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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401778

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401778

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSP AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 juillet et 26 septembre 2024, M. D E, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, et ce sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- en raison de cette lacune, il n'est pas possible d'établir que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il doit être considéré comme un demandeur d'asile et que le préfet n'a pas enregistré sa demande ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de sa qualité de demandeur d'asile et méconnait son droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait qui révèle un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024 le préfet des Pyrénées-Atlantiques demande au tribunal de substituer aux dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles du 2° du même article et conclut en conséquence au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire peut être légalement fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il conviendra de substituer à celles du 2° du même article ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/32/UE du Parlement et du Conseil, du 26 juin 2013, relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 26 septembre 2024 en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Ortego Sampedro

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant algérien né le 4 août 1987 à Boghni (Algérie), est entré en France au cours de l'été 2019 muni d'un passeport biométrique algérien valable jusqu'au 29 janvier 2025 accompagné de son épouse, de même nationalité, Mme B A née le 8 août 1991 à Tizi-Ouzou (Algérie) et de leur enfant mineur. De leur union sont nés deux enfants sur le territoire français. Interpellé le 8 juillet 2024 par les services de gendarmerie de Bayonne alors qu'il se trouvait en situation irrégulière, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, par un arrêté du même jour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêt

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent l'obligation de quitter le territoire français, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que M. E, qui a été interpellé en situation irrégulière et placé en retenue aux fins de vérification de son droit de circulation, n'a pu justifier d'une entrée régulière sur le territoire, ainsi que les éléments tenant à sa situation personnelle et familiale au regard d'un éventuel droit au séjour. Elle mentionne enfin que l'intéressé est démuni de tout document d'identité ou de voyage, qu'il ne justifie pas de garanties de représentations, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement lors de son audition du 8 juillet 2024. Si le requérant fait grief au préfet de ne pas avoir mentionné son insertion professionnelle ni indiqué qu'il est entré régulièrement sur le territoire français, ces circonstances ne suffisent pas pour regarder la décision en litige comme insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant. Il s'ensuit que cette décision comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent et que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant, de sorte que ce moyen sera également écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des deuxième et troisième alinéas du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale : " Lorsqu'une personne présente une demande de protection internationale à une autorité compétente en vertu du droit national pour enregistrer de telles demandes, l'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrables après la présentation de la demande. / Si la demande de protection internationale est présentée à d'autres autorités qui sont susceptibles de recevoir de telles demandes, mais qui ne sont pas, en vertu du droit national, compétentes pour les enregistrer, les États membres veillent à ce que l'enregistrement ait lieu au plus tard six jours ouvrables après la présentation de la demande. ".

4. Par son arrêt du 25 juin 2020, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'il ressort des deuxième et troisième alinéas du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE que les " autres autorités " au sens de cette directive, au nombre desquelles figurent les services de police, sont tenues, d'une part, d'informer les ressortissants de pays tiers en situation irrégulière des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale et, d'autre part, lorsqu'un ressortissant a manifesté sa volonté de présenter une telle demande, de transmettre le dossier à l'autorité compétente aux fins de l'enregistrement de la demande. Aux termes des dispositions combinées des articles L. 741-1 et R. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assurent la transposition de la directive 2013/32/CE, les services préfectoraux sont tenus de transmettre au préfet, et ce dernier d'enregistrer, la demande d'asile formulée par un étranger au cours de son audition par ces services.

5. Il ressort du procès-verbal d'audition de M. E du 8 juillet 2024 que celui-ci est venu en France pour travailler. Ainsi, si l'intéressé a mentionné lors de son audition qu'il " a eu des soucis " car il " n'était pas musulman " et qu'" ils ne voulaient pas enregistrer ma fille car elle avait un prénom chrétien ", il n'a produit au soutient de ces allégations aucun élément de nature à justifier qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, il n'a à aucun moment manifesté sa volonté de solliciter l'asile, notamment lors de son interpellation, alors qu'il a déclaré être entré en France en 2019 et n'avoir effectué aucune démarche depuis son arrivée. Par suite M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas enregistré sa demande.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

7. A l'appui de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. E, le préfet des Pyrénées-Atlantiques s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que le requérant ne pouvait justifier d'une entrée régulière en France. Toutefois, il ressort des pièces versées à l'instance que lors de son entrée sur le territoire national, M. E disposait d'un visa C séjour Schengen, valide du 22 mars 2019 au 21 juin 2019, sur lequel est apposé un tampon d'entrée le 9 juin 2019 de telle sorte que ce dernier est fondé à soutenir qu'il justifie d'une entrée régulière en France et l'obligation de quitter le territoire français ne pouvait donc être légalement fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

9. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques sollicite que soient substituées aux dispositions du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles du 2° du même article. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et n'est au demeurant pas contesté que M. E s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de son visa, et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi la décision portant obligation de quitter le territoire français trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celle du 1° du même article du même code dès lors qu'en l'espèce, cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que le préfet disposait du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () "

11. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. E aurait déposé une demande d'asile en France ou dans un autre pays. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, il n'a produit aucun élément permettant de considérer qu'il a sollicité, au moment de son audition, une demande d'asile ou une demande de protection internationale. Dans ces conditions, l'intéressé ne saurait utilement invoquer à l'encontre de la décision attaquée, par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français, les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la procédure de transfert vers l'Etat responsable de la demande d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'asile.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. E se prévaut de sa présence en France depuis 2019, de ce que ses enfants sont scolarisés, de ce qu'il déclare ses revenus auprès de l'administration fiscale et de ce qu'il exerce une activité professionnelle sur la base d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa présence sur le territoire résulte de son maintien en situation irrégulière. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas, en dehors de la cellule familiale qu'il forme avec sa compagne et ses enfants, de liens personnels ou familiaux stables et intenses sur le territoire, ni ne démontre ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, en dépit de la conclusion récente d'un contrat à durée indéterminée en juin 2023, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, d'attester d'une intégration professionnelle stable et durable sur le territoire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision contestée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

15. La décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de M. E de l'un ou l'autre de leurs parents dès lors que l'épouse du requérant, qui se trouve en situation irrégulière en France peut suivre son époux dans le pays dont ils ont tous les deux la nationalité. Par ailleurs, si l'intéressé soutient que ses enfants sont scolarisés en France depuis l'arrivée de la famille, rien ne fait obstacle à ce que ces derniers accompagnent leurs parents en Algérie où ils pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, la décision contestée ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants du requérant et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

17. En deuxième lieu, la décision attaquée vise, les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent et relève qu'il existe un risque que M. E se soustraie à la mesure d'éloignement dont il est objet dès lors qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Ce faisant, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a suffisamment motivé en droit et en fait la décision en litige. De sorte que ce moyen sera respectivement écarté.

18. M. E soutient que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait commis une erreur de fait qui révélerait un défaut d'examen dès lors qu'il indique que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français, alors qu'il dispose d'un visa Schengen. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant produit un visa Schengen valable du 22 mars 2019 au 21 juin 2019 ainsi qu'une copie de son passeport mentionnant une date d'entrée en Espagne le 9 juin 2019, il ne justifie pas de sa date d'entrée sur le territoire français. Par ailleurs, si M. E se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée, d'attestations établies par son employeur le 9 juillet 2024 ainsi que des bulletins de salaire pour la période de juillet 2023 à juin 2024 et soutient que le préfet a commis une erreur de fait en ne mentionnant pas ces éléments pour apprécier son insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossiers que, compte tenu de la durée du séjour en situation irrégulière sur le territoire du requérant, le préfet aurait pris la même décision. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'erreurs de fait doit être écarté.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15 du présent jugement, les moyens respectivement tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des conséquences manifestement disproportionnée de la décision sur la situation personnelle et familiale du requérant, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entaché d'illégalité. Il s'ensuit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

23. En l'espèce, d'une part, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les dispositions précitées. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques indique avoir examiné la situation M. E notamment au regard des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code précité, et notamment, ceux afférents à la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et de ce sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.

24. D'autre part, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. E, en dépit de la circonstance selon laquelle il est présent depuis 5 ans sur le territoire français à la date de la décision en litige, et de la possibilité de continuer sa vie privée et familiale avec sa compagne et ses enfants dans son pays d'origine, et quand bien même il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en prenant la décision en litige, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, qui n'apparait pas disproportionnée.

25. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé aux points 13 et 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire sans délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. E demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le président,

J.-C. CLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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