lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MALFRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 19 juin 2024, enregistrée le 20 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Pau sous le n°2401570, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Bordeaux a renvoyé au tribunal administratif de Pau le jugement de la requête de M. G D ;
Par cette requête enregistrée le 15 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux sous le n°2401960 et un mémoire complémentaire enregistré le 8 avril 2024, M. G D, représenté par Me Cazaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par le lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
-elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
-elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière méconnaissant les articles R.425-22 et R.425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien ;
-elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français ;
-elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
-elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
-elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
Par mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 24 juin 2024 à 10 heures en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Malfray, représentant M. D, présent, qui confirme et s'en remet pour l'essentiel à la procédure écrite, tout en indiquant qu'il est entré en France insistant sur l'absence de prise en compte par le préfet de la Gironde de sa situation particulière et notamment de la circonstance qu'il a exercé une activité professionnelle sur le territoire ; ainsi que sur son état de santé, en faisant valoir qu'il est affecté d'une pathologie oculaire et que les soins dont il a besoin sont d'un coût trop élevé pour qu'il puisse y accéder dans son pays d'origine ; et enfin sur l'absence d'attaches dans son pays d'origine, où réside seulement son frère, depuis le décès de ses parents. Il sollicite en dernier lieu le bénéfice d'une admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Le préfet de la Gironde n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien, né le 8 juillet 1994 à Boudria Beni Yadjis (Algérie) est entré irrégulièrement en France, pour la première fois, selon ses déclarations le 17 octobre 2016. Il a fait l'objet le 6 octobre 2017 d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, édicté à son encontre par le préfet de la Seine Saint-Denis. Il s'est néanmoins maintenu sur le territoire et a fait l'objet le 14 avril 2018 d'une nouvelle mesure d'éloignement, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Paris. Il n'a pas déféré à cette obligation et a sollicité le 16 mai 2018 le bénéfice de l'asile ; demande rejetée le même jour pour irrecevabilité. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a également été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 mai 2022. Le 29 juillet 2022 le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Il a été assigné à résidence par deux arrêtés des 30 novembre et 22 décembre 2022 en vue de l'exécution de cette mesure. Toujours présent sur le territoire, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade le 20 février 2023. Par un arrêté du 29 décembre 2023, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par une requête enregistrée le 15 février 2023 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux, M. D, placé au centre de rétention administrative d'Hendaye par un arrêté du 20 juin 2024, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. / Lorsque le requérant est placé en rétention ou assigné à résidence en dehors du ressort du tribunal administratif qu'il a saisi en application des dispositions de la section 2, le dossier est transmis au tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu de rétention ou d'assignation à résidence. Toutefois, le tribunal initialement saisi demeure compétent pour connaître des conclusions dirigées contre la décision relative au séjour ".
5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. En revanche, et dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise notamment sur le fondement des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour relèvent du tribunal administratif de Bordeaux, initialement saisi de la requête de M. D, tribunal auquel il y a lieu, par suite, de transmettre lesdites conclusions. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais du litige, présentées dans cette même requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de la légalité externe :
6. En premier lieu et d'une part, il se déduit des différents arrêtés produits à l'instance, dont la qualité est manifestement altérée par leur mode de transmission, et n'est au demeurant pas contesté par M. D que l'arrêté en litige a été signé par la secrétaire générale de la préfecture de la Gironde.
7. D'autre part, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil administratif des actes spécial n° 33-2023-021 le même jour et consultable sur internet, le préfet de la Gironde a directement donné délégation de signature à Mme le Bonnec, secrétaire générale et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, le moyen tenant à l'incompétence du signataire de l'arrêté du 29 décembre 2023 doit être écarté.
8. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire vise, notamment les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne en outre que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Elle rappelle enfin les éléments tenant à sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Il s'ensuit que la décision qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, comporte un énoncé suffisant des considérations et de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D, de sorte que ce moyen sera également écarté.
S'agissant du moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour :
9. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6.7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle mentionne la teneur de l'avis émis le 1er septembre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et relève qu'au regard des éléments portés à la connaissance du préfet, M. D ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été précédée d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 1er septembre 2023 sur la base d'un rapport médical établi le 31 août 2023 par le Dr F, médecin de l'office, régulièrement inscrit depuis le 1er octobre 2021 sur la liste établie par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, le collège de médecins était composé du docteur B, du docteur C et du docteur A, également régulièrement inscrits sur la liste ci-dessus mentionnée du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de sorte que l'avis doit être regardée comme ayant été régulièrement émis, de manière collégiale, et sur la base d'un rapport médical établi par un médecin qui n'était pas membre du collège. Il ressort enfin des pièces produites aux débats, que le préfet de la Gironde a été informé le 13 septembre 2023 par le service médical de l'office de la transmission du rapport médical au collège de médecins. En tout état de cause, une telle irrégularité n'aurait pas privé le requérant d'une garantie, ni été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que cet avis a été émis en méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
13. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui en fait la demande au titre des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Il appartient au juge, pour contrôler si l'administration a correctement apprécié les possibilités d'accès effectif aux soins en Algérie, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments du dossier. Lorsque le collège de médecins de l'OFII a estimé que les soins nécessaires étaient disponibles dans ce pays, il appartient à l'étranger d'apporter tous éléments probants de nature à contredire cette affirmation.
14. Pour rejeter la demande de M. D, le préfet de la Gironde s'est fondé sur l'avis émis le 1er septembre 2023 par le collège de médecins de l'OFII, selon lequel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, l'absence d'un tel traitement ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant a fait valoir à l'audience qu'il est atteint d'une pathologie oculaire, il n'apporte toutefois aucun élément, ni aucune précision permettant d'apprécier la gravité d'une absence de traitement. Dans ces conditions, il ne remet pas utilement en cause la teneur de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFFI et l'appréciation portée sur la base de cet avis par le préfet de la Gironde. Il s'ensuit que la circonstance invoquée qu'il ne pourrait avoir accès au traitement qui lui est nécessaire, est en tout état de cause inopérante en l'espèce. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet de la Gironde aurait fait une inexacte application des stipulations de l'article 6.7 de l'accord franco-algérien.
15. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que si M. D réside en France depuis le 17 octobre 2016, cette présence, ainsi qu'il a été exposé au point 1, résulte pour l'essentiel de son maintien en situation irrégulière sur le territoire au mépris des précédentes mesures d'éloignement édictées à son encontre. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit pas, alors même que ses parents seraient décédés, qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'en 2016, ni qu'il ne serait pas en mesure d'y poursuivre sa vie privée et familiale. En outre, et comme il a été exposé au point 14, il n'apporte aucune précision, ni ne produit aucun élément de nature médicale permettant de tenir pour établi que son état de santé faisait obstacle, à la date de l'arrêté attaqué, à ce qu'il soit éloigné à destination de son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé ne justifie par ailleurs d'aucune intégration professionnelle, le préfet de la Gironde n'a pas entachée sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour.
16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 15 du présent jugement que la décision rejetant la demande de titre de séjour de M. D n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi doit être écarté.
18. En second lieu, la décision attaquée vise, notamment, les dispositions des articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui les fondent et les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la nationalité algérienne de M. D et mentionne que ce dernier n'établit pas encourir des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments pris en compte pour prendre sa décision, le préfet de la Gironde a suffisamment motivé en droit et en fait la décision fixant le pays de renvoi. Pour les mêmes raisons, il ne ressort pas de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen réel de la situation de M. D, au regard des risques encours, avant de fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement en litige, de sorte que ce moyen sera également écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'interdiction de retour prononcée à son encontre doit être écarté.
20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".
21. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
22. Pour interdire à M. D le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, le préfet de la Gironde, qui a visé les dispositions citées au point 20 qui fondent cette décision, a relevé que l'intéressé, qui ne justifie pas d'une entrée régulière en France, représente une menace grave et actuelle pour l'ordre public, et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside notamment une partie de sa fratrie. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait justifiant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort par ailleurs ni des termes de la décision en litige, ni d'aucune autre pièces du dossier que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D avant de prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 du préfet de la Gironde, en tant qu'il porte obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, de sorte que les conclusions qu'ils présentent à cette fin doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 en tant qu'il porte refus d'admission au séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction qui en constituent l'accessoire et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Bordeaux.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, au préfet de la Gironde, préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine et au président du tribunal administratif de Bordeaux.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026