mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP CGCB & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2024, et des pièces produites le 14 juillet 2024, Mme A D et M. E C doivent être regardés comme demandant au juge des référés de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 15 mars 2024 par laquelle le maire de la commune de Bidart a opposé un refus à leur demande de changement de destination d'un logement situé au 197 rue Chuchuenia de cette ville, de local d'habitation en location meublée de courte durée.
Ils soutiennent que :
- la décision les prive de revenus locatifs qui se sont élevés à 23 395 euros en 2023 ; ces revenus servent à rembourser les emprunts qu'ils ont contractés pour leur projet immobilier consistant en la réalisation de trois maisons, deux offertes à la location à l'année, et la troisième dont ils se réservent la jouissance et qu'ils proposent à la location de courte durée depuis 2016 ; ces revenus locatifs issus des locations de courtes durées leur permettent également de s'acquitter des montants de cotisation foncière des entreprises (CFE) dont ils sont redevables ;
- sur les trois maisons individuelles qu'ils ont fait construire en 2014 sur un terrain leur appartenant, deux sont louées à des particuliers dans des conditions favorables par rapport aux loyers pratiqués pour des biens comparables ; en revanche, ils souhaitent pouvoir offrir à la location saisonnière, la maison dont ils ont gardé l'usage et, dès 2016, ils ont déclaré ce bien en mairie dans la catégorie des meublés de tourisme ;
- ils respectent ainsi tant les dispositions relatives à la compensation prévues dans le règlement de la communauté d'agglomération Pays Basque fixant les conditions de délivrance des autorisations de changement d'usage de locaux d'habitation pour des locations meublées de courte durée, que les dispositions de l'article L. 631-7 du code de la construction et de l'habitation ; la décision du 15 mars 2014 est donc illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juillet 2024, la commune de Bidart, représentée par Me Gauci, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la présente requête est irrecevable dès lors que le recours au fond tendant à obtenir l'annulation de la décision du 15 mars 2024 ne contient l'exposé d'aucun moyen, tandis qu'en outre, la présente demande de suspension ne précise pas son fondement juridique ;
- en tout état de cause, la condition d'urgence n'est pas satisfaite et aucun moyen, à supposer qu'on en identifie un, n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de cette décision. ; au surplus, en cas de besoin, l'intérêt public commande de limiter, dans ce secteur, les locations de courte durée, et de ne pas retenir l'urgence à suspendre la décision en litige.
Vu :
- la requête n° 2401238 enregistrée le 14 mai 2024 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision du maire de Bidart du 15 mars 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du tourisme ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le règlement de la communauté d'agglomération Pays Basque adopté par une délibération du conseil communautaire du 5 mars 2022, modifié le 9 juillet 2022, fixant les conditions de délivrance des autorisations de changement d'usage de locaux d'habitation pour les locations meublées de courtes durées et déterminant les compensations en application des articles L. 631-7 et suivants du code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 15 juillet 2024, à 11h00, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Perdu,
- les observations de Mme D, qui reprend son argumentation et précise que les loyers ponctuels du logement ici en cause ont été pris en compte dans le financement du projet immobilier qu'elle a monté lorsqu'elle a hérité du terrain à Bidart ; elle ajoute que la suspension demandée permettrait de mettre de nouveau son bien en location, et de limiter la perte de revenus locatifs qu'elle subit ;
- et les observations de Me Trianfilibis, représentant la commune de Bidart, qui maintient l'ensemble de ses demandes et reprend ses arguments.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée en mairie de Bidart le 5 février 2024, Mme D a sollicité l'autorisation de changer la destination du logement situé au 197 rue Chuchuenia, afin de continuer à le proposer à la location de courte durée. Par un arrêté du 15 mars 2024, le maire de Bidart a refusé de faire droit à cette demande au motif qu'en ne prévoyant aucune compensation, la demande de changement d'usage de locaux destinés à l'habitation en locations meublées de tourisme de courte durée ne respectait pas les dispositions de l'article 3.1 du règlement de la communauté d'agglomération Pays Basque, dans sa version de 2022. Par la présente requête, Mme D et M. C demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision du 15 mars 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond formée à son encontre.
Sur la demande de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. Il résulte de l'instruction que les requérants ont obtenu, en 2014, un permis de construire trois maisons à usage d'habitation, de type T4 de 85 m2 avec chacune un garage, une terrasse et un jardin, sur un terrain situé rue Chuchuenia à Bidart. Ils allèguent louer toute l'année deux de ces maisons à des loyers inférieurs au marché de l'immobilier, " dans une démarche citoyenne " et afin de tenir compte de la tension existant sur ce marché, et justifient avoir obtenu, le 9 avril 2021, une autorisation temporaire, d'une durée de trois ans, leur permettant de louer de manière saisonnière la troisième maison, dont ils ont gardé la jouissance. Au soutien de la présente instance, les requérants se bornent toutefois à faire état d'une perte de ces revenus locatifs saisonniers, dont ils allèguent qu'ils s'élevaient en 2023 à hauteur de 23 395 euros, sans d'ailleurs en justifier, et n'établissent ainsi nullement qu'au vu de leur situation financière globale, cette perte de loyers locatifs saisonniers sera de nature à porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à leur situation. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, au vu des pièces soumises au juge des référés, la condition d'urgence n'est pas remplie.
5. Par suite, une des deux conditions cumulatives prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplies, les conclusions présentées par Mme D et M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme au titre des frais exposés par la commune de Bidart, non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1 : La requête présentée par Mme D et M. C, est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bidart sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et M. C, ainsi qu'à la commune de Bidart.
Fait à Pau, le 16 juillet 2024.
La juge des référés, La greffière
S. PERDU M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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