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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401817

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401817

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAHMADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. C B placé au centre de rétention d'Hendaye, demande au tribunal :

1°) de lui attribuer un avocat commis d'office et, par conséquent, de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé, au regard des exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; il est présent en France depuis plus de 20 ans et justifie de liens familiaux, de sorte que l'arrêté porte une atteinte disproportionnée et irrégulière à ces droits familiaux ;

- en prévoyant un éloignement vers le Suriname, l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il est le père de deux enfant, dont un jeune garçon né en France en 2015, qu'il a reconnu et qu'il voit régulièrement, et que sa nouvelle compagne, Mme D, doit accoucher en décembre 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 18 juillet 2024 à 11 h 30 en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, le rapport de Mme A et les observations de :

- Me Ahmadi, représentant M. B, absent, qui souligne la durée importante de la présence en France de son client, arrivé à l'âge de 11 ans, et l'absence de lien conservé avec son pays d'origine ; il rappelle que le requérant est le père de deux enfants, nés en 2009 et 2015, et souligne que les condamnations prononcées contre M. B ne sont pas d'une gravité telle que l'arrêté attaqué pourrait être regardé comme fondé ;

- la préfecture n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant surinamais né le 17 juin 1988 à Marowijne (Suriname), est entré en France, selon ses déclarations en 2000. A l'occasion d'un contrôle routier effectué le 14 juillet 2024 par la brigade de gendarmerie de Fontenais-Rohan (79270), il a été placé en garde à vue pour des faits de conduite sans permis et sous l'emprise de stupéfiants, et pour des faits de détention de stupéfiants. Il a également été mis en cause pour des faits de violences aggravées sur sa compagne, enceinte de ses œuvres, et a été auditionné sur ces faits également. Il a été également constaté qu'il n'était en possession d'aucun document justifiant de son droit au séjour et qu'il se maintenait irrégulièrement sur le territoire français, sans avoir demandé une régularisation de son séjour, notamment depuis un arrêté du 26 janvier 2023 du préfet de l'Aube portant obligation de quitter le territoire sans délai, et lui interdisant le retour sur le territoire pendant une durée d'un an, cet arrêté ayant été annulé par le tribunal administratif de Nancy uniquement en ce qu'aucun délai de départ ne lui avait été accordé et en ce qu'il comportait l'interdiction de retour sur le territoire français. Par un arrêté du 17 mai 2023, la préfète des Deux-Sèvres lui a notifié un arrêté l'assignant à résidence afin d'exécuter la mesure d'éloignement. Par l'arrêté du 15 juillet 2024 dont M. B, placé au centre de rétention d'Hendaye par un arrêté du même jour, demande l'annulation dans la présente instance, la préfète des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui le fondent, notamment les précédentes mesures d'éloignement dont M. B a été l'objet, ainsi qu'une assignation à résidence, les nombreuses condamnations pénales prononcées à son encontre, les périodes d'emprisonnement de ce dernier, mais aussi la situation personnelle et familiale de M. B, et l'absence de justifications de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. L'arrêté n'est donc pas insuffisamment motivé et le préfet n'a nullement méconnu les exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu et d'une part, si M. B se prévaut de sa présence en France depuis plus de 20 ans, et être entré en France en 2000 à l'âge de 11 ans pour y rejoindre sa mère, et d'une scolarité suivie en Guyane, jusqu'en classe de troisième, avant de s'installer en métropole en 2009, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Il ressort en revanche des pièces du dossier que M. B a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour en 2012 et se maintient en situation irrégulière sur le territoire depuis lors, sans ressources particulières ni domicile fixe, malgré une mesure d'éloignement édictée à son encontre le 26 janvier 2023 par le préfet de l'Aube, et une assignation à résidence prononcée à son encontre le 17 mai 2023 par la préfète des Deux-Sèvres, notifiée à l'intéressé. En outre, M. B ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle particulière, et il ressort des pièces du dossier qu'il est défavorablement connu des services de police pour avoir commis, notamment, les 25 octobre 2007 et 29 janvier 2009 à Cayenne, des faits de recel de biens provenant d'un vol, puis des faits de trafic international de stupéfiant, commis en 2010 à Mana, des faits de port ou transport illégal d'arme de catégorie A, commis le 21 septembre 2011 à Niort, des faits d'usage de stupéfiants commis le 11 juillet 2012 à Niort, et pour des faits de violence sur personne étant ou ayant été conjoint, commis les 1er mai 2016 et 3 octobre 2018 à Chizé, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis en 2017 à Niort, de conduite d'un véhicule sans permis, de délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, de transport sans motif légitime d'arme, munition ou élément essentiel de catégorie B, commis le 1er juillet 2018 à Niort. L'intéressé a, en outre, été condamné à de multiples reprises à des peines d'emprisonnement, le 3 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Niort, pour une durée de 6 mois, pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, en récidive, le 23 août 2018 par la même juridiction aux peines de 18 mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours en récidive, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et conduite d'un véhicule sans permis en récidive, et de 3 mois d'emprisonnement pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule sans permis. Il a également été condamné le 5 juillet 2019 par la cour d'appel de Poitiers à une peine de 3 ans d'emprisonnement pour refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, conduite d'un véhicule sans permis en récidive, et dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes. Il a été incarcéré, en dernier lieu, de février 2021 à janvier 2023 au centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle.

5. D'autre part, si M. B se prévaut de la présence sur le territoire français de ses deux enfants, nés en 2009 et en 2015, de ce que sa compagne accouchera en décembre 2024, et de la présence de ses quatre frères et de trois de ses sœurs sur le territoire français, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, alors que sa compagne a porté plainte à son encontre pour des faits de violence aggravée et a déclaré ne pas souhaiter poursuivre la relation, que M. B aurait des liens avec ses enfants ou participerait effectivement à leur entretien, même modestement, et à l'éducation de ces derniers. Il a d'ailleurs déclaré lors de son audition du 26 janvier 2023 qu'il n'en avait pas la charge effective et qu'il ne les avait pas vus depuis 4 ans.

6. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et au regard de la menace que constitue le comportement de l'intéressé pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Deux-Sèvres, en prenant une mesure d'éloignement à l'encontre de M. B, a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé notamment par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles la mesure a été prise. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté porterait, dans son ensemble, une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, et que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B, doivent être écartés.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Ainsi que précisé, M. B n'apporte pas de justification permettant de retenir qu'il entretient des liens stables et anciens avec ses enfants, alors qu'il a déclaré lors de son audition le 26 janvier 2023 qu'il n'en avait pas la charge effective et ne les avait pas vus depuis 4 ans, et qu'il a été incarcéré à de nombreuses reprises. Au demeurant, il n'établit pas davantage la réalité de sa relation avec l'enfant qu'il présente comme sa fille, née en 2009. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux, en particulier en ce qu'il désigne le Suriname, pays dont il a la nationalité, comme pays de destination de son éloignement, méconnaît les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2024 de la préfète des Deux-Sèvres. Les conclusions à fin d'annulation présentées doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C B et à la préfète des Deux-Sèvres

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. ALa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

No 2401817

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