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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2401970

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2401970

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2401970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL COUPE PEYRONNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en référé sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme D. Celle-ci demandait la suspension de l'arrêté du maire de Bayonne ne s'opposant pas à la déclaration préalable pour la construction d'une antenne-relais de téléphonie mobile. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le démarrage des travaux n'étant pas suffisamment imminent et l'intérêt public lié à la couverture mobile étant de nature à renverser la présomption d'urgence. Aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'incomplétude du dossier ou de la méconnaissance des articles du code de l'urbanisme et du PLU, n'a été retenu pour créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet et 12 août 2024, Mme B D, représentée par Me Dermenghem, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le maire de la commune de Bayonne ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société ATC France en vue de la construction d'une antenne-relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section AE n° 103 située chemin de Lannot, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne et de la société ATC France une somme globale de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'intérêt pour agir :

- elle est propriétaire de la parcelle cadastrée section AE n° 102 contiguë à la parcelle d'assiette du projet et sa maison, située sur une parcelle attenante à la première, est la plus proche du projet ;

- le pylône projeté porte atteinte aux conditions de jouissance de son bien dès lors qu'il sera pleinement visible depuis sa maison notamment en hiver, qu'il s'accompagne d'un phénomène d'angoisse compte tenu de l'absence de certitude quant à l'inocuité des ondes électromagnétiques sur la santé, et qu'il entraînera une perte de la valeur vénale de son bien.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

- l'urgence est présumée en matière d'autorisations d'urbanisme ; en l'espèce, les travaux sont sur le point de commencer dès lors qu'un balisage et une signalétique ont été mis en place autour du chantier.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de la déclaration préalable est incomplet en ce que les habitations les plus proches du projet, dont la maison de la requérante, ne sont pas représentées sur les deux documents graphiques, et en ce que ce dossier ne comporte aucune photographie permettant de situer le terrain dans son environnement proche ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le projet, qui constitue une extension de l'urbanisation, n'est pas situé au sein d'un secteur identifié comme une agglomération ou village par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de l'agglomération de Bayonne et du sud des Landes ; il est implanté sur une parcelle qui présente toutes les caractéristiques d'un espace non urbanisé ;

- à supposer qu'il soit légal au regard des dispositions de la loi Littoral, il aurait dû être précédé de l'avis de la commission de la nature, des paysages et des sites ; l'absence d'une telle consultation a privé le public d'une garantie et elle a été de nature à influer sur le sens de la décision prise alors que le projet porte atteinte à l'environnement et aux paysages ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Bayonne dès lors qu'il ne ressort pas des plans joints à la déclaration préalable que le raccordement du pylône au réseau électrique sera enterré ; l'existence d'un poteau EDF à l'est de la parcelle permet de douter que ce raccordement sera enterré ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N7 du règlement du PLU de Bayonne dès lors que le pylône est implanté à une distance de 23 mètres de la limite séparative avec la parcelle cadastrée section AE n° 102 au lieu des 24,9 mètres requis ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N11 du règlement du PLU de Bayonne dès lors que le pylône est composé d'une structure métallique et présente, de ce fait, un aspect provisoire ou non fini ; la hauteur de la clôture dépassera le maximum autorisé et elle ne sera pas masquée par la haie bocagère prévue par le projet.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, la commune de Bayonne conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, et à titre subsidiaire, au fond.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

- aucun des moyens présentés par la requérante n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, la société ATC France, représentée par Me Peyronne, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, à titre subsidiaire au fond et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie dès lors que, d'une part, le démarrage des travaux n'est pas imminent et que, d'autre part, la commune de Bayonne n'étant qu'imparfaitement couverte par le réseau de téléphonie mobile, l'intérêt public s'attachant à l'exécution de l'arrêté litigieux est de nature à renverser la présomption d'urgence prévue par l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens présentés par la requérante n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 29 avril 2024 sous le numéro 2401132 par laquelle Mme D demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 août 2024 en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Dermenghem, représentant Mme D, absente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise notamment que la présomption d'urgence prévue par l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme n'est pas renversée dès lors qu'aucun intérêt public ne s'attache à la construction l'antenne relais litigieuse qui n'est pas implantée dans une zone blanche ; que la requérante renonce au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ; que le dossier de déclaration préalable est incomplet en ce qu'il ne comporte pas de photographie représentant la maison de la requérante ; que les défendeurs se méprennent sur la portée de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 21BX01437 du 2 février 2023 dans lequel cette juridiction a rappelé qu'une autorisation d'urbanisme peut être délivrée sans consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, à condition que le secteur d'implantation du projet soit identifié et localisé par le SCoT applicable comme une agglomération ou village existant ; les règles de hauteur fixées par l'article N7 du règlement du PLU de Bayonne sont méconnues dès lors que ce PLU ne prévoit pas que la hauteur du paratonnerre surmontant le pylône projeté ne doit pas être pris en compte dans le calcul de la hauteur de la construction ; que le projet méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que tout d'abord, le SCoT de l'agglomération de Bayonne et du sud des Landes n'ayant pas décliné les principes de la loi Littoral, le secteur du projet n'est pas identifié comme une agglomération ou un village existants, et qu'ensuite, ce même secteur ne peut pas davantage être qualifié de secteur déjà urbanisé dès lors que les terrains situés autour du terrain d'assiette de la construction sont, aux trois quarts, des espaces naturels qui, par définition, ne comportent pas une densité significative de constructions, que la parcelle d'assiette du projet classée en zone naturelle du PLU est boisée, et que le terrain n'est pas desservi par la voirie publique ni par les réseaux, à l'exception du réseau électrique qui devra faire l'objet d'une extension ;

- les observations de Me Petit dit A, représentant la société ATC France, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise notamment que la requérante ne justifie pas de son intérêt pour agir dès lors que le pylône litigieux ne sera pas visible depuis sa maison et qu'elle ne joint à sa requête aucune simulation des nuisances visuelles occasionnées à son bien ; que l'urgence à exécuter le projet permet de renverser l'urgence à le suspendre ; que si le balisage du terrain a été fait, le démarrage des travaux n'est pas imminent ; que la circonstance que la maison de la requérante n'apparaisse pas sur les documents joints au dossier de déclaration préalable n'a pas nui à l'appréciation du dossier par le service instructeur.

La commune de Bayonne n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 février 2024, la société ATC France a déposé auprès des services de la commune de Bayonne, une déclaration préalable de travaux pour la construction d'une antenne-relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrée section AE n° 103 située chemin de Lannot. Par un arrêté du 29 février 2024, le maire n'a pas fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, Mme D sollicite du juge des référés la suspension de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens analysés dans les visas de la présente ordonnance n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt pour agir ni sur la condition relative à l'urgence, que Mme D n'est pas fondée à solliciter la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 février 2024.

Sur les frais liés au litige :

5. La commune de Bayonne et la société ATC France n'ayant pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à leur charge le paiement des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société ATC France et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à la société ATC France une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, à la commune de Bayonne et la société ATC France.

Fait à Pau, le 23 août 2024.

Le juge des référés,

S. C

La greffière,

S. YNIESTA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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