préfet des Pyrénées atlantiques
Fait à Pau, le 19 juin 2024
La juge des référés,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2401540
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