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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401646

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401646

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMASSOU DIT LABAQUERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 juin 2024, enregistrée le 28 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Pau sous le n°2401646, le président du tribunal administratif de Limoges a renvoyé audit tribunal administratif le dossier de la requête de M. G F.

Par cette requête, enregistrée le 24 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Limoges sous le n°2401110 et un mémoire enregistré le 1er juillet 2024, M. G F, représenté par Me Massou dit E doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est privée de base légale.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire, à son rejet et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 200 euros au titre des frais irrépétibles.

Il soutient que la requête ne répond pas aux exigences posées par l'article R. 411-1 du code de justice administrative et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Massou dit E, représentant M. F, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

Le préfet de la Haute-Vienne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. G F, né le 26 novembre 1985 en Algérie, de nationalité algérienne, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2021. Le 13 janvier 2023, il a demandé la délivrance d'un certificat de résidence algérien en raison de sa maladie. Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par une décision du 25 juin 2024, M. F a été placé en rétention administrative, placement prolongé pour une durée de vingt-huit jours par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de la décision du 21 juin 2024 prise par le préfet de la Haute-Vienne.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

3. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui en fait la demande au titre des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Il appartient au juge, pour contrôler si l'administration a correctement apprécié les possibilités d'accès effectif aux soins en Algérie, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments du dossier. Lorsque le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que les soins nécessaires étaient disponibles dans ce pays, il appartient à l'étranger d'apporter tous éléments probants de nature à contredire cette affirmation.

4. Pour rejeter la demande de M. F, le préfet de la Haute-Vienne s'est notamment fondé sur l'avis émis le 16 juin 2023 par le collège de médecins de l'OFII, selon lequel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, l'absence d'un tel traitement ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant fait valoir qu'il est atteint d'une pathologie nécessitant un traitement médical, il n'apporte toutefois aucun élément, ni aucune précision permettant d'apprécier la gravité d'une absence de traitement. Dans ces conditions, il ne remet pas utilement en cause la teneur de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII et l'appréciation portée sur la base de cet avis par le préfet de la Haute-Vienne. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen selon lequel, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français manque de base légale et doit être annulé, ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " ° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en 2021, selon ses déclarations. Il n'est pas contesté que cette entrée sur le territoire français était irrégulière. Par ailleurs, si M. F, sans enfant à charge, fait valoir qu'il vit en concubinage avec Mme B A, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une interdiction judiciaire d'entrer en contact avec elle et n'apporte, en outre, aucun élément, ni aucune précision permettant d'attester de la réalité et de l'ancienneté de cette communauté de vie à la date de la décision attaquée. Le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie familiale dans son pays d'origine. Enfin, il ne justifie d'aucun élément de nature à démontrer l'existence d'une intégration sociale ou professionnelle en France. Il s'en suit que, dans ces conditions, au regard des circonstances de l'espèce et compte tenu des conditions du séjour en France de M. F, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, les conclusions de M. F aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour prononcées à son encontre doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du préfet de la Haute-Vienne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne au titre de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. G F et au préfet de la Haute-Vienne

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La magistrate désignée,

M. CLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2401646

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