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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401828

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401828

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Gourgues, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision " 48 SI " du 21 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la détention du permis de conduire est indispensable à l'exercice de la profession voyageur représentant placier qu'il exerce depuis le 5 février 2024 dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et qui nécessite de se déplacer plusieurs fois par jour en véhicule ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité :

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dès lors qu'il n'a pas été informé de la perte de six points sur le capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 26 avril 2022 et du jugement du tribunal judiciaire de Pau du 4 novembre 2022 et qu'il a ainsi été privé d'une chance de suivre un stage de récupération de points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie en raison des trois infractions graves commises en 2022 et 2023, à savoir, une infraction commise le 17 avril 2022 de franchissement d'une ligne continue, une infraction commise le 26 avril 2022 de blessures involontaires ayant causé une incapacité totale de travail d'une durée inférieure à trois mois alors que l'intéressé conduisait sous l'empire d'un état alcoolique, fait pour lequel M. A a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Pau du 4 novembre 2022 à une peine de cinq mois d'emprisonnement délictuel avec sursis et à une peine complémentaire de trois mois de suspension du permis de conduire, et, enfin, une infraction commise le 24 octobre 2023 d'usage d'un téléphone au volant, tandis qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête n° 2401824 enregistrée le 17 juillet 2024 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Diard pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 14 h 30, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :

- le rapport de M. Diard, juge des référés,

- et les observations de Me Gourgues, représentant M. A, qui confirme ses écritures et fait valoir que :

* l'état de santé de M. A s'est dégradé à compter de l'année 2020, entraînant une dépression et une consommation excessive d'alcool ; il a entrepris des soins postérieurement à l'accident du 26 avril 2022 et a fait l'objet d'une hospitalisation à sa demande ; il ne représente actuellement plus un danger dès lors qu'il est sobre et que son état de santé a été reconnu compatible avec la conduite d'un véhicule ; la décision attaquée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation professionnelle et personnelle ;

* M. A ne conteste pas les trois infractions commises en 2022 et 2023 ; il aurait toutefois dû être informé, à l'occasion du retrait de six points intervenu à la suite de l'infraction commise le 26 avril 2022, de ce retrait de points et de la possibilité d'effectuer un stage de récupération de points et a ainsi été privé d'une information substantielle ;

- le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet de décisions de retrait de points à la suite d'infractions au code de la route, commises le 17 avril 2022, le 26 avril 2022 et le 24 octobre 2023. Par une décision " 48 SI " du 21 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. A en raison d'un solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 21 mai 2024.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dès lors qu'il n'a pas été informé de la perte de six points sur le capital de son permis de conduire, à la suite de l'infraction commise le 26 avril 2022, n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, une des deux conditions cumulatives de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, les conclusions de la requête de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la décision en litige doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Le rejet de la demande de suspension présentée par M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Pau, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

F. DIARDLa greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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