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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401883

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401883

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMASSOU DIT LABAQUERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, M. E A, actuellement retenu au centre de rétention administrative d'Hendaye, représenté par Me Massou-Dit-Labaquere, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2024, par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corthier en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique de 14h30 :

- le rapport de Mme Corthier, conseillère ;

- les observations de Me Massou-Dit-Labaquere, représentant M. A, présent, demandant au tribunal de prononcer, à titre provisoire, l'admission à l'aide juridictionnelle de M. A, d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne HaiHdu 21 juillet 2024, d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente de l'examen de sa demande, un récépissé, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Massou-Dit-Labaquere sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; elle précise que si la requête introductive d'instance rédigée par M. A soulève le moyen de l'erreur d'appréciation en se fondant sur l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen se fonde principalement sur les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le préfet de la Haute-Vienne l'a interprété dans ses écritures en défense ; elle confirme que M. A est présent sur le territoire français depuis au moins 2022 et est en concubinage depuis plus d'un an avec une ressortissante française avec laquelle il a prévu de se marier le 17 août 2024 ; il n'a pas pu donner son adresse aux forces de l'ordre lors de son interpellation car ils étaient en train de déménager et il ne savait pas quelle adresse indiquer ; son père réside en France depuis plus de trente ans, ainsi que ses trois frères ;

- les observations de M. A, assisté de Mme D, interprète, qui précise que vivant seul depuis vingt-neuf ans, il a l'espoir de retrouver son père et ses frères et de construire sa famille avec sa compagne avec laquelle il veut se marier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, né le 10 janvier 1993 en Algérie, de nationalité algérienne, est entré sur le territoire français selon ses déclarations en 2022. Le préfet de la Haute-Vienne l'a, par arrêté du 21 juillet 2024, obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel M. A sera renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par arrêté du 21 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne a prononcé la rétention administrative de M. A, lequel a été transféré immédiatement au sein du centre de rétention administrative d'Hendaye. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 21 juillet 2024 prononçant une mesure d'éloignement à son encontre.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si M. A soutient qu'il est arrivé en France en 2022 pour rejoindre son père, M. B A, qui vit en France depuis trente ans, et ses trois frères M. J A, M. G A et M. C A qui séjournent aussi en France à Limoges, sous couvert d'une carte de résident, depuis plusieurs années, qu'il est actuellement en couple avec Mme I H, de nationalité française, avec laquelle il vit en concubinage depuis plus d'un an à son domicile à Limoges et avec laquelle il a entamé des démarches pour se marier le 17 août 2024, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'attestation de domicile renseignée pour M. A dans le cadre de son dossier de mariage du service de l'état civil de la commune de Limoges est daté du 22 juillet 2024, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué et que le document " engagement des futurs mariés " de la commune de Limoges, mentionnant une date de mariage fixée au 17 août 2024 de M. A et Mme H, est uniquement signé, sans mention de date, par Mme H. Afin de justifier de sa vie commune avec Mme H, M. A verse au dossier une attestation d'hébergement, non datée, signée par Mme H, sans que le document intitulé " décompte de surface ", indiquant l'adresse de domicile commun déclarée, ne puisse être regardé, à défaut de la mention de l'identité de ses occupants, comme confirmant la résidence commune de Mme H et de M. A à cette adresse à Limoges. En outre, le procès-verbal dressé par un officier de police judiciaire le 20 juillet 2024 relate que M. A a déclaré être célibataire et sans enfants. M. A n'établit donc pas la réalité et l'ancienneté de ses liens allégués avec Mme H. Par ailleurs, M. A se borne à verser au dossier la carte de résident algérien de M. J A, délivrée le 27 juin 2016 pour une durée de dix ans, sans qu'il soit établi que les deux intéressés sont bien apparentés. Il ne justifie pas du séjour régulier en France allégué de son père et de ses deux autres frères. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de 29 ans et où il n'est pas contesté que résident sa mère et sa sœur. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 25 juillet 2023, par le tribunal judiciaire de Limoges, à six mois d'emprisonnement avec sursis pour détention, offre, acquisition et transport de stupéfiants et que ce sursis a été révoqué. Par arrêtés du 26 mai 2023, la préfète de la Haute-Vienne l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence. Il n'est pas contesté que M. A n'a pas exécuté ces arrêtés. Il a été interpellé le 20 juillet 2024 à Limoges par des agents de police pour des faits de recel de biens provenant d'un vol. Dès lors, compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. A, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 21 juillet 2024 n'est pas entaché d'inexacte application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 21 juillet 2024. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. En tout état de cause, M. A n'établit pas avoir présenté de demande de délivrance de titre de séjour et l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de rejeter une telle demande. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. E A, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Massou-Dit-Labaquere.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Z. CORTHIER

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

N°2401883

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