mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet du Gers l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente d'une perspective raisonnable d'éloignement, dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à venir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée et incomplète, notamment sur la nécessité de pointer trois fois par semaine à la gendarmerie ;
- elle n'est pas justifiée par des perspectives raisonnables d'éloignement vers le Kosovo ;
- elle porte une atteinte excessive et non justifiée à sa liberté d'aller et venir en lui imposant une obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis à la gendarmerie de Mirande, et en lui interdisant de se déplacer en dehors du département du Gers sans autorisation mais sans préciser les modalités d'obtention de cette autorisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.
Il précise que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, le rapport de Mme Perdu et les observations de :
- Me Gontier, représentant M. B, absent, qui maintient l'ensemble de ses conclusions et précise que malgré les démarches de son client, les autorités consulaires ne répondent pas de sorte qu'aucun passeport, ni aucun laisser-passer ne sera délivré, réduisant ainsi à néant toute perspective d'éloignement ;
- le préfet du Gers n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en 1993 en Yougoslavie, de nationalité kosovare, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Gers du 7 juin 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire dans le délai de 30 jours, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 2305404 du tribunal administratif de Toulouse du 6 juin 2024. Par l'arrêté en litige du 11 juillet 2024, le préfet du Gers a assigné M. B à résidence, à son domicile situé à Mirande, pour une durée de 45 jours, renouvelable.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. B tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " . Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
4. En premier lieu, l'arrêté du 11 juillet 2024 mentionne expressément les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé a fait l'objet, par un arrêté du 7 juin 2023, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, que le délai de départ volontaire est désormais échu, et que cette mesure n'a pas été exécutée. Il indique également que l'exécution de la mesure d'éloignement dont M. B fait l'objet, demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé, et ne méconnait nullement les dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, pour contester la décision du préfet du Gers de l'assigner à résidence, ainsi que les modalités de cette assignation, M. B ne peut utilement faire valoir qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes, l'absence de telles garanties étant une des conditions d'un placement en rétention et non une condition d'une assignation à résidence. Par ailleurs, s'il allègue qu'aucune perspective d'éloignement vers le Kosovo n'existe, l'arrêté mentionne que M. B a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 7 juin 2023, dont le délai de départ volontaire de trente jours a expiré, et que l'exécution de cette mesure d'éloignement nécessite la délivrance d'un laisser-passer consulaire et l'organisation matérielle de son départ, tandis qu'il est souligné en défense que la décision en litige permet au requérant de se présenter aux autorités consulaires. Dans ces conditions, faute de tout élément permettant de considérer qu'aucun laisser-passer consulaire ne sera délivré pour permettre l'éloignement du requérant, le préfet du Gers n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3,
L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ".
7. La décision contestée, qui assigne à résidence M. B pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable, prévoit une obligation de présentation de l'intéressé à la gendarmerie de Mirande (Gers), commune dans laquelle il réside, les lundis, mercredis et vendredis, à 10h00. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités de pointage et les limites géographiques fixées dans l'arrêté ne seraient pas adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elle poursuit, M. B n'invoquant aucune difficulté particulière pour se rendre à ladite gendarmerie. Il en est de même de l'obligation qui lui est faite d'obtenir une autorisation pour éventuellement quitter le département du Gers durant son assignation à résidence. Par suite, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'assignation à résidence en litige porte une atteinte excessive à la liberté d'aller et venir de M. B.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête, sous astreintes, ne peuvent également qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. B demande le versement à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de cet article et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet du Gers.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Pau, le 16 juillet 2024.
La magistrate désignée,
S. PERDU
La greffière,
M. CALOONELa République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
M. Caloone
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026