vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401839 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Prt, magistrat désigné R.779-1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, l'association Action grand passage, M. A E, M. D C et M. G B, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler, l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure le groupe de gens du voyage, avec ses résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, qui occupe sans autorisation depuis le dimanche 14 juillet un terrain dédié à la pratique du tir à l'arc, situé le long de la route départementale D146 appartenant au domaine public de la commune de Biscarrosse de l'évacuer dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette décision ;
2°) de leur accorder un délai jusqu'au dimanche 28 juillet 2024.
Ils soutiennent que :
- leur implantation temporaire s'est faite conformément à la loi, ils ont contacté les autorités compétentes quelques mois à l'avance qui leur ont répondu ne pas disposer d'aires de grand passage, ceci en méconnaissance du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage ;
- si l'occupation en cause peut créer un trouble à la salubrité ou à la sécurité, doit également être pris en compte le trouble à la sécurité que l'absence de solution engendre pour les personnes vulnérables du groupe ; en outre, leur évacuation impliquerait de nombreux moyens financiers et humains et troublerait la circulation ;
- ils ont tenté d'engager un dialogue avec les autorités locales, et précisent que des conteneurs sont mis à dispositions pour la collecte des ordures ménagères, qu'aucune dégradation ou effraction n'a été commise pour entrer sur le site et s'engagent à procéder à son nettoyage pendant le séjour et avant leur départ ;
- ils sont conscients de la gêne occasionnée mais sont tenus de respecter l'itinéraire pour ne pas désorganiser ce qui a été prévu par l'association action grand passage et ont besoin d'un délai, jusqu'au dimanche 28 juillet 2024 avant de quitter le département.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité compétente ;
- il n'est pas dépourvu de base légale dès lors qu'il se fonde sur l'arrêté du maire de Biscarrosse du 19 juillet 2021, lequel était pleinement compétent au titre de ses pouvoirs de police spéciale en matière d'accueil des gens du voyage ;
- il est suffisamment motivé en droit et en fait ;
- les obligations prévues par le schéma départemental d'accueil des gens du voyage ont été respectées dès lors qu'ils ont à leur disposition deux aires de grand passage dont il n'est pas établi par les requérants qu'elles ne satisfont pas aux prescriptions du décret du 5 mars 2019 ;
- le groupe de gens du voyage s'est maintenu illégalement sur le terrain en question alors qu'il aurait pu se rendre sur l'aire de grand passage de Tosse ;
- leur installation illégale présente un risque de trouble à la salubrité publique dès lors qu'il n'existe pas de sanitaires ni de système d'assainissement, à la tranquillité publique dès lors qu'elle compromet l'activité de tir-à-l'arc habituellement pratiquée sur le terrain ainsi qu'à la sécurité publique en raison notamment des branchements sauvages qui ont été réalisés et présentent un risque pour les occupant et réduit le débit en eau, compromettant les capacités d'intervention des services de lutte contre les incendies ;
- le délai imparti aux gens du voyage pour quitter le terrain illégalement occupé était nécessaire, adapté et proportionné au but poursuivi
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée par la loi du 7 novembre 2018 ;
- le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les demandes relevant des dispositions de l'article R. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, Mme F a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 779-5 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le dimanche 14 juillet 2024, un groupe de gens du voyage composé d'environ 130 caravanes s'est installé, sans autorisation, sur un terrain appartenant à la commune de Biscarrosse. Par un arrêté du 16 juillet 2024 la préfète des Landes l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures, sous peine d'évacuation forcée. Par la présente requête, l'association Action grand passage, M. A E, M. D C et M. G B doivent être regardés comme demandant l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " () / II. - Dans chaque département, () un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : / () 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires. / () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " I.- A. - Les communes figurant au schéma départemental et les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er sont tenus, dans un délai de deux ans suivant la publication de ce schéma, de participer à sa mise en œuvre. / B.- Les communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale compétent remplissent leurs obligations en accueillant sur leur territoire les aires et terrains mentionnés au A du présent I. / L'établissement public de coopération intercommunale compétent remplit ses obligations en créant, en aménageant, en entretenant et en assurant la gestion des aires et terrains dont le schéma départemental a prévu la réalisation sur son territoire. () / II bis. - Un décret en Conseil d'Etat détermine : / () 3° En ce qui concerne les aires de grand passage : les règles applicables à leur aménagement, leur équipement, leur gestion et leur usage, les modalités de calcul du droit d'usage et de la tarification des prestations fournies, le règlement intérieur type. / () ". Aux termes de l'article 9 de la même loi: " I. -Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : () / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () / I.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage : " Le terrain de l'aire de grand passage dispose d'un sol stabilisé adapté à la saison d'utilisation définie par le schéma départemental, restant porteur et carrossable en cas d'intempérie, dont la pente permet d'assurer le stationnement sûr des caravanes. / La surface d'une aire de grand passage est d'au moins 4 hectares. Le préfet, après avis du président du conseil départemental, peut y déroger pour tenir compte des disponibilités foncières, des spécificités topographiques ou des besoins particuliers définis par le schéma départemental. / () ".
3. L'arrêté attaqué se fonde notamment sur ce que l'installation d'environ cent résidences mobiles et d'autant de véhicules, sur un terrain appartenant au domaine public de la commune de Biscarrosse et dédiée à l'activité de tir-à-l'arc, constitue une atteinte à la salubrité publique en raison de l'absence d'installations sanitaires et de système d'évacuation des eaux usées, à la tranquillité publique dès lors qu'elle compromet la pratique du tir-à-l'arc, et à la sécurité des personnes du fait de branchements irréguliers sur le réseau électrique et sur la borne d'eau réservée aux services de lutte contre l'incendie.
4. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes des Grands Lacs, dont la commune de Biscarosse est membre, a réalisé une aire de grand passage de 170 places dédiée à l'accueil des gens du voyage dans la commune de Biscarosse, une autre aire de grand passage de 50 places dans la commune de Sanguinet et dispose d'une aire de petit passage et d'une aire d'accueil traditionnelle, conformément au schéma départemental d'accueil des gens du voyage. A supposer que les requérants, en soutenant que les caractéristiques des aires de grand passage mises à leur disposition ne répondent pas à la superficie minimale exigée par les dispositions précitées du décret du 5 mars 2019 et sont d'une superficie insuffisante pour pouvoir accueillir l'ensemble du groupe, ait entendu exciper l'illégalité du schéma départemental d'accueil des gens du voyage, ils ne produisent aucun commencement de preuve au soutien de leurs allégations, lesquelles sont contestées par la préfète en défense. La communauté de communes des Grands Lacs satisfait donc à ses obligations au regard de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage et du décret n°2019-171 du 5 mars 2019. Il s'ensuit que le maire de Biscarosse a pu légalement prendre l'arrêté du 19 juillet 2021 portant interdiction de stationnement des gens du voyage sur le territoire de sa commune en dehors des terrains réservés à cet effet, sur lequel s'est fondé l'arrêté contesté de la préfète des Landes en date du 16 juillet 2024 portant mise en demeure de quitter les lieux.
5. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent avoir adressé un courrier au préfet de région, au conseil départemental et à l'établissement de coopération intercommunale concernés pour les informer de leur venue, ils établissent en réalité n'avoir pris contact qu'avec le maire de Labouheyre, pour l'informer du passage de leur groupe sur le territoire de sa commune et sollicitant la mise à disposition d'un terrain du 14 au 28 juillet 2024. Le maire de cette commune ne disposant d'une aire d'accueil que de 20 places leur a indiqué, par courrier du 4 mars 2024, la présence de deux aires de grand passage à proximité, celle de Morcenx disposant de 240 places et celle de Biscarrosse, disposant de 170 places. En revanche, ils n'établissent pas avoir contacté les autorités compétentes de ce qu'ils souhaitaient être accueillis sur la commune de Biscarosse pour cette période. En revanche, il ressort des pièces du dossier que l'aire de grand passage de Tosse, bien que plus éloignée mais située dans le même département, était libre sur la période durant laquelle le groupe de personnes itinérantes souhaitait être accueilli et que les intéressés auraient pu s'y rendre pour y stationner.
6. Enfin, il n'est pas contesté par les requérants que l'installation illégale de leur groupe présente un risque de trouble à la salubrité publique dès lors qu'il n'existe pas de sanitaires ni de système d'assainissement, à la tranquillité publique dès lors qu'elle compromet l'activité de tir-à-l'arc habituellement pratiquée sur le terrain ainsi qu'à la sécurité publique en raison notamment des branchements sauvages qui ont été réalisés. Les circonstances que les gens du voyage disposeraient de containers pour le ramassage des ordures, qu'ils procéderaient au nettoyage du site et qu'aucune détérioration d'équipements n'aurait été commise, sont sans incidence sur la légalité de cet arrêté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'association Action grand passage et autres doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Action grand passage et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié l'association Action grand passage, et à la préfète des Landes.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Pau, le 19 juillet 2024.
La magistrate désignée, La greffière,
M. F H
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026