mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401603 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juin 2024, M. A B, représenté par Me Kirimov, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées l'a assigné à résidence 36 chemin de Lannedarré, à Lourdes (65) pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées, à titre principal, de renouveler sa carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans cette attente un récépissé l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en ce qu'elle retient que sa présence constitue une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une inexacte application des dispositions de l'article L.611-1 5° dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
En ce qui concerne la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions combinées des articles L.612-2 et L.412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-l'accord franco-marocain ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 juin 2024 à 9 heures, en présence de Mme Caloone greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Kirimov, représentant M. B présent, qui confirme ses écritures en insistant sur l'absence de menace grave et actuelle à l'ordre public au motif que les condamnations dont il a fait l'objet sont anciennes pour deux d'entre elles, et que les deux condamnations les plus récentes doivent être relativisées.
Le préfet des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent ni représentée, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit
1. M. B, ressortissant marocain né le 14 mars 1996 à Mnasra, est entré en France, selon ses déclarations, le 1er décembre 2012 alors qu'il était mineur. Pris en charge dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance, il a obtenu la délivrance le 6 mai 2014 d'une première carte de séjour temporaire, renouvelée jusqu'au 10 mai 2024. Il en a sollicité le 3 mars 2024 le renouvellement, par la délivrance d'une carte de séjour de quatre ans ou de dix ans. Par un arrêté du 21 juin 2024 le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un second arrêté, du même jour, il a été assigné à résidence sur le territoire de la commune de Lourdes pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions du 21 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et l'assignant à résidence. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du même jour par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de l'admettre au séjour, ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de renouveler son titre de séjour dont elles sont assorties, et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Pau.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". L'autorité administrative ne peut, dans ce cadre, opposer un refus à une telle demande ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
6. Il ressort des pièces du dossier et plus précisément du bulletin numéro 2 du casier judiciaire de M. B que ce dernier a été condamné le 22 février 2018 par le tribunal correctionnel de Limoges à 6 mois d'emprisonnement pour vol et tentative de vol par ruse, effraction ou escalade aggravés par une autre circonstance, le 2 août 2022 par le tribunal correctionnel de Rennes à 4 mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, et ce en récidive, et le 18 octobre 2022 à 140 heures de travail d'intérêt général pour vol en récidive. Le bulletin n° 2 fait ainsi apparaître que sur une période allant du mois de février 2018 au mois d'octobre 2022, M. B a fait l'objet de quatre condamnations, dont trois à des peines d'emprisonnement ferme. Compte tenu de ces éléments récents à la date de l'arrêté en litige, lesquels témoignent d'une absence d'évolution positive du comportement de M. B, le préfet des Hautes-Pyrénées a pu légalement estimer, alors même qu'il a été condamné en dernier lieu à une peine de travail d'intérêt général, que son comportement constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation de sa situation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. Si M. B se prévaut de la durée de sa présence en France il ne justifie toutefois ni d'une insertion sociale au regard des condamnations dont il a fait l'objet, ni de la présence sur le territoire d'attaches familiales, ni au demeurant qu'il aurait noué en France des relations personnelles. Dans ces conditions, et alors qu'il n'établit pas ne plus avoir de contact avec les membres de sa famille restés dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de renouveler son titre de séjour le préfet des Hautes-Pyrénées aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis.
9. En dernier lieu, si M. B soutient ne pas avoir disposé du temps nécessaire pour faire valoir ses observations, il ne précise pas les éléments qui l'aurait empêché de les faire valoir et qui auraient été susceptibles de modifier l'appréciation portée par l'autorité compétente sur sa demande de titre de séjour. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance du principe du contradictoire et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 que le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité entachant la décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. B doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de l'erreur de droit :
11. M. B soutient que le préfet des Hautes-Pyrénées ne pouvait légalement l'éloigner du territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L.611-1 5°, dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans. Toutefois les dispositions qu'il invoque du 3° de l'article L.611-3 du même code, lesquels interdisaient l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger résidant régulièrement en France depuis plus de dix ans, n'étaient plus en vigueur à la date de la décision attaquée, en raison de leur modification par la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet des Hautes-Pyrénées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. B n'est pas entachée d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision de refus de départ volontaire doit en tout état de cause être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()."
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet des Hautes-Pyrénées a pu légalement estimer que le comportement de M. B constituait une menace à l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entaché d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire n'est pas entaché d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
17. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant assignation à résidence doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 21 juin 2024 par lesquelles le préfet des Hautes-Pyrénées l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Les conclusions qu'il présente à cette fin doivent en conséquence être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au benefice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Pau.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026