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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401913

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401913

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrt, magistrat désigné R.779-1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, l'association Action grand passage et M. B C demandent au magistrat désigné, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel la préfète des Landes a mis en demeure les groupes de gens du voyage, avec ses résidences mobiles et véhicules de traction et d'accompagnement, qui occupent sans autorisation depuis le dimanche 21 juillet un terrain situé dans la zone d'activité Atlantisud et appartenant notamment au domaine public de la commune de Saint-Geours-de-Maremne, de l'évacuer dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de cet arrêté ;

2°) de leur accorder un délai d'évacuation.

Ils soutiennent que :

- leur implantation temporaire s'est faite conformément à la loi car ils ont contacté les autorités compétentes quelques mois à l'avance qui ne leur ont pas répondu et qui ne mettent pas à disposition d'aires en méconnaissance des obligations fixées par la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 et le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;

- ils sont conscients de la gêne occasionnée mais sont tenus de respecter l'itinéraire pour ne pas désorganiser ce qui a été prévu par le calendrier d'accueil des cent-trente-cinq groupes de grands passages et ont besoin d'un délai, avant de reprendre leur route ;

- l'arrêté attaqué comprend des propos discriminatoires à leur encontre concernant des supposées tensions ou des supposés troubles à la salubrité ;

- si l'occupation en cause peut créer un trouble à la salubrité ou à la sécurité, doit également être pris en compte le trouble à la sécurité que l'absence de solution engendre pour les personnes vulnérables du groupe ; en outre, leur évacuation impliquerait de nombreux moyens financiers et humains et troublerait la circulation alors que leur présence n'est que temporaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité compétente ;

- il n'est pas dépourvu de base légale dès lors qu'il se fonde sur l'arrêté du maire de Saint-Geours-de-Maremne du 1er juillet 2016, lequel était pleinement compétent au titre de ses pouvoirs de police spéciale en matière d'accueil des gens du voyage dès lors que le président de la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud a, par arrêté du 2 novembre 2017, renoncé au transfert de plein droit aux pouvoirs de polices spéciales des maires des communes membres de cet établissement ;

- il est suffisamment motivé en droit et en faits sur le fondement des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les obligations prévues par le schéma départemental d'accueil des gens du voyage ont été respectées dès lors qu'ils ont à leur disposition une aire de grand passage de cent cinquante places, en service, située sur les territoires des communes de Tosse et de Soustons, dont il n'est pas établi par les requérants qu'elle ne satisfait pas aux prescriptions du décret du 5 mars 2019, ainsi que trois aires traditionnelles ;

- les groupes de gens du voyage se sont maintenus illégalement sur le terrain en litige alors qu'ils auraient pu se rendre sur l'aire de grand passage située sur les territoires des communes de Tosse et de Soustons ou poursuivre leur itinérance jusqu'à ce qu'ils trouvent une aire adaptée à leurs besoins ;

- les requérants n'établissent pas avoir adressé un courrier préalablement à toute installation aux autorités compétentes et ne précisent pas les destinataires de ce courrier ; en tout état de cause, une telle demande est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué ;

- leur installation illégale présente un risque de trouble à la salubrité publique dès lors qu'il n'existe pas de sanitaires, ni de système adéquat d'assainissement, à la tranquillité publique des usagers, en particulier des entreprises de la zone d'activité, ainsi qu'à la sécurité publique en raison notamment des branchements " sauvages " en eau et électricité qui ont été réalisés et présentent un risque pour les occupants, notamment leurs enfants, et réduit le débit en eau de la borne réservée aux services de lutte contre les incendies à laquelle les branchements ont été effectués, compromettant les capacités d'intervention de ces services ;

- le délai imparti aux gens du voyage de vingt-quatre heures pour quitter le terrain illégalement occupé était nécessaire, adapté et proportionné au but poursuivi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le décret n°2019-171 du 5 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Corthier en application des dispositions de l'article R. 779-8 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique tenue le 26 juillet 2024 à 15h30 le rapport de Mme Corthier, conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 779-5 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dimanche 21 juillet 2024, des groupes de gens du voyage composés d'environ deux cents résidences mobiles se sont installés, sans autorisation, sur un terrain appartenant notamment au domaine public communal de la commune de Saint-Geours-de-Maremne. Par un arrêté du 24 juillet 2024, la préfète des Landes les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures, sous peine d'évacuation forcée. Par la présente requête, l'association Action grand passage et M. B C demandent au magistrat désigné, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, d'annuler cet arrêté et de leur accorder un délai d'évacuation.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet. () / II. - Dans chaque département, () un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : / () 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires. / () IV. - Dans chaque département, une commission consultative, comprenant notamment des représentants des communes et des établissements publics de coopération intercommunale concernés, des représentants des gens du voyage et des associations intervenant auprès des gens du voyage, est associée à l'élaboration et à la mise en oeuvre du schéma. Elle est présidée conjointement par le représentant de l'Etat dans le département et par le président du conseil départemental ou par leurs représentants. () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " I.- A. - Les communes figurant au schéma départemental et les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er sont tenus, dans un délai de deux ans suivant la publication de ce schéma, de participer à sa mise en œuvre. / B.- Les communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale compétent remplissent leurs obligations en accueillant sur leur territoire les aires et terrains mentionnés au A du présent I. / L'établissement public de coopération intercommunale compétent remplit ses obligations en créant, en aménageant, en entretenant et en assurant la gestion des aires et terrains dont le schéma départemental a prévu la réalisation sur son territoire. ()". Aux termes de l'article 9 de la même loi: " I. -Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () / II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage : " Le terrain de l'aire de grand passage dispose d'un sol stabilisé adapté à la saison d'utilisation définie par le schéma départemental, restant porteur et carrossable en cas d'intempérie, dont la pente permet d'assurer le stationnement sûr des caravanes. / La surface d'une aire de grand passage est d'au moins 4 hectares. Le préfet, après avis du président du conseil départemental, peut y déroger pour tenir compte des disponibilités foncières, des spécificités topographiques ou des besoins particuliers définis par le schéma départemental. / () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " L'aire de grand passage comprend au moins : 1° Un accès routier permettant une circulation appropriée ainsi que l'intervention des secours et une desserte interne ; 2° A l'entrée de l'aire, une installation accessible d'alimentation en eau potable satisfaisant aux normes techniques relatives aux bouches à incendie fixées par le référentiel national de la défense extérieure contre l'incendie ; 3° A l'entrée de l'aire, une installation d'alimentation électrique sécurisée comportant un tableau de 250 kVA triphasé. En aval du point de livraison, la répartition d'électricité relève de la responsabilité du signataire de la convention d'occupation ; 4° A l'entrée de l'aire, un éclairage public ; 5° Un dispositif de recueil des eaux usées ; 6° Un système permettant la récupération des toilettes individuelles qui peut être complété par des cabines sanitaires mobiles autonomes non raccordées à un réseau d'assainissement ; 7° L'installation, sur l'aire ou à sa proximité immédiate, de bennes pour les ordures ménagères dont le ramassage est assuré au moins une fois par semaine pendant la période d'ouverture ou d'occupation ; 8° Un accès au service de collecte des encombrants et à la déchetterie dans les conditions prévues pour ses habitants par la collectivité ou l'établissement public de coopération intercommunale. "

3. A titre liminaire, l'arrêté attaqué se fonde notamment sur ce que l'installation d'environ deux cents résidences mobiles, accompagnées de véhicules de traction et d'accompagnement, sur un terrain dans la zone d'activité Atlantisud et appartenant notamment au domaine public de la commune de Saint-Geours-de-Maremne, constitue une atteinte à la salubrité publique en raison de l'absence d'équipements et d'adaptation permettant de satisfaire aux règles d'hygiène et de salubrité, à la tranquillité publique dès lors qu'elle perturbe l'activité économique des entreprises de cette zone d'activité, laquelle fait l'objet très régulièrement d'occupation illicite des gens du voyage telle que du 14 au 21 juillet 2024, et enfin, à la sécurité des personnes du fait de branchements irréguliers sur le réseau électrique et sur la borne d'eau réservée aux services de lutte contre l'incendie, en période estivale et alors même que la zone est boisée.

4. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que par arrêté conjoint du préfet des Landes et du président du conseil départemental des Landes du 5 février 2018 a été approuvé le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage du département des Landes. La communauté de communes Maremne Adour Côte Sud, dont la commune de Saint-Geours-de-Maremne est membre et à laquelle elle a délégué la compétence d'accueil des gens du voyage, a réalisé une aire de grand passage de cent cinquante places dédiées à l'accueil des gens du voyage dans les communes de Tosse et de Soustons, et trois autres aires d'accueil traditionnelles, conformément au schéma départemental d'accueil des gens du voyage. Il n'est pas établi que le dimanche 21 juillet 2024, jour d'arrivée des groupes de gens du voyage destinataires de l'arrêté attaqué, ces aires n'étaient pas disponibles pour leur installation.

5. D'autre part, si les requérants soutiennent avoir adressé un courrier aux autorités compétentes pour les informer de leur venue, ils ne l'établissent pas. Ils ne justifient pas non plus de ce que leur installation sur ce terrain à compter du 21 juillet s'inscrirait dans la mise en œuvre d'un calendrier d'accueil des cent-trente-cinq groupes de grands passages.

6. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud, dont la commune de Saint-Geours-de-Maremne est membre, ne satisferait pas à ses obligations au regard de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage et du décret du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage.

7. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que les troubles à la salubrité qui leur sont reprochés sont discriminatoires, ils n'établissent pas que le terrain dans la zone d'activité Atlantisud sur lequel ils se sont installés le 21 juillet 2024 satisfait aux règles d'hygiène et de salubrité, en disposant notamment d'installations sanitaires et de containers pour les déchets. Par ailleurs, l'arrêté attaqué ne se fonde nullement sur un motif de sécurité lié à des supposées tensions mais sur des branchements irréguliers sur le réseau électrique et sur la borne d'eau réservée aux services de lutte contre l'incendie, constatés par procès-verbal de renseignement administratif de la communauté de brigades de Soustons du 22 juillet 2024.

8. En dernier lieu, le maire de la commune de Saint-Geours-de-Maremne, lequel n'a pas transféré sa compétence de police spéciale relative au stationnement des gens du voyage au président de la communauté de communes, a pu légalement prendre l'arrêté du 1er juillet 2016 portant interdiction de stationnement des gens du voyage sur le territoire de sa commune en dehors des terrains réservés à cet effet, sur lequel s'est fondé l'arrêté contesté de la préfète des Landes en date du 24 juillet 2024 portant mise en demeure de quitter les lieux. Il n'est pas contesté par les requérants que l'installation illégale de leurs groupes sur un terrain non dédié présente un risque de troubles à la salubrité publique et à la sécurité publique. La circonstance que leur évacuation forcée risquerait d'engendrer un trouble à la sécurité publique et des coûts financiers est sans incidence sur la légalité de cet arrêté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Action grand passage et M. C ne sont pas fondés à demander au magistrat désigné d'annuler l'arrêté de la préfète des Landes du 24 juillet 2024 et, par voie de conséquence, de leur accorder un délai d'évacuation. Par suite, la requête de l'association Action grand passage et de M. C ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de l'association Action grand passage et de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Association Action grand passage, à M. B C et à la préfète des Landes.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Z. CORTHIER La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière,

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