jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401775 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2024, M. A, représenté par Me Oudin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 juin 2024 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a classé sans suite sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) subsidiairement, lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
Il soutient que :
-sa requête est recevable dès lors que la décision attaquée le privant de la possibilité de voir sa demande instruite est assimilable à un refus de lui délivrer un titre de séjour et constitue une décision faisant grief ;
-l'urgence est caractérisée dès lors que la décision en litige compromet la poursuite de ses études en BTS comptabilité gestion à compter du mois de septembre et précarise sa situation, l'exposant, en cas de contrôle, à une privation de liberté, alors qu'il est entré en France à l'âge de 3 ans et y a été scolarisé de façon continue depuis 15 ans, de sorte que sa situation lui donne droit à la délivrance d'une carte de séjour prévue à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- des moyens sont, en outre, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision dès lors que :
*elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des pièces mentionnées à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, exigeant la production d'un justificatif de nationalité et non d'un passeport en cours de validité ; il a produit une attestation de nationalité délivrée par le consulat d'Arménie ainsi que son ancien passeport assorti du visa Schengen, deux documents concordants justifiant de son identité, sous laquelle il a effectué l'ensemble de sa scolarité en France, qui permettaient au préfet d'instruire sa demande ;
*elle porte une atteinte disproportionnée aux droits garantis par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que M. A vit en France depuis 15 ans avec sa sœur et ses deux parents, tous titulaires d'une carte de séjour temporaire.
La requête a été communiquée au préfet des Hautes-Pyrénées qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 juillet 2024 sous le numéro 2401774 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 25 juillet 2024 à 10 heures en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de Me Oudin, représentant M. A, qui renonce à sa demande tendant à lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire et confirme ses écritures en indiquant que si le passeport produit à l'appui de sa demande comprend une photographie sur laquelle il avait l'âge de deux ans, il a produit plusieurs justificatifs qui, dans leur ensemble, attestent de sa nationalité et de son identité sous laquelle il a été constamment connu depuis son arrivée en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h33.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant arménien né le 6 janvier 2006, est entré en France en 2009 avec ses parents et sa sœur. A sa majorité, il a déposé une demande de titre de séjour pour laquelle un récépissé de dépôt, valable du 9 janvier 2024 au 8 juillet 2024, lui a été délivré. Estimant que les justificatifs de nationalité produit à l'appui de sa demande n'étaient pas revêtus d'une photographie d'identité permettant d'identifier le demandeur, par une décision du 24 juin 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a classé sans suite son dossier de demande. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision, dont il a sollicité l'annulation par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " ;
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en France sous couvert d'un visa Schengen valable du 5 au 18 août 2009, qu'il y a résidé et y a été scolarisé sans interruption jusqu'à l'obtention du baccalauréat. Depuis qu'il est devenu majeur le 6 janvier 2024, il doit être titulaire d'un document de séjour mentionné à l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a donc présenté une demande de titre de séjour pour laquelle un récépissé de dépôt, valable du 9 janvier 2024 au 8 juillet 2024, lui a été délivré. De plus, le 10 juin 2024, il a accepté la proposition d'admission en BTS services, comptabilité et gestion. Dépourvu de document de séjour, la décision en litige par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a classé sans suite sa demande, qui le place en situation irrégulière et est susceptible de mettre un terme aux études qu'il a engagées, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie en l'espèce.
5. Aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ;() ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". La rubrique n° 35 de l'annexe 10 du même code prévoit que parmi les pièces à fournir à l'appui d'une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 423-21 de ce code, figure dans tous les cas, notamment, un justificatif de nationalité dont un passeport, ou à défaut, d'autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur tels qu'une " attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc. ".
6. La décision attaquée se fonde sur ce que M. A n'a pas produit de justificatif de nationalité avec photographie. Selon les termes de cette décision, l'intéressé a produit une attestation de nationalité non revêtue d'une photographie d'identité et un passeport délivré alors qu'il était âgé de deux ans et qui ne permet pas de l'identifier. Il ressort des termes de cette décision et de la circonstance qu'un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour a été délivré à l'intéressé que le préfet a ainsi opposé un refus d'instruire une demande de titre de séjour enregistrée.
7. Par ailleurs, il résulte des documents produits à l'appui de sa demande qu'ils contiennent des éléments d'état civil et de nationalité identiques concernant M. A, en particulier ses nom, prénom, date de naissance, nationalité, lieu de naissance de sorte qu'ils permettaient au préfet d'en déduire qu'il s'agissait bien de la même personne entrée sur le territoire français muni d'un visa à l'âge de trois ans. En outre, il n'est pas contesté par le préfet des Hautes-Pyrénées que les autorités diplomatiques arméniennes ne délivrent pas d'attestation assortie de photographie et qu'elles conditionnent la délivrance d'un nouveau passeport à l'observation par le requérant de ses obligations militaires. Ainsi, le préfet des Hautes-Pyrénées était en mesure d'instruire la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette dernière.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 24 juin 2024 doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En l'absence de mémoire en défense et de présence du préfet des Hautes-Pyrénées à l'audience, il ne résulte pas de l'instruction que la demande de titre de séjour présentée par M. A était incomplète. L'exécution de la présente ordonnance implique, dès lors que le requérant est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que le préfet des Hautes-Pyrénées délivre à titre provisoire à M. A la carte de séjour prévue à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour dans l'attente de la remise de cette carte.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 24 juin 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à titre provisoire à M. A la carte de séjour prévue à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande dans l'attente de la remise de cette carte.
Article 3 : L'État versera à M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie pour information sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.
Fait à Pau, le 25 juillet 2024.
La juge des référés, La greffière,
M. B D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition,
La greffière :
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026