lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, Mme C , représenté par Me Ortego Sampedro, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la préfète des Landes de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle est dans l'impossibilité de faire enregistrer sa demande de titre de séjour, malgré l'envoi de cinq courriers électroniques de relances les 21 mai, 29 mai, 5 juin, 11 juin et 18 juin et d'un courrier recommandé envoyé le 26 juin 2024 ;
- l'urgence est caractérisée par la situation d'extrême précarité administrative et sociale dans laquelle elle est maintenue, privée illégalement de la possibilité de solliciter un droit et de bénéficier des droits sociaux auxquels elle peut prétendre ainsi que par le risque de perdre son emploi ; son maintien en situation irrégulière compromet la poursuite de la mesure de libération conditionnelle dont elle fait l'objet qui l'oblige à travailler et à préparer un projet de sortie de la structure Emmaüs Baudonne au sein de laquelle elle réside et travaille ;
- la mesure demandée est utile dès lors qu'elle n'a aucun moyen de parvenir à faire enregistrer sa demande de titre de séjour ;
- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, le silence du préfet ne saurait s'assimiler à un refus d'enregistrer sa demande.
La requête a été communiquée à la préfète des Landes, qui n'a produit aucune observation en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente , Mme C demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète des Landes de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Eu égard aux conséquences sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.
5. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
6. Pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à prononcer la mesure d'injonction demandée, Mme C, ressortissante nigériane née le 14 août 1992, fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français au cours de l'année 2012, qu'elle travaille en qualité d'ouvrière agricole au sein de la ferme Emmaüs Baudonne et qu'elle a demandé en vain un rendez-vous aux services de la préfecture des Landes en vue de déposer sa demande de titre de séjour. Elle ajoute que cette situation la maintient dans une situation d'extrême précarité, l'empêchant de continuer à travailler, de bénéficier d'une couverture maladie et des droits sociaux auxquels elle peut prétendre et compromet la poursuite de la mesure de libération conditionnelle dont elle fait l'objet qui l'oblige à travailler. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier de l'extrait d'un jugement du juge d'application des peines du tribunal judiciaire de Melun qui aurait été rendu en décembre 2023, que ce dernier a, sur le fondement de l'article 132-45 du code pénal relatif aux obligations fixées au condamné bénéficiant d'un régime de probation, fixé la résidence de Mme C au sein de la ferme Emmaüs Baudonne à Tarnos et imposé qu'elle exerce une activité professionnelle ou suive un enseignement ou une formation professionnelle. A ce titre, elle travaille dans cette ferme en qualité d'agent polyvalent agricole, dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée de six mois du 19 décembre 2023 au 18 juin 2024, pour un salaire brut correspondant au salaire minimum interprofessionnel de croissance pour 26 heures de travail par semaine. Dans ces conditions et alors même qu'une demande d'autorisation de travail relative à cet emploi, au demeurant non datée, aurait été déposée par le directeur de la ferme Emmaüs Baudonne et que les premières demandes de titre de séjour ne peuvent être déposées via un service de traitement dématérialisé, Mme C n'établit ni qu'elle risquerait de perdre son emploi de façon imminente, ni, par les motifs qu'elle invoque, l'existence d'une situation d'urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai et impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation. Dès lors, la demande de Mme C ne répond pas à la condition d'urgence requise par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, dont les dispositions sont rappelées au point 2.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie pour information sera adressée à la préfète des Landes.
Fait à Pau, le 22 juillet 2024.
Le juge des référés,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
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