mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 24 juillet 2024, Mme A D, représentée par Me Pather, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Pather en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors, d'une part, que cette décision la contraint à interrompre le parcours de formation et d'insertion dans lequel elle s'était engagée, et aggrave, d'autre part, la situation de précarité dans laquelle elle se trouve ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision dès lors que :
* elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le délai de deux mois prévu à l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait lui être opposé dès lors qu'elle n'a pas été informée des conditions dans lesquelles elle pouvait déposer une demande de titre de séjour après avoir présenté une demande d'asile ; en tout état de cause, le dépôt de plainte du 1er février 2024 constitue un élément nouveau permettant de déposer une demande de titre de séjour malgré l'expiration de ce délai.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la requérante n'a déposé sa demande d'admission au séjour que le 8 février 2024, soit au-delà du délai prévu à l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle bénéficie d'une attestation de demande d'asile l'autorisant à travailler, dont elle a sollicité le renouvellement le 1er août 2024 ;
- la décision contestée est suffisamment motivée ;
- la décision contestée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la requérante a été informée, au moment du dépôt de la demande d'asile, de ce qu'elle disposait d'un délai de deux mois pour déposer une demande de titre de séjour ; d'autre part, le fait générateur de son dépôt de plainte est antérieur à la date d'enregistrement de sa demande d'asile, elle pouvait donc faire valoir ce motif au soutien de sa demande d'admission au séjour.
Vu :
- la requête enregistrée le 24 juin 2024 sous le n° 2401627, par laquelle Mme D demande l'annulation de la décision du 4 juin 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91- 647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 5 août 2024 à 11 heures, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Ortego Sampedro, substituant Me Pather, représentant Mme D, qui confirme ses écritures en indiquant, notamment, que la situation d'urgence est caractérisée dès lors que le refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour la contraint à interrompre sa formation avec la mission locale ; qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ; que la notice d'information qui lui a été communiquée après l'enregistrement de sa demande d'asile n'a pas été signée ; que la rédaction de cette notice ainsi que celle des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile laisse entendre que le délai de deux mois court à compter du dépôt d'une plainte par l'intéressée ; que la plainte déposée par Mme D constitue, en tout état de cause, une circonstance nouvelle lui permettant de déposer une demande de titre de séjour en dépit de l'expiration de ce délai ; que la reconnaissance de la qualité de victime de traite est susceptible d'ouvrir droit au bénéfice de prestations sociales dont elle ne peut bénéficier du fait du refus d'enregistrement contesté ;
- les observations de Mme D, qui confirme avoir interrompu sa formation ;
- les observations de M. B, représentant le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui a indiqué que rien ne s'oppose à ce que Mme D poursuive sa formation ; qu'une attestation selon laquelle un ensemble de documents, dont la notice d'information relative aux modalités de demande d'un titre de séjour dès le dépôt de la demande d'asile, lui ont été remis, a été signée par l'intéressée le 27 septembre 2023 ; que la plainte déposée par la requérante ne saurait être regardée comme une circonstance nouvelle dès lors que le fait générateur de cette plainte est antérieur au dépôt de sa demande d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, le 5 août 2024 à 11h30.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante camerounaise née le 17 mai 2003, a déposé le 18 octobre 2023 une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, laquelle est toujours pendante. Elle a sollicité, le 8 février 2024, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 4 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif que celle-ci était tardive et, par suite, irrecevable. Mme D demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.
Sur la demande tendant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. " Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". L'article D. 431-7 du même code a précisé que les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9. Il résulte notamment des articles L. 521-7 et R. 521-8 du même code que, lorsque sa demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger se voit remettre au moment de son enregistrement, une attestation de demande d'asile qui l'autorise à rester sur le territoire.
6. Pour justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension de l'exécution de la décision contestée, Mme D soutient qu'elle a été contrainte d'interrompre le parcours de formation et d'insertion dans lequel elle s'était engagée auprès de la mission locale pour les jeunes. Toutefois, les seules pièces produites à l'appui de sa requête ne permettent pas d'établir qu'elle aurait effectivement interrompu cette formation, ni que la poursuite de celle-ci serait conditionnée à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme D, dont la demande d'asile a été enregistrée le 18 octobre 2023, a été mise en possession d'une attestation de demande d'asile qui a été renouvelée en dernier lieu le 1er août 2024, laquelle, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'autorise à rester sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme D ne peut être regardée comme faisant état de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence telle que requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme D doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Fait à Pau, le 6 août 2024
La juge des référés,
L. C
La greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026