vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE DES RÉFÉRÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, l'association Action grand passage, M. A F et M. B D demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté n°2024-672 du 2 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure le groupe de gens du voyage, avec ses résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, qui occupe sans autorisation depuis le dimanche 30 juin 2024 la parcelle CK n°1249 appartenant au domaine privé communal, situé à Biscarosse (Landes) de l'évacuer dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette décision ;
2°) de leur accorder un délai jusqu'au dimanche 7 juillet 2024.
Ils soutiennent que :
- leur implantation temporaire s'est faite conformément à la loi, ils ont contacté la commune quelques mois à l'avance ; ils souhaitaient occuper l'aire de grand passage mais qui s'est avérée trop petite pour tous les accueillir ;
- le département ne remplit pas ses obligations en matière d'aires de grand passage, auxquelles ne peuvent se substituer les terrains familiaux ou permanents ; sans endroit où stationner, leur sécurité est mise en danger ;
- ils ont tenté d'engager un dialogue avec les autorités locales, conformément à la demande du premier ministre telle qu'elle ressort de la circulaire IOMD2308843J ;
- l'arrêté en litige ne tient pas compte du calendrier et de l'organisation des 135 groupes de grand passage répartis sur toute la France et leur déplacement sur d'autres communautés de communes engendrerait une confusion et un déséquilibre ;
- ils sont conscients de la gêne occasionnée mais sont tenus de respecter l'itinéraire pour ne pas désorganiser ce qui a été prévu par l'association action grand passage et ont besoin d'un délai, jusqu'au dimanche 7 juillet 2024 pour trouver une solution de repli ; en outre, leur évacuation impliquerait de nombreux moyens financiers et humains et troublerait la circulation.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrées les 3 et 4 juillet 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité compétente ;
- il est suffisamment motivé en droit et en fait ;
- les obligations prévues par le schéma départemental d'accueil des gens du voyage ont été respectées dès lors qu'ils ont à leur disposition deux aires de grand passage qui ont une superficie de plus de quatre hectares conformément aux prescriptions du décret du 5 mars 2019 ;
- le groupe de gens du voyage s'est maintenu illégalement sur le terrain en question alors qu'il aurait pu se rendre sur l'aire de grand passage de Mimizan ;
- leur présence illégale présente un risque de trouble à la salubrité publique dès lors qu'il n'existe pas de sanitaires ni de système d'assainissement, à la tranquillité publique dès lors qu'elle compromet l'utilisation de la plateforme aéronautique ainsi qu'à la sécurité publique en raison notamment des branchements sauvages qui ont été réalisés et de la présence d'enfants sur les pistes d'atterrissage de l'aérodrome ;
- le délai imparti aux gens du voyage pour quitter le terrain illégalement occupé était nécessaire, adapté et proportionné au but poursuivi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée par la loi du 7 novembre 2018 ;
- le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes relevant des dispositions de l'article R. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 4 juillet 2024 à 11 heures en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :
- le rapport de Mme E ;
- les observations de M. C, représentant la communauté qui précise que l'aire de grand passage de Mimizan ne contient que quarante places, qu'ils vont quitter le terrain dimanche après-midi pour se rendre sur l'aire de grand passage de Libourne et ne peuvent pas s'y rendre avant car un groupe est déjà présent, en outre ils s'engagent à payer les factures ainsi qu'à nettoyer le terrain.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le dimanche 30 juin 2024, un groupe de gens du voyage avec ses 120 résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, s'est installé sans autorisation sur un terrain appartenant à la communauté de communes des Grands Lacs, situé à proximité de l'aérodrome de Biscarosse-Parentis. Par un arrêté du 2 juillet 2024, la préfète des Landes l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures, sous peine d'évacuation forcée. Par la présente requête, l'association Action grand passage, M. F et M. D doivent être regardés comme demandant l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. -Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : ()
6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () / I.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage : " Le terrain de l'aire de grand passage dispose d'un sol stabilisé adapté à la saison d'utilisation définie par le schéma départemental, restant porteur et carrossable en cas d'intempérie, dont la pente permet d'assurer le stationnement sûr des caravanes. / La surface d'une aire de grand passage est d'au moins 4 hectares. Le préfet, après avis du président du conseil départemental, peut y déroger pour tenir compte des disponibilités foncières, des spécificités topographiques ou des besoins particuliers définis par le schéma départemental. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes des Grands Lacs, dont la commune de Biscarosse est membre, a réalisé une aire de grand passage de 170 places dédiée à l'accueil des gens du voyage dans la commune de Biscarosse, une autre aire de grand passage de 50 places dans la commune de Sanguinet et dispose d'une aire de petit passage et d'une aire d'accueil traditionnelle, conformément au schéma départemental d'accueil des gens du voyage. A supposer que les requérants, en soutenant que les caractéristiques des aires de grand passage mises à leur disposition ne répondent pas à la superficie minimale exigée par les dispositions précitées du décret du 5 mars 2019 et sont d'une superficie insuffisante pour pouvoir accueillir l'ensemble du groupe, ait entendu exciper l'illégalité du schéma départemental d'accueil des gens du voyage, ils ne produisent aucun commencement de preuve au soutien de leurs allégations, lesquelles sont contestées par la préfète en défense. La communauté de communes des Grands Lacs satisfait donc à ses obligations au regard de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage et du décret n°2019-171 du 5 mars 2019. Il s'ensuit que le maire de Biscarosse a pu légalement prendre l'arrêté du 19 juillet 2021 portant interdiction de stationnement des gens du voyage sur le territoire de sa commune en dehors des terrains réservés à cet effet, sur lequel s'est fondé l'arrêté contesté de la préfète des Landes en date du 2 juillet 2024 portant mise en demeure de quitter les lieux.
4. En second lieu, d'une part, les requérants n'établissent par aucune pièce avoir contacté les autorités compétentes pour les informer de ce qu'ils souhaiteraient être accueillis sur la commune de Biscarosse pour la période allant du 30 juin au 7 juillet 2024. Par ailleurs, ils soutiennent, sans toutefois l'établir, que les autorités compétentes ne leur auraient pas proposé l'aire de grand passage de Mimizan d'une capacité d'accueil de 120 places mais leur auraient simplement proposé celle d'une capacité de 40 places, insuffisante pour accueillir l'ensemble du groupe. En revanche, il ressort des pièces du dossier que l'aire de grand passage de Mimizan était libre sur la période durant laquelle le groupe de personnes itinérantes souhaitait être accueilli et que les intéressés auraient pu s'y rendre pour y stationner. D'autre part, il ressort du procès-verbal dressé le 30 juin 2024 par les services de gendarmerie, que la présence du groupe de gens du voyage présente un risque pour la sécurité publique en raison de branchements sauvages réalisés sur les lignes publiques d'électricité de l'école nationale de l'aviation civile, après avoir fracturé le cadenas d'accès à l'enceinte et de la présence d'enfants sur la piste de l'atterrissage de l'aérodrome. Il existe également un risque de trouble à la tranquillité publique, compte tenu de la présence d'un restaurant " le Bistrot de l'Aérodrome " à proximité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le terrain occupé illégalement ne possède pas de sanitaires ni de système d'assainissement et que la gérante du restaurant situé sur le terrain occupé, affirme être dans l'obligation de devoir nettoyer les ordures et déjections retrouvées aux abords de son établissement de sorte qu'un risque de trouble à la salubrité publique est établi. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne revêt pas un caractère disproportionné. Les circonstances que les gens du voyage soient prêts à s'acquitter des frais de consommation d'eau et du ramassage des ordures ménagères et que l'aire de grand passage de Libourne, qui est leur prochaine destination, ne puisse les accueillir avant le 7 juillet 2024, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'association Action grand passage doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Action grand passage, M. F et M. D doit être rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à l'association Action grand passage, à M. A F et à la préfète des Landes.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Pau, le 5 juillet 2024.
La magistrate désignée,
M. E
La greffière,
A. STRZALKOWSKA La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition,
La greffière,
N°2401688
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026