mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. C E, représenté par Me Moura, demande à la magistrate désignée :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une période d'un an ainsi que l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel la même autorité l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étranger malade " dès la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de articles L. 761-1 du code de justice administrative combiné à l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le collège des médecins s'est prononcé sur le rapport rédigé par un médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur matérielle dès lors que le préfet a considéré que le requérant pouvait bénéficier d'un accès aux soins dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet méconnait les dispositions de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que lui et son épouse résident depuis 2019 en France, que son fils vit auprès de lui, et qu'il justifie de son intégration socio-professionnelle ;
- le préfet a fait une inexacte application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 7 de la directive n°2008-115 portant sur les modalités de retour ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision lui obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 16 juillet 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Crassus pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-9 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024 à 14 heures :
- le rapport de Mme Crassus, magistrate déléguée,
- les observations de Me Moura, avocat désigné d'office, représentant M. E, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que :
* l'accès aux soins en Géorgie est très cher et difficile et son retour dans son pays d'origine est dangereux ; bien que la protection subsidiaire ait été levée, le risque de persécution se poursuit ; par ailleurs son fils majeur vivant avec lui et son épouse, bénéficie d'une protection subsidiaire ;
* le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de la menace que la présence du requérant fait peser sur l'ordre public, il n'a pas commis d'infraction depuis 2019, en outre il s'agissait d'un acte marginal de vol à l'étalage de bouteilles d'alcool ; par ailleurs il n'a pas eu de condamnation pour ces faits ;
* il a la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ;
- le préfet des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent ni représenté à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant géorgien né le 10 juin 1974, est entré en France en 2012 pour y solliciter l'asile. Il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 23 septembre 2013, a obtenu la délivrance d'un titre de séjour temporaire valable du 18 avril 2014 au 17 avril 2015, renouvelé jusqu'au 17 avril 2016, et a été mis en possession de récépissés régulièrement renouvelés. Par une décision du 15 septembre 2020, le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire dont bénéficiait M. E. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit de revenir sur le sol français durant une période d'un an à compter de la notification de la décision. Par un arrêté du même jour, la même autorité a assigné à résidence M. E pour une durée de 45 jours. Par sa requête, M. E demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 (), le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 614-8 du même code alors en vigueur : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code alors en vigueur : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ". Aux termes de l'article R. 776-10 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code () ".
5. En application des dispositions précitées et en raison de l'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. E par arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 12 juillet 2024, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal de statuer sur la légalité de la décision concernant le droit au séjour de l'intéressé. Il résulte en outre de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, qu'il a été pris sur le 3°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 12 juillet 2024, en tant qu'il porte rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. E, ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de renouveler son titre de séjour ou de réexaminer sa situation dont elles sont assorties, et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Pau.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré, par voie de l'exception, de l'illégalité de la décision rejetant sa demande de titre de séjour :
6. Aux termes de l'article L.613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
7. En premier lieu, par un arrêté n°65-2023-10-02-00003 du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme D F, signataire de la décision attaquée disposait, en sa qualité de secrétaire générale de préfecture des Hautes-Pyrénées, d'une délégation, à l'effet de signer tous les actes et décisions relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont notamment l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Elle mentionne qu'au regard des éléments portés à la connaissance du préfet, M. E ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () " Aux termes du premier aliéna de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". Le premier alinéa de l'article R. 425-13 du même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. " Enfin, le dernier alinéa de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précise que : " () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
10. Le préfet produit l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) relatif à l'état de santé de M. E du 18 février 2024. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'autorité administrative n'aurait pas recueilli cet avis.
11. Il ressort par ailleurs de cet avis que, dans le cadre de l'examen de la situation médicale de M. E, un rapport médical a été établi le 25 janvier 2024 par le docteur A qui l'a transmis au collège de médecins de l'OFII le 7 février suivant. Le 18 février 2024, les docteurs Theis, Lancino et Mesbahy, régulièrement nommés par le directeur général de l'OFII par décision du 11 janvier 2023 ont estimé, après une délibération collégiale que l'état de santé de M. E nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ainsi, le moyen tiré de ce que la procédure relative à la saisine du collège de médecins de l'OFII serait irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
13. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
14. En l'espèce, eu égard à ce qui a été dit au point 10, M. E n'apporte toutefois aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la CEDH : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. M. E invoque les risques de persécutions qu'il encourt en cas de retour en Géorgie en raison de la vendetta dont sa famille est victime, et précise qu'il a déjà subi de nombreuses menaces et discriminations, raisons pour lesquelles il a été contraint de quitter la Géorgie. Cependant, un tel moyen n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, l'obligation de quitter le territoire français ne fixant pas en elle-même le pays de destination.
17. En sixième lieu, M. E soutient que le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que son comportement caractérisait une menace à l'ordre public alors qu'il n'a fait l'objet que de trois condamnations à une peine d'amende avec sursis et d'emprisonnement pour des faits anciens. M. E a commis les derniers faits délictuels en 2019, qui présentent pourtant un caractère réitéré et sont très récents. De sorte que c'est sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Hautes-Pyrénées a pu considérer que le comportement de l'intéressé caractérisait une menace à l'ordre public.
18. En septième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
19. Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
20. Il ressort des pièces du dossier que M. E est marié à une compatriote géorgienne faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement. Il n'établit pas ni n'allègue qu'il est dépourvu de tous liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Par suite l'éloignement du couple ne porte pas une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale. Dès lors, M. E ne peut soutenir que le préfet a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
22. Si M. E fait valoir qu'il est présent en France depuis 2012, mais comme il a été dit au point 19, il ne démontre pas disposer de liens personnels et sociaux stables en France hormis son épouse qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et de son fils majeur. Dans ces conditions, alors que le couple est en situation irrégulière en France et est susceptible de s'installer dans un pays dont ils ont chacun la nationalité, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle.
23. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
24. En l'espèce, il est constant que M. E a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour " étranger malade ". Il n'a donc pas présenté de demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale ". En tout état de cause, au vu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale du requérant, le préfet des Hautes-Pyrénées a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que les éléments dont se prévaut il se prévaut ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour attaqué, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
26. En premier lieu, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
27. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
28. M. E soutient qu'il a été menacé de mort et qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il n'établit pas la réalité et la gravité de ces risques, en l'absence de production de tout élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Si le requérant bénéficiait d'une protection subsidiaire, celle-ci a été levée par l'OFPRA depuis 2020. Par suite, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
29. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a transposé les dispositions correspondantes de l'article 7 de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Or le requérant ne peut utilement soutenir à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, le délai de départ volontaire fixé dans la décision attaquée.
30. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
31. Pour refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire, le préfet des Hautes-Pyrénées s'est fondé sur le 2° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant qu'il caractérisait, eu égard aux condamnations et récidives de l'intéressé, une menace à l'ordre public. Par ailleurs, il a déclaré ne pas vouloir quitter la France lors de son audition policière. Par suite, le préfet pouvait légalement, en application des dispositions précitées refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
32. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
33. Cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
34. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle interdisant de retour sur le territoire français durant une année, ne peut qu'être écarté.
35. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2024 ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 12 juillet 2024 faisant assignation à résidence :
36. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " .
37. D'une part, M. E ne conteste pas efficacement que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
38. Il ressort des pièces du dossier que M. E a déclaré auprès des services de préfecture une adresse à Tarbes, et conformément à l'adresse indiquée dans la requête. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il fait obligation à M. E de se présenter du lundi au vendredi au commissariat de Tarbes, à proximité du domicile de l'intéressé, n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
39. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2024 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de renouveler le titre de séjour de M. E, ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Pau.
Article 3 : La surplus de la requête de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La magistrate désignée,
L. CRASSUSLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026