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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401713

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401713

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Bazin, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- il ne constitue pas une menace de trouble l'ordre public;

- cette décision est entachée d'erreur de fait dès lors que la commission d'expulsion a émis un avis défavorable à la procédure d'expulsion ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle constitue une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 9 juillet 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Bazin, représentant M. A, et de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, est entré en France en 1990. Par arrêté du 13 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé de son expulsion du territoire français. Par décision du 14 juin 2024, cette même autorité l'a assigné à résidence. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 6L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion; () ". Aux termes de l'article R. 732-1 du même code : "

L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence () ".

3. La décision attaquée se fonde notamment sur ce qu'une mesure d'expulsion du territoire français a été prononcée à l'encontre de M. A. Par arrêté du 2 octobre 2023, publié le 3 octobre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. Lesage, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines au nombre desquelles ne figure pas la décision portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

5. La décision attaquée, après avoir énuméré les trente décisions juridictionnelles prononçant des condamnations pénales à l'encontre de M. A, se fonde sur ce que ce dernier a été condamné entre 2000 et 2023 à quatorze reprises pour des délits routiers, à sept reprises pour des faits de vol, à cinq reprises pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, à deux reprises pour des faits de dégradation, à deux reprises pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, et une fois pour des faits de violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, sur ce qu'une mesure d'expulsion du territoire français a été prononcée à son encontre, sur ce qu'il est dans l'impossibilité de quitter dans l'immédiat le territoire français dès lors qu'il est démuni de tout document de voyage en cours de validité, sur ce qu'il représente une menace de trouble pour l'ordre public et sur ce qu'il justifie d'un domicile stable. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 13 juin 2024 rappelé au point 1 a été pris sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application duquel un étranger peut être expulsé lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public. M. A ne conteste pas cette décision. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne représente pas une menace de trouble pour l'ordre public.

8. En quatrième lieu, si la décision attaquée vise l'avis favorable émis le 31 mai 2024 par la commission d'expulsion, alors qu'il ressort des pièces du dossier que cette commission a émis un avis défavorable à la procédure d'expulsion engagée à l'encontre de M. A, cette erreur de fait n'a pas d'incidence sur la légalité de cette décision.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 6 avril 2023, le tribunal correctionnel de Pau a condamné M. A à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits de transport, de détention et d'acquisition non autorisée de stupéfiants, et d'usage illicite de stupéfiants, cette peine étant aménagée sous la forme de la détention à domicile sous surveillance électronique. Si, par ordonnance du 24 août 2023, le juge d'application des peines près la cour d'appel de Pau a défini les modalités d'exécution de cette peine à compter du 6 septembre 2023, et si M. A a démontré au cours de l'audience qu'il est effectivement sous surveillance électronique, cette circonstance ne faisait toutefois pas obstacle au préfet des Pyrénées-Atlantiques de prendre la décision attaquée, au titre de son pouvoir de police, dès lors que le requérant entre dans l'un des cas dans lesquels une mesure d'assignation à résidence peut être prononcée à son encontre. Par ailleurs, si, par décision du 4 décembre 2023, le président du tribunal judiciaire de Pau a condamné M. A à une peine de six mois d'emprisonnement pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, sans permis de conduire et en ayant fait usage de substances ou de plantes classées comme stupéfiants, cette peine étant également aménagée sous la forme de la détention à domicile sous surveillance électronique, et si le requérant soutient qu'il sera convoqué par le juge d'application des peines en vue de définir les modalités d'exécution de cette peine, il ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de la nature même de l'assignation à résidence, les modalités d'exécution de la décision attaquée astreignant M. A, qui réside dans la commune d'Oloron-Sainte-Marie, de se présenter trois jours par semaine au service de gendarmerie de cette même commune, portent une atteinte disproportionnée à son droit d'aller et venir.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière :

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