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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401903

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401903

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, des pièces complémentaires enregistrées le 25 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 26 juillet 2024, M. D C et M. B A, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure le groupe de gens du voyage, avec leurs résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, qui occupe sans autorisation depuis le 20 juillet un terrain appartenant au domaine public de la commune de Benesse-Maremne, de l'évacuer dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale en méconnaissance du I de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, l'arrêté du maire de Benesse-Maremne du 15 juillet 2015 sur lequel il se fonde étant illégal dès lors que le maire n'avait pas compétence pour le prendre ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 9-1 la loi du 5 juillet 2000 dès lors que l'occupation litigieuse ne porte pas atteinte à la salubrité, la tranquillité ou l'ordre publics ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 dès lors que le délai de 24h qui leur est imparti pour quitter les lieux est trop bref.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée par la loi du 7 novembre 2018 ;

- le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 779-8 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Portès pour statuer sur les demandes relevant des dispositions de l'article R. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue le 26 juillet 2024 à 10h00, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Portès, magistrate désignée,

- et les observations de M. C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures selon les mêmes moyens et insiste sur le fait que les enfants du centre de loisir peuvent jouer sur un terrain situé à proximité du terrain illicitement occupé, qu'un passage de cinq mètres a été laissé pour permettre l'accès à l'épicerie solidaire et qu'ils souhaitent régler leur consommation d'eau et d'électricité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h30.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 juillet 2024, un groupe de gens du voyage s'est installé, sans autorisation, sur un terrain appartenant à la commune de Benesse-Maremne. Par un arrêté du 23 juillet 2024, la préfète des Landes les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures, sous peine d'évacuation forcée. Par la présente requête, M. C et M. A demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :

2. D'une part, aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ;() ". / II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I (), le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 779-1 du code de justice administrative : " Les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnés au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code applicables aux requêtes en annulation, sous réserve des dispositions du présent chapitre. ". Selon l'article R. 779-8 du même code : " Les jugements sont rendus par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. Sauf mention expresse contraire dans la décision de désignation, les magistrats désignés au titre de l'article R. 222-13 assurent également ces fonctions. ".

En ce qui concerne les moyens de la requête :

4. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour mettre en demeure les occupants de quitter les lieux, la préfète des Landes s'est fondée sur un triple motif tiré, de première part, de l'atteinte à la salubrité publique, la présence d'un nombre important de personnes sur un site non équipé et adapté à cette fin ne permettant pas de satisfaire aux règles d'hygiène et de salubrité, de l'atteinte à la tranquillité publique en raison de l'occupation illicite d'un terrain de football qui rend le site impropre à sa destination et empêche l'utilisation de ce terrain comme base de jeux et d'exercices pour un centre de loisirs voisin, de la nuisance au bon fonctionnement d'une épicerie solidaire installée en bordure du terrain et, enfin, en raison des troubles à la tranquillité d'une résidence voisine et, de troisième part, de l'atteinte à la sécurité publique, des branchements ayant été réalisés illicitement sur le réseau d'eau de la ville créant un risque d'incendie et susceptibles de réduire fortement le débit en cas d'intervention des pompiers.

5. En premier lieu, s'agissant de l'atteinte à la tranquillité publique, le procès-verbal de gendarmerie versé à l'instance, se borne à souligner qu'un centre de loisirs de la commune accueillant des enfants pour les vacances scolaires est à proximité immédiate de l'installation illicite. S'il ressort des pièces du dossier que la préfète des Landes a été saisi, le 22 juillet 2024, par le maire de Benesse-Maremne, qui fait valoir que l'occupation illicite d'un groupe d'une cinquantaine de caravanes de gens du voyage sur le terrain jouxtant l'école de Benesse-Maremne est extrêmement préjudiciable pour la commune dès lors que ce terrain sert de base de jeux et d'exercices pour le centre de loisirs qui accueille 80 enfants, qui sont privés de cet espace, qu'elle empêche l'accès et le bon fonctionnement de l'épicerie solidaire Beness Coop, les requérants soutiennent, sans être contredits sur ce point en défense, qu'il existe un autre terrain, à proximité, sur lequel les enfants de ce centre de loisirs peuvent jouer et qu'ils ont laissé un passage de cinq mètres permettant l'accès à l'épicerie solidaire. Ils versent également à l'instance des photographies qui viennent corroborer ces allégations. Par ailleurs, l'existence de conflits de voisinage avec la résidence voisine, qui est contestée par les requérants, n'est aucunement établie par les pièces du dossier, le procès-verbal de gendarmerie produit aux débats faisant seulement état d'un " risque ". Il s'ensuit que l'atteinte invoquée à la tranquillité publique n'est en l'espèce pas avérée. En deuxième lieu, s'agissant de l'atteinte à la salubrité publique, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des photographies produites à l'instance par les requérants, d'une part, que les caravanes disposent d'installations sanitaires avec une autonomie d'une semaine environ et les requérants soutiennent sans être utilement contestés gérer l'évacuation des eaux usées à distance du campement. Il s'ensuit que l'atteinte invoquée à la salubrité publique n'est pas non plus, en l'espèce, avérée. En troisième et dernier lieu, s'agissant de l'atteinte à la sécurité publique, elle ne saurait résulter du seul caractère illicite des branchements effectués. Par ailleurs, si la préfète fait état de risques de nature électrique ainsi que de mise en danger de la sécurité des personnes, elle n'apporte, en dehors du caractère illicite des branchements, aucune précision quant à la nature de ces risques alors que les requérants versent à l'instance des photographies qui tendent à démontrer qu'ainsi qu'ils le soutiennent, les raccordements ont été réalisés avec un matériel mobile en bon état et répondant aux normes, afin de garantir la sécurité des installations. Dans ces conditions, l'atteinte à l'ordre public n'est, en l'espèce, pas avérée. Il s'ensuit que dans les circonstances de l'espèce, la préfète a, par l'arrêté attaqué, fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C et autres sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

8. En revanche il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C et autres sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure le groupe de gens du voyage, avec leurs résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, qui occupe sans autorisation depuis le 20 juillet un terrain appartenant au domaine public de la commune de Benesse-Maremne, de l'évacuer dans un délai de 24 heures est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à M. B A et à la préfète des Landes.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. PORTESLa greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière,

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