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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401780

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401780

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. C D, représenté par Me Bernard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de la Lozère a décidé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Lozère de lui restituer son permis de conduire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle compte tenu non seulement de sa situation professionnelle, étant artisan-charpentier à son compte et travaillant seul, ayant besoin de son véhicule utilitaire pour transporter son matériel sur des chantiers qui peuvent être très éloignés de son domicile et disposant de revenus modestes, sans épargne, mais aussi de sa situation familiale, étant célibataire et père d'un enfant âgé de 14 ans en garde alternée et ayant besoin de pouvoir conduire pour se rendre au domicile de sa mère ; il n'a aucun antécédent d'infraction à la sécurité routière pour consommation de stupéfiants depuis l'obtention de son permis en 1996, n'ayant subi que des pertes d'un point en raison d'excès de vitesse inférieurs à 20 km/h et un défaut de port de la ceinture de sécurité en 2009 ; alors qu'il a clamé son innocence lors de son audition par les forces de l'ordre, et qu'il n'y avait aucun risque grave à différer la suspension de son permis de conduire le temps de l'accomplissement de la procédure contradictoire, le préfet de la Lozère n'a pas mis en œuvre cette procédure préalable ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car d'une part, elle a été signée par une autorité incompétente, et d'autre part, elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut de base légale dès lors que l'infraction de conduite après usage de produits stupéfiants n'est pas caractérisée à défaut d'une teneur élevée en tétrahydrocannabinol (THC) du cannabidiol (CBD) qui ne constitue pas une substance stupéfiante dont la consommation est interdite et à défaut d'élément intentionnel, étant un consommateur occasionnel uniquement de cannabidiol, ce qu'il prouve par la production des fiches-produits correspondantes ainsi que d'analyses urinaire et de sang négatives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que M. D a pris le volant en toute connaissance de cause alors qu'il avait fait usage de stupéfiants et qu'il représentait un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même ;

- il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité de sa décision car son signataire dispose d'une délégation de signature pour les arrêtés de suspension de permis de conduire régulièrement publiée antérieurement à la signature de la décision attaquée ; la décision attaquée n'est pas dépourvue de base légale car le dépistage effectué à partir d'un prélèvement salivaire le 31 mai 2024 à 1h30 et le rapport d'analyse biologique de ce prélèvement du 3 juin suivant établissent l'usage de substances classées comme stupéfiants par le requérant alors qu'il conduisait, ce qui constitue un délit, quelle que soit la quantité.

Vu :

- la requête au fond n°2401779 enregistrée le 12 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Corthier, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juillet à 15h30 :

- le rapport de Mme Corthier ;

- les observations de Me Bernard, représentant M. D, concluant aux mêmes fins par les mêmes moyens, ajoutant qu'il soulève également le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dès lors que l'arrêté attaqué a prononcé une suspension du permis de conduire d'une durée de six mois alors qu'il n'a pas d'antécédents de délits routiers, ni de consommation de stupéfiants et que le rapport d'analyse toxicologique versé au débat par le préfet atteste d'une consommation uniquement de cannabidiol avec un faible taux de tétrahydrocannabinol, précisant qu'il a pris l'attache le 19 juillet 2024 du laboratoire ayant procédé à l'analyse toxicologique du prélèvement salivaire effectué le 31 mai 2024 et dont son interlocutrice, Mme A B, l'a informé que le rapport révélait que M. D était un consommateur de cannabidiol et non de cannabis et que l'analyse toxicologique d'un prélèvement salivaire est moins précise que celle d'un prélèvement urinaire, que les prélèvements sanguins et urinaires effectués par M. D ne sont pas concomitants du prélèvement salivaire effectué par les forces de l'ordre le 31 mai 2024 car il n'a pas pu faire d'analyse pendant la durée de rétention de son permis avant la décision du préfet, et enfin que le seuil de tétrahydrocannabinol détecté est sans incidence dès lors que l'infraction de conduite après consommation de stupéfiants n'est pas caractérisée en cas de consommation de cannabidiol ;

- et les observations de M. D, qui confirme qu'il ne consomme qu'occasionnellement du cannabidiol, que la durée de six mois de suspension de permis aura pour conséquence qu'il va perdre son label Reconnu Garant de l'Environnement (RGE), qu'il ne pourra pas réaliser ses chantiers auprès de ses clients, lesquels ne pourront pas obtenir leurs aides de rénovation énergétique et qu'il risque de devoir fermer son entreprise et de devoir de l'argent à ses clients, qu'il a été transparent lors du contrôle des forces de l'ordre en indiquant fumer uniquement du cannabidiol, ce que les forces de l'ordre ont vérifié en testant le cannabidiol qu'il avait en sa possession, qu'il avait fumé un joint de cannabidiol la veille au soir et était en état de conduire, qu'il n'a pas opté pour le prélèvement sanguin complémentaire proposé par les forces de l'ordre car il avait été rassuré par ces dernières sur le fait que la consommation de cannabidiol était sans conséquence et qu'il a signé le formulaire de renoncement à ce prélèvement sans en comprendre, ni en connaître les implications sur sa situation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 mai 2024 à 1h30, M. C D a fait l'objet d'un contrôle routier par les forces de l'ordre, sur le territoire de la commune de Monts de Randon, dans le département de la Lozère, à l'issue duquel une mesure de rétention immédiate de son permis de conduire a été prononcée. Par arrêté du 4 juin 2024, le préfet de la Lozère a décidé la suspension de la validité de son permis de conduire pendant une durée de six mois. Par courrier du 20 juin 2024, M. D a adressé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel est resté sans réponse. M. D a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cet arrêté et dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Lozère du 4 juin 2024.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-1 de ce code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ".

3. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : () 3° Lorsqu'il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2, si les épreuves de dépistage se révèlent positives ; () ". Aux termes de l'article L. 224-2 du même code : " I.- Le représentant de l'État dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants (). / () / II. - La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. / Cette durée peut être portée à un an en cas () de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants (). ". Aux termes de l'article L. 235-1 du même code : " I.- Toute personne qui conduit un véhicule ou qui accompagne un élève conducteur alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants est punie de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. () ". Aux termes de l'article L. 235-2 du même code : " () Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou la police nationales territorialement compétents, agissant sur réquisitions du procureur de la République précisant les lieux et dates des opérations et, sur l'ordre et sous la responsabilité de ces officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Les réquisitions prévues au présent alinéa peuvent être adressées par tout moyen. Si elles sont adressées oralement, il en est fait mention dans le procès-verbal dressé par l'officier ou l'agent de police judiciaire. / Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. / Si les épreuves de dépistage se révèlent positives ou lorsque le conducteur refuse ou est dans l'impossibilité de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder à des vérifications consistant en des analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. A cette fin, l'officier ou l'agent de police judiciaire peut requérir un médecin, un interne en médecine, un étudiant en médecine autorisé à exercer la médecine à titre de remplaçant ou un infirmier pour effectuer une prise de sang. () ". Aux termes de l'article R. 235-5 du même code : " Les vérifications mentionnées au cinquième alinéa de l'article L. 235-2 comportent une ou plusieurs des opérations suivantes : -examen clinique en cas de prélèvement sanguin ; -analyse biologique du prélèvement salivaire ou sanguin. ".

4. Aux termes de l'article L. 5132-1 du code de la santé publique : " Sont comprises comme substances vénéneuses : () 2° Les substances stupéfiantes ; (). ". Aux termes de l'article R. 5132-86 du même code : " I.- La production, y compris la culture, la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition et l'emploi sont interdites lorsqu'elles portent sur : 1° Le cannabis, sa plante et sa résine, les produits qui en contiennent ou ceux qui sont obtenus à partir du cannabis, sa plante ou sa résine ; 2° Les tétrahydrocannabinols, naturels ou synthétiques, leurs esters, éthers, sels ainsi que les sels des dérivés précités et les produits qui en contiennent. (). ".

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de son article L. 121-2 : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

6. D'une part, l'article L. 235-1 du code de la route réprime pénalement le fait pour une personne de conduire un véhicule ou d'accompagner un élève conducteur alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, quelle que soit la quantité de cette substance retrouvée dans la salive ou le sang. Il résulte des dispositions de l'article L. 224-1 du code de la route que les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur lorsque les épreuves de dépistage d'usage de plantes ou substances classées comme stupéfiants organisées à partir d'un prélèvement sanguin ou salivaire en application de l'article L. 235-2 de ce code se révèlent positives. Dans un tel cas, les dispositions du 2° du I de l'article L. 224-2 du code de la route autorisent le représentant de l'Etat dans le département à prononcer, dans les soixante-douze heures suivant cette mesure de rétention, ou dans les cent-vingt heures, lorsqu'ont été mises en œuvre les vérifications prévues par les dispositions de l'article L. 235-2 du code de la route, la suspension du permis si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques constituant les vérifications de ce dépistage prévues à l'article L. 235-2 établissent que le conducteur a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Le II de cet article dispose que la durée de cette suspension peut, dans un tel cas, être portée à un an. Il résulte de l'article R. 235-5 du code de la route que les vérifications prévues à l'article L. 235-2 consistent en une analyse biologique du prélèvement salivaire ou sanguin qui a été effectué. Par ailleurs, l'article R. 235-6 prévoit que le conducteur se voit proposer, à l'occasion du prélèvement salivaire, la possibilité d'un prélèvement sanguin destiné, comme le prévoit l'article R. 235-11, à donner lieu le cas échéant à un examen technique ou à une expertise dans le cadre de la procédure pénale ultérieure.

7. D'autre part, au sein du Livre premier, relatif aux " Produits pharmaceutiques ", de la cinquième partie du code de la santé publique, les articles L. 5132-1 à 5132-10, constituant le chapitre II relatif aux " Substances et préparations vénéneuses " du Titre III, soumettent les substances vénéneuses à un régime de police administrative spéciale visant notamment à réglementer leur production, leur commerce et leur emploi. L'article L. 5132-1 du code de la santé publique définit les substances vénéneuses comme les substances stupéfiantes, les substances psychotropes et les substances inscrites sur la liste I et la liste II définies à l'article L. 5132-6 du même code et précise les notions de " substances " et de " préparations ". Ainsi que l'a dit E constitutionnel dans sa décision n° 2020-960 QPC du 7 janvier 2022, la notion de stupéfiant désigne des substances psychotropes qui se caractérisent par un risque de dépendance et des effets nocifs pour la santé et il résulte de l'article L. 5132-7 du code de la santé publique que le législateur a renvoyé à l'autorité administrative le pouvoir de classer, en fonction de l'évolution de l'état des connaissances scientifiques et médicales, certaines substances dans cette catégorie. Le tétrahydrocannabinol est une substance classée comme stupéfiants par l'article R. 5132-86 du même code.

8. Enfin, compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les cent-vingt heures lorsqu'ont été mises en œuvre les vérifications prévues par les dispositions de l'article L. 235-2 du code de la route, et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant conduit un véhicule terrestre à moteur après avoir consommé des produits stupéfiants retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision sans mettre en œuvre la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration au point 5.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. D a fait l'objet le 31 mai 2024 d'une mesure de rétention de son permis de conduire à titre conservatoire sur le fondement de l'article L. 224-1 du code de la route après que le dépistage effectué à partir d'un prélèvement salivaire réalisé à 1h30 a fait apparaître qu'il conduisait son véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Si M. D soutient ne consommer qu'occasionnellement du cannabidiol, versant au dossier les résultats négatifs d'une recherche de stupéfiants dans les urines réalisée le 5 juin 2024 et dans le sang effectuée le 6 juin suivant, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces versées au débat contradictoire par le préfet de la Lozère, que l'analyse de ce prélèvement salivaire, effectuée le 3 juin suivant par un laboratoire d'analyses toxicologiques aux fins de vérification, a relevé un résultat positif à la recherche de tétrahydrocannabinol, principe actif du cannabis et substance classée comme stupéfiants, ainsi qu'au demeurant au cannabidiol, attestant, selon les conclusions de ce rapport d'expertise, d'un usage de stupéfiants au sens des dispositions de l'article L. 235-1 du code de la route, lesquelles incriminent le seul fait de conduire après avoir fait usage de stupéfiants, peu important la dose absorbée.

10. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, les moyens soulevés par M. D tirés de ce que l'arrêté du préfet de la Lozère du 4 juin 2024 serait entaché d'erreur de faits, de défaut de base légale et d'erreur d'appréciation, faute que soit établie la conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants au sens de l'article L. 235-1 du code de la route, ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté.

11. Enfin, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 4 juin 2024 aurait été pris par une autorité incompétente n'est pas non plus, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions que M. D présente sur le fondement de l'article L. 521-1 du code justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions de la requête aux fins de suspension, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Lozère.

Fait à Pau, le 24 juillet 2024.

La juge des référés,

Z. CORTHIER

La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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