samedi 20 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Prt, magistrat désigné R.779-1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires, enregistrés les 18 et 19 juillet 2024, M. C B et M. A D, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure le groupe de gens du voyage, avec ses résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, qui occupe sans autorisation depuis le 12 juillet un terrain appartenant au domaine public de la commune de Saubion, de l'évacuer dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est dépourvu de base légale en méconnaissance du I de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, l'illégalité de l'arrêté du maire de Saubion du 8 juillet 2024 sur lequel il se fonde est soulevée par voie d'exception, ce dernier n'est pas exécutoire à défaut d'avoir été préalablement publié ou affiché et transmis au contrôle de légalité ;
- il méconnaît l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 dès lors que la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud n'a pas rempli toutes ses obligations prévues par l'article 2 de cette même loi en matière d'accueil des gens du voyage ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 9-1 la loi du 5 juillet 2000 dès lors que l'occupation litigieuse ne porte pas atteinte à l'ordre public ; s'agissant des eaux usées, les caravanes sont équipées de réservoirs d'une capacité de stockage d'au moins une semaine avant d'être vidangées dans des lieux adéquats et aucune pollution n'est à déplorer ; les déchets sont jetés dans les containers dédiés ; le terrain occupé est un espace vert, les installations sportives demeurent accessibles et aucun trouble de voisinage n'a été causé ; l'utilisation de l'eau est raisonnable et n'entame pas les réserves de la commune ou des pompiers ; le branchement électrique est effectué dans les règles de l'art, dans les mêmes conditions que sur les aires de grand passage ; par ailleurs, ils souhaitent s'acquitter de leur consommation de flux ;
- aucune proposition de lieu d'accueil alternatif ne leur a été faite, l'aire de grand passage de Tosse étant déjà occupée, et les communes se doivent de participer à l'accueil des gens du voyage en vertu de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 ;
-l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 dès lors que le délai de 24h qui leur est imparti pour quitter les lieux est trop bref.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée par la loi du 7 novembre 2018 ;
- le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 779-8 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Duchesne pour statuer sur les demandes relevant des dispositions de l'article R. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 20 juillet 2024 à 10h30, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Duchesne, magistrate désignée,
- et les observations de MM. Cap et B, qui concluent aux mêmes fins que leurs écritures selon les mêmes moyens et insistent sur le caractère complet de l'aire de Tosse, sur laquelle ils se sont rendus au préalable, et sur l'usage propre et respectueux qu'ils font du terrain occupé pendant leur séjour ; ils assurent repartir le dimanche 28 juillet 2024.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h50.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 juillet 2024, un groupe de gens du voyage, avec ses 40 caravanes environ et 50 véhicules de traction et d'accompagnement, s'est installé, sans autorisation, sur un terrain appartenant à la commune de Saubion. Par un arrêté du 17 juillet 2024, la préfète des Landes l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures, sous peine d'évacuation forcée. Par la présente requête, M. B et M. D demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ;() ". / II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I (), le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. () ".
3. Il est constant que la commune de Saubion est membre de la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud, compétente en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et que cette dernière a réalisé une aire de grand passage de 150 places dédiée à l'accueil des gens du voyage dans la commune de Tosse, ainsi que trois autres aires d'accueil traditionnelles, conformément au schéma départemental d'accueil des gens du voyage. La communauté de communes Maremne Adour Côte Sud satisfait donc à ses obligations au regard de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage. Dès lors, le maire de Saubion a pu légalement prendre l'arrêté du 8 juillet 2024 portant interdiction de stationnement des gens du voyage sur le territoire de sa commune en dehors des terrains réservés à cet effet, sur lequel s'est fondé l'arrêté contesté de la préfète des Landes en date du 17 juillet 2024 portant mise en demeure de quitter les lieux.
4. L'arrêté attaqué se fonde notamment sur ce que l'installation d'environ 40 résidences mobiles, 50 véhicules tracteurs et 150 personnes sur un terrain appartenant au domaine public de la commune de Saubion constitue une atteinte, d'une part, à la salubrité publique en raison de l'absence de sanitaires et de raccordement au réseau d'assainissement, et de la capacité insuffisante des containers à déchets présents sur le site, d'autre part, à la tranquillité publique, dès lors que l'occupation litigieuse rend le site impropre à la pratique sportive de ses usagers et qu'elle trouble la quiétude des habitants situés à proximité, et, enfin, à la sécurité publique, dès lors que le branchement au réseau d'eau réduit fortement le débit sur la zone au détriment des besoins des pompiers en cas d'incendie et que les branchements électriques, réalisés en mépris des règles de l'art, créent une source d'incendie.
5. En premier lieu, s'agissant de l'atteinte à la salubrité publique, s'il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de gendarmerie versé à l'instance, qu'il n'existe sur le terrain considéré aucun sanitaire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la mise en demeure, compte tenu des capacités des installations sanitaires dont les caravanes étaient équipées et de la gestion par les occupants des résidences mobiles des eaux usées, un risque pour la salubrité publique était avéré. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies produites par les requérants, que le terrain est maintenu en état de propreté et que les containers à déchets, présents à proximité, ne sont pas, à la date de la mise en demeure, saturés, et, dans cette hypothèse, les requérants, qui ne sont pas utilement contredits, utiliseront d'autres containers diponibles.
6. En deuxième lieu, s'agissant de l'atteinte à la tranquillité publique, l'arrêté attaqué repose sur la seule circonstance que l'occupation rendrait le site impropre à sa destination, à savoir la pratique sportive et troublerait la quiétude des habitants. Toutefois, l'existence de telles nuisances n'est aucunement établie par les pièces du dossier tandis qu'apparaissent, sur les photographies produites par les requérants, des joueurs sur le terrain de tennis à proximité des caravanes ainsi qu'un plein accès aux autres installations, comme le city stade et le skate parc.
7. En troisième et dernier lieu, s'agissant de l'atteinte à la sécurité publique, elle ne saurait résulter du seul caractère illicite des branchements effectués. Par ailleurs, si la préfète fait état d'une réduction du débit d'eau, elle n'apporte, en dehors du caractère illicite des branchements, aucune précision de nature à l'établir. Elle n'établit pas davantage le risque d'incendie causé par le branchement électrique, alors que les requérants versent à l'instance des photographies qui tendent à démontrer que les raccordements ont été opérés avec un matériel en bon état et dans un souci de garantir la sécurité des installations. Dans ces conditions, l'atteinte à l'ordre public n'est, en l'espèce, pas avérée. Il s'ensuit que la préfète a, par l'arrêté attaqué, fait une inexacte application des dispositions précitées du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués, que les requérants sont fondés à solliciter l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure le groupe de gens du voyage d'évacuer, dans un délai de 24 heures, le terrain situé rue de l'école à Saubion est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à M. D et à la préfète des Landes.
Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2024.
La magistrate désignée,
M. DUCHESNELa greffière,
A. STRZALKOWSKALa République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026